‹ Nélida ou Les guerres canadiennes, 1812-1814 [microforme]Chapitre 19 sur 22 · TEST TARGET (MT · texte numérisé non relu

TEST TARGET (MT

LO le I — ; À 12 13 mé =

1, 1 ms = L2 rm ue pe CT) l IL:

AE

Photographic 23 WEST MAIN STREET SCIENCES nus" Corporation

que me causa ce crachat; je jurai de me venger Ne lui d’abord, d'elle ensuite!

— Ah Dieu! c'était ma-mère!

— C'était ta mère.

— Mais elle n'était pas coupable, on la forçait à t'outrager ainsi; mon père était jaloux; il crut qu’elle t'aimait; 1l l'aurait tuée.

— Il valait mieux se laisser tuer.

— Pauvre mère!

— Comme on me conduisait tout meurtri au bûcher où je devais être brûlé à petit feu, je ne sais quoi me disait que ma dernière heure n'était pas venue. Je méditais ma vengeance. J'enlèverais ses “enfants, je les ferais souiller du signe immonde du baptême des chrétiens, je tuerais le père, le fils; ‘ la femme mourrait de chagrin; la fille suivrait le grand chef dans son camp, subirait ses caprices au milieu des douleurs, bêcherait son champ, irait chercher son eau, ferait cuire son gibier, laverait ses vêtements, serait plus malheureuse que les plus misérables esclaves des blancs du Sud de l'Union. Cette nuit même, tu vas en passer le temps sous ma tente, et je t'épouserai selon les rites de ma nation.

— Infâme! s'écria Nélida indignée. Un démon seul a pu t'inspirer une telle vengeance; mais, sachele bien, il ne sera jamais en ton pouvoir de res plir. Je saurai mourir!

. — Nous allons voir, répondit l'Indien avec un affreux sourire; retourne près des tiens. Le vieux va mourir, si tu ne consens à mes vœux, . ,

irait verait s plus nion,

ls ma tion.

émon achecom-

C un ieux

.ments, et, le corps nu, les mains liées sur la poi-

Nélida éperdue retourna près du vieux prêtre et lui rapporta tout ce qui venait d’avoir lieu. Le mis-

sionnaire indigné répondit :

. — Ma fille, vous avez juré fidélité au chevalier Louis; vous ne vous appartenez plus; même pour me sauver, vous ne pouvez devenir la femme d'un tel monstre. Du reste, ma pauvre enfant, tu serais trop malheureuse. La mort ne m'effraie pas, chère fille ; après la ruine de mes travaux, il ne me reste plus qu’à retourner au sein de Dieu qui me récompensera de mes bonnes intentions. Le plus tôt sera le mieux.

Pendant qu'il parlait ainsi, Nélida tenait.le vieillard serré sur son sein et répandait sur ses’ cheveux blancs une pluie de larmes. La pauvre enfant ne pouvait se faire à l'idée de le voir mourir, sans frissonner d'horreur. |

Alléwémi ayant dit quelques mots à ses féroces Iroquois, les remplit d'une joie farouche, en leur

apprenant quil leur livrait le prêtre chrétien pour .

en faire l'objet de leurs féroces plaisirs.

La bande hideuse se prépara aussitôt à mettre en œuvre ces raffinements de barbarie avec lesquels ils étaient familiarisés par une pratique traditionnelle. Les uns se hâtèrent de rassembler de vieilles souches pour élever un bûcher; les autres arrachaient des éclats de sapin, pour en percer la chair du captif.

. Le missionnaire fut d'abord dépouillé de ses vête-

trine, il dut traverser toute la bande des sauvages rangés sur deux lignes et tenant une longüe verge de coudrier dans leurs mains. À chaque pas que faisait le malheureux, on entendait dans l'air un affreux sifflement, puis un coup éclatant comme un coup de fouet retentissait sur les flancs du vieux prêtre. Bientôt de larges lignes noires marbrèrent son corps, puis le sang jaillit et l'inonda tout entier. A chaque coup, une couvulsion atroce contractait les membres du vieillard. Des larmes involontaires jaillissaient, malgré lui, de ses yeux. Parfois un léger gémissement de douleur sortait de son sein. Des lambeaux de chair sanglante pendaient de ses membres défigurés. Des rires horribles remplissaient la bouche des sauvages, et l'ironie se mêlait à leurs tortures :

— Le vieux chrétien n’est rw’une femme revêtue du jupon de l'esclave; il ne st vas rire à la mort; il pleure, il souffre ; c'est un lâche!

Nélida avait été placée de manière à pouvoir. contempler cet horrible spectacle. Quand le vieillard passa près d'elle, elle voulut détourner la vue; mais Alléwémi présentant le poignard à sa joue la força de regarder le vieux prêtre et poussant un rire grossier : « Voilà le commencement, dit-il, juge par là de ce que sera la fin, si tu persistes dans tes refus. Pense aussi que bientôt tu .traverseras ainsi, nue et fouettée, les rangs de ces hommes avides de contempler ta honte et de s’abreuver du . 2 d'une chrétienne. » sb

Le prêtre leva sur cet homme affreux un regard doux et suppliant, sans proférer un seul mot de plainte ; puis, abaissant sur sa fille ce même regard inondé d’une ineffable compassion, il lui dit :

— Courage, enfant; que l'aspect de mes douleurs ne t'effraie pas, le ciel sera la récompense de notre courage. Qui meurt martyr de la fidélité conjugale : sera Sauvé.

Un rugissement féroce poussé par Alléwémi fut la seule réponse qu'eurent ces paroles. Il fit un geste, et aussitôt le vieillard fut étendu à terre, tenu par cinq vigoureux sauvages, tandis que d’autres s’amusèrent à lui enfoncer des éclisses de pin brülhtes sous les ongles des pieds et des mains. Supplicé effroyable qui contractait, à chaque douleur, le corps du malheureux, comme s'il eût reçu une secousse électrique. Alléwémi le montrait en cet état à la jeune fille, en lui disant :

— C'est ton père; d'un seul mot tu pourrais le sauver. Parle!

— Tue-moi! répondit-elle; la vue du meurtrier de tous ceux que j'aimais me remplit d'horreur ; jamais la fille des victimes n'épousera leur bourreau.

Alléwémi lui jeta un regard horrible. Plus la résistance de cette pauvre enfant était gross plus croissait sa rage inassouvie.

— Pense que si tu n'es à moi volontairement, je saurai toujours te contraindre par la force ; mais, entre-temps, le vieillard et le jeune homme seront

morts dans les plus effroyables tourments.

— Tais-toi! scélérat! fit la jeune fille.

— J'aime mieux mourir, dit Ulémas, que vivre sur une terre souillée par ta présence.

Alléwémi jeta au fils d'Oskouï un de ces regards qui ne sauraient avoir de nom qu'au fond des gouffres infernaux ; il fit placer sur le bûcher le corps - ensanglanté du missionnaire, et quand la flamme monta brillante dans les cieux, tirant son couteau

à scalper, il enleva d'un tour de main l'os du crâne.

avec la chevelure et mit à nu toute la cervelle du malheureux vieillard. Saisissant alors une poignée de cendre brûlante, il l'appliqua sur la plaie vive; le prêtre poussa un léger cri, baissa sa tête sanglante et horrible à voir, tressaillit, jeta un dernier regard sur Nélida, un autre vers le ciel, puis expira. Ulémas restait glacé d'horreur; Nélida venait de s'évanouir ; les sauvages dansaient autour du bûcher qui achevait de consumer le cadavre en poussant des clameurs infernales.

Tout à coup un guerrier brisant les branches s'élance au milieu de la clairière et pousse un cri sec et alarmé. Toutes les clameurs cessent aussitôt. On s’assemble autour du nouveau venu, les chefs les premiers, la foule un peu plus loin, et tous demeurent silencieux et dans l'attente, ne faisant pas une question, ne proférant pas une parole, de crainte de paraître curieux ou impatients. Le jeune guerrier, de son .côté, attendait un interrogatoire de la part des'anciens avant d'oser prendre la parole. Après une pose assez longue, Alléwémi dit enfin :

LA dd À PM ét ©

bûcher ussant

inches un cri ssitôt.

efs les emeu- \S une rainte guerre de arole.

fn :

— Les chiens auraient-ils dépisté l'élan rapide?

— Les blancs ont levé la hache de guerre contre les Iroquois ; j'ai rencontré leurs traces sur vos pas.

— Combien sont-ils?

— J'étais seul poursuivant la proie rapide, quand j'ai rencontré les pas des éclaireurs et je suis venu prévenir les chefs qui commanderont ce qu'il faut faire pour le salut de tous.

: — C'est bien.

Le jeune homme se retira ; les anciens délibérèrent, parlant tour à tour, avec cette imagination brillante, ces vives couleurs, ces traits heureux dans leur simplicité, qui rappelle la forte et patriotique naïveté des héros d'Homère. On aurait peine à se figurer la variété des sujets que ces sauvages savent traiter dans leur conseil, l'ordre qu'ils mettent dans ces délibérations, les Gétarls infinis dans lesquels ils entrent.

Leur narration est nette et précise, remplie d'allégories et de figures imagées, et accompagnée d'une vivacité d'allure et de coloris qui ajoute à l'originalité. Jamais ces discussions ne dégénèrent en disputes personnelles; ils écoutent avec une inaltérable patience, répondent vivement après un silence destiné à calmer le feu de l'emportement, et jamais ne s'adressent de ces invectives si communes aux Européens, encore moins de ces expressions grossières et de ces jurements familiers à ceux qui se disent les maîtres de la civilisation. Chacun se fait un ami, à peu près du même âge,

Page 1