‹ Négociations de la̓bbé de Polignac en Pologne concernant le̓́lection du prince de Conti comme roi de PologneChapitre 89 sur 115 · DEUXIÈME PARTIE, CHAPITRE XXV · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE, CHAPITRE XXV

fut donc décidé qu'il n'y aurait pas de généralissime, jusqu'à l'arrivée des fonds. Le départ de Towinski avait été de nouveau retardé ; il devait porter des lettres du cardinal Radziouski et du maréchal du Rokotz au prince de Conti, pour lui apprendre ce qui s'était fait et hâter son départ. L'élection du Roi étant terminée, on arrêta que les séances ne se tiendraient plus au Kolo, que les fossés du champ électoral seraient comblés, et le Zopa (salle de bois pour le Sénat) abattu, afin d'empêcher le parti saxon de s'assembler.

Le lendemain, 29 août, on devait aller au château de Varsovie pour signer l'acte du Rokotz et prendre des dispositions pour l'avenir. Ce château, où reposait le corps de Sobieski, qui devait être inhumé dans l'église de Cracovie avant le couronnement de son successeur, était alors occupé par le palatin de Plosk qui le gardait comme staroste de Varsovie. L'attachement de ce palatin, gendre du grand-général de la couronne, au part saxon n'était pas douteux; aussi, prévoyait-on qu'il y aurait quelques difficultés pour le parti français à y pénétrer. Deux députés furent envoyés au palatin de Plosk qui refusa d'abord de laisser pénétrer qui que ce fût dans le château ; mais l'attaque ayant été résolue pour le lendemain, il fut intimidé et ouvrit les portes. La garde du Palatin fut remplacée par celle du cardinal Radziouski, et l'on s'installa dans la salle ordinaire des Diètes. L'acte de confédération fut lu pour la dernière fois; quelques passages avaient été laissés en blanc pour les articles qu'on jugerait à propos d'y ajouter. Le cardinal Radziouski signa le premier, et la noblesse tout entière suivit

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son exemple. Ce fut alors qu'on aperçut dans la salle Yirogmiski, celui-là même qui avait rédigé les Pacta eonventa envoyés à la signature de TElecteur de Saxe. On le soupçonna d'être venu pour espionner, on se jeta sur lui, et sans l'intervention du cardinal Radziouski, il eût été massacré. On avait agité un moment la question de le jeter par la fenêtre pour ne pas ensanglanter par un meurtre la demeure des rois.

L'abbé de Polignac terminait ainsi la dépêche dans laquelle il rendait compte à Louis XIV des incidents qui avaient accompagné la signature du Rokotz:

« La plupart de la noblesse est si zélée et si ardente pour « soutenir la cause du vrai roi, qui est celle de toute la Repu- « blique, qu'en vérité le cœur saigne de voir à quel péril elle « s'expose et le peu de secours que j'ai à lui présenter.

« Je n'aurois jamais cru pouvoir sortir du Poparzie si heu- « reusement, vu l'état où je me trouvois, accablé de reproches « par mes meilleurs amis, dénué de tout; aussi, ne puis-je « douter que ce ne soit l'ouvrage de Dieu.

« Voilà, Sire, ce qui s'est passé pendant cinq jours; il n'en « reste plus que deux pour achever la semaine, mais je crois « qu'on finira demain par renvoyer la noblesse qui s'ennuieroit « et doit se tenir prête au premier commandement. »

L'entrée publique du maréchal du Rokotz à Varsovie se fit le St septembre ; il était escorté d'une garde de deux cents gentilshommes qu'avait fournie le palatin de Vi^ilna. Le lendemain 3, on tint conseil des deux ordres; le commencement de la séance fut d'abord très froid, parce qu'on n'avait pas reçu

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de nouvelles de Dantzick, mais une lettre de la palatine de Beltz ranima les esprits : elle mandait qu'à Dantzick les payements promis s'effectuaient. Il fut alors décidé qu'un sénateur serait envoyé à Gracovie, auprès de l'Électeur de Saxe, pour lui faireconnattrela volontéde la République, lui notifier le Rokotz, en le priant de s'y conformer, s'il ne voulait y être contraint par les armes, pendant qu'un autre sénateur se rendrait à l'armée de la couronne pour remercier les Towaricks « de leurs « sentiments» les exhorter à tenir ferme pour la liberté, en les « assurant que s'ils refusoient l'argent de Saxe, ils seroient t bientôt dédommagés par celui du prince de Conti. »

L'évéque de Kiovie fut chargé de la première de ces missions, et comme le palatin de Beltz ne voulut pas se charger de la seconde (il n'avait pas confiance dans l'arrivée de l'argent], le castellan de Lublin partit à sa place, après s'être fait un peu prier.

On résolut de convoquer la Pospolite pour le 15 septembre, afin de marcher contre l'Électeur de Saxe s'il voulait se faire couronner ; on eut aussi le projet d'obliger le ministre de Brandebourg à quitter la ville. On se borna à députer deux gentilshommes au castellan de Culm pour lui enjoindre de quitter Varsovie; on lui donnait trois heures pour ses préparatifs de départ, « autrement on le tireroit par les pieds. »

En mandant ces nouvelles au roi de France, l'abbé de Polignac lui présentait comme imminente la guerre contre l'Électeur de Saxe; aussi, la présence du prince de Conti était-elle plus que jamais nécessaire. « Si M. le prince de Conti ne

« vient pas, comment se fera-t-on tuer pour lui (4]T » Les nouvelles que Tabbé de Polignac avait apprises de Dantzick par Tabbé de Châteauneuf n'étaient pas de nature à le rassurer. Samuel Bernard avait révoqué» par une lettre du 19 août, les ordres qu'il avait donnés, les 42 et 46, de tirer sur Hambourg et Amsterdam. La lettre la plus récente qu'avait reçue de France l'abbé de Polignac était datée du 30 juillet, et, le 6 septembre, il calculait que le courrier qu'il avait expédié à Versailles pour annoncer l'élection du prince de Conti, y était parvenu depuis vingt- neuf jours. Du reste, l'abbé de Polignac ne dissimulait pas ses craintes au marquis de Torcy, et lui écrivait, le 6 septembre :

« Si vous saviez. Monsieur, la peine que je souffre dans « cette incertitude, et combien il faut que j'imagine de choses « pour conserver la couronne qu'il semble qu'on refuse en « France à mesure qu'on s'empresse ici de la donner, vous en € auriez pitié ; M. l'abbé de Châteauneuf et moi sommes deux « martyrs. Comment veut-on que nous persuadions aux Polo- « nois que le Roi n'abandonne pas cette affaire, puisque Sa « Majesté ne s'en explique qu'une fois en neuf semaines; « encore, n'est-ce qu'à demi ; nous avons dit tant de fois que « tout périroit si le prince ne venoit pas bientôt ; est-ce une « raison pour le retenir? — si l'argent ne venoit bientôt; est-ce « une raison pour le révoquer? — si nous ne recevons point € de nouvelles favorables et certaines ; est-ce une raison pour

(1) Lettre de Tabbé de PoJignac a^u Roi, 6 septembre 1697.

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