‹ Nélida ou Les guerres canadiennes, 1812-1814 [microforme]Chapitre 21 sur 22 · D I SE LE · texte numérisé non relu

D I SE LE

à jeune cablée, Parfois ; Mais r, Plus Qu'alsières, ue, et eillard n sein

façon force Elle

avait horreur d'Alléwémi, mais elle ne pouvait supporter l'idée d'être la cause involontaire de si cruels supplices, pour s'épargner une douleur et des opprobres qu'elle devrait toujours subir ensuite,.car elle ne comptait plus sur le chevalier Louis, ni sur le vieux capitaine. Son féroce bourreau, l'horrible Alléwémi, était toujours là, rôdant autour d'elle, la glaçant d'horreur par ses regards et ses menaces, et prétendant recevoir de plein gré la main de la jeune fille qu'il ne manquerait pas d'obtenir dans Ja suite par la violence, si on s'obstinait à la lui refuser. À ces déchirantes pensées, la malheureuse

. enfant pleurait à chaudes larmes, cachant son visage

dans ses mains et disant tout bas :

— Louis! à mon chevalier Louis, tu m'as donc abandonnée ? Si tu savais combien je suis.malheureuse! |

Un soir, on arriva au milieu d'une clairière im-

mense, dont la nudité ou les ras défrichements.

formaient un contraste frappant avec les teintes grisätres et la sombre horreur de la forêt. Un ruisseau limpide avait rempli de ses eaux un vaste bassin, s'étendant entre deux collines, et formant un lac qui semblait moins l'œuvre de la nature que celle des hommes. Quelques centaines de huttes en terre étaient construites à l'une de ses extrémités. Leur

toiture de roseaux, arrondie et admirablement.

façonnéé pour résister aux intempéries de la mau-

vaise saison, déxiotait plus de prévoyance que n'en

montrent la plupart des autres peuplades indigènes.

EEE est cs Se

{ Dès que les habitants furent avertis du retour du Soleil, comme ils appellent les chefs de leurs petites républiques, ils accoururent à eux en poussant de grands cris. En un instant, toute la peuplade fut sur la clairière qui entourait le village. Ils demeurèrent d'abord silencieux, écoutèrent les paroles des chefs, s'assurèrent que tous ceux qui étaient partis pour l'expédition revenaient sains et saufs, puis, s’aban-' donnant enfin à une joie sauvage, poussèrent des clameurs bruyantes. Bientôt leur: regards tombèrent sur les deux captifs et leurs cris firent place à l'étonnement. Elle était si belle, elle paraissait si douce, la douleur semblait l’accabler si fort! Le premier mouvement de cette foule fut celui d'une immense compassion pour elle, tandis qu'Ulémas, par sa mine fière, hautaine, méprisante, excitait l'admiration. Tous deux furent conduits dans une grande cabane, où on leur jeta de la mousse pour se faire une couche, et un peu de nourriture pour réparer leurs forces. Comme ils avaient été jusqu'alors séparés l'un de l’autre, dans leur misère même, ils furent heureux de se retrouver ensemble. Ils s’efforcaient l’un l’autre de se raffermir contre l'adversité.

— Non, disait Ulémas, le guerrier blanc ne t'a pas abandonnée ; et moi j'espère pouvoir te sauver encore. |

— Comment?

— Je l'ignore; mais tant que je vivrai je veux espérer.

ns une

e pour e pour té jusmisère emble.

contre

ne t'a sauver

> -VeUX

— Ah! comme il t'aurait aimé!

— J'en aurais fait mon frère d'armes et je lui serais resté fidèle jusqu'à la mort.

Tous deux étaient nuit et jour étroitement gardés. Parfois Alléwémi venait au milieu d'eux. Alors les regards d'Ulémas brillaient d'un feu sombre ; le mépris avait sur ses lèvres l'héroïsme qui brave le danger. Nélida, au contraire, pâle, frémissante, mais indignée, détournait la tête et pleurait. L'aspect de ces deux jeunes gens si beaux, si souffrants, qui méprisaient sa férocité, exaspérait Alléwémi. Plus il désirait l'épouser, plus elle éprouvait pour lui de dégoût et d'horreur. Cependant il trouvait dans ce désir même le plus horrible châtiment à tous ses crimes. Il se reprochait maintenant ces atroces vengeances qui avaient mis entre lui et cette incomparable créature un abime d’aversion infranchissable.

Il en rugissait de rage, il s'abhorrait lui-même, il se maudissait. Il tenta d'essayer de la bonté pour la fléchir, et, quoiqu'il fit toujours surveiller étroitement le frère et la sœur, il leur accorda une

certaine liberté, leur permettant de sortir ensemble

de leur prison et de faire une promenade sur la clairière qu’il avait soin de faire entourer de guer-

riers agiles et vigoureux, de crainte qu'ils ne Jui

échappassent.

Souvent on les voyait alors ask ensemble le village indien. Les matrones étaient sur leurs portes fabriquant des nattes ou polissant les armes des guerriers. De petits enfants se roulaient autour

d'elles sur leurs pieds et sur leurs mains. D'autres un peu plus grands, couraient, sans autre guide que leur caprice, dans l'eau, dans les bois, dans la boue, dans la neige. C'est ainsi qu'ils acquéraient cette vigueur et cette souplesse qui étonnent les Européens. En été, dès la pointe du jour, on les voit courir se baigner comme les animaux dont l'eau est l'élément. Ils passent une partie du jour à jouer dans les lacs et les rivières. On leur met l'arc au

bras et la flèche à la main, et l'émulation, plus sûre que tous les maitres, leur fait acquérir une ‘habileté surprenante à se servir de ces armes. Il n'en a pas coûté davantage aux chasseurs canadiens, pour s'accoutumer à l'usage du fusil et deveniir les meilleurs tireurs du contiñent.

L'éducation de la jeunesse consiste à lui inculquer certains principes d'honneur qui se trouvent établis dans chaque nation et qu'on exalte par le récit de la gloire et des exploits des ancêtres. Les jeunes gens écoutent avec enthousiasme ces hauts faits qui rendent, parmi eux, certains noms immortels et n'attendent que l'occasion d'imiter ce qu'ils admirent. Pour les corriger de leurs défauts, on emploie les exhoïtations, jamais les châtiments. La trahison, la lächeté, le manque de foi à la parole jurée, sont immédiatement expiés par le dernier supplice. Une mère qui voit tenir une mauvaise conduite à sa fille se met à pleurer en lui disant : « Tu me déshonores, » et ces reproches restent rarement sans effet. La plus sévère puni-

ouvent par le s. Les hauts nmorqu'ils [s, on nents.

à Ja ar le maun lui oches puni-

tion que les Indiens emploient, à l'égard de leurs enfants, est de leur jeter un peu d'eau au visage, car l'usage leur a rendu ce châtiment fort sensible,

Les Iroquois habitent un pays fort rude et trèspeu cultivé; mais il est encore moins inhospitalier que celui qu'ils choisissent pour leurs chasses. On marche longtemps pour y arriver et il faut porter sur le dos toutes les provisions nécessaires à un voyage de cinq ou six mois, par des chemins où les bêtes fauves peuvent à peine passer. Les [roquois ont toujours un grand nombre de chiens qui les suivent, et qui, quoique peu caressants, leur sont très-attachés. Dressés de bonne heure pour les différentes chasses, ils sont habiles et hardis chasseurs. Le soin de leur nourriture n'occupe jamais leurs maitres, car ils ne vivent que de la proie qu'ils peuvent prendre pour eux-mêmes ; aussi sontils fort maigres, presque dépourvus de poils et très-sensibles au froid. Comme on les chasse loin du feu où ils ne pourraient tenir tous, ils se couchent sur les premiers lits qu'ils rencontrent et souvent on se réveille la nuit presque étouffés par une troupe de chiens. La faim ne poursuit pas seu- : lement les animaux des Indiens, elle devient souvent, pour les Iroquois, le pire de tous les maux. Si la chasse ne donne pas, les autres provisions trop peu abondantes s’épuisent rapidement, et la famine les enlève par centaines.

Un jour qu'Ulémas et Nélida se promenaient sur la clairière, une scène des plus attendrissantes

vint raviver au fond de son cœur tous ses regrets. Une mère emportait dans ses bras son petit enfant, qui paraissait dormir, et qu'elle couvrait. de ses baisers mêlés de larmes. De temps à autre, elle tournait ses regards longs et tristes sur les campagnes environnantes, comme si elle eût cherché un lieu convenable pour s'y arrêter. Arrivée à une petite éminence que.surmontaient deux beaux lauriers à fleur de tulipe et que les rayons d'un soleil couchant caressaient encore de leurs teintes douces et mélancoliques, elle s'arrêta; puis, déposant un moment son cher fardeau sur la mousse, elle prit : un filet et l'attacha, en forme de berceau, aux deux tulipiers. Reprenant alors le pauvre petit, elle le plaça doucement dans le berceau, en lui donnant un baiser comme font toutes les mères, quand, le soir, elles viennent de coucher leurs enfants. Cependant celui-ci ne répondait aux témoignages d'amour de sa mère ni par un cri, ni par un sourire. Longtemps elle demeura muette à le contempler, agitant lentement le berceau, puis elle s'éloigna, les bras vides, et pleurant beaucoup. L'innocente éréature nétait plus. Nélida, qui connaissait ces touchants usages, s'approcha du berceau dès que la mère fut partie, baisa l'enfant, murmura un nom cher à son cœur et s'éloigna de mème en pleurant. Elle revint le lendemain de grand matin; mais la mère l'avait devancée depuis l'aurore. Sa tête était penchée sur son enfant; ses bras entouraient le berceau aérien et, comme la veille, les yeux de la

onnant

and, le

gnages

ourire.

mpler, oigna, ocente it ces que la 1 nom urant.

ais la était ont le de la

pauvre mère versaient un torrent de larmes. Hélas ! ce qu'elle embrassait c'était la mort, et les mêmes brises qui caressaient les grands tulipiers devaient aussi caresser ce cercueil ouvert où reposaient les restes de son enfant. Une colombe vint, par hasard. se percher sur les rameaux de l'un des deux arbres. La pauvre mère jeta sur elle le plus céleste de ses regards et dit dans sa langue natale :

— Colombe bien-aimée, serais-tu l'âme de mon enfant? Oh! qu'alers la rosée remplisse.la corolle des fleurs odorantes dans lesquelles tu t'abreuves! Que ton nid parfumé soit à l'abri des traits du chasseur au sommet des arbres les plus beaux! Puisses-tu ne jamais rencontrer le vautour en fendant l'air de ton aile rapide!

« Mais voilà que ma voix t'a fait peur, à colombe bien-aimée! Ame de mon enfant, tu t'envoles loin de moi, toi qui naguère encore étais si heureuse sur mon sein. Bientôt mes yeux ne te verront plus! Ah! sois heureuse dans la forêt immense. Puissestu n'y rencontrer que des graines douces, et jamais de graines amères. Puissent tous les périls qui te menacent s'écarter de toi, pauvre oiseau!

» Douce colombe, reviendras-tu quelquefois me visiter? Ame de mon enfant, si tu m'oublies, moi je

ne t'oublierai jamais. Chaque jour, je reviendrai

contempler les restes chéris de mon enfant et quand il ne me restera plus rien de ses traits bien-aimés, faisant ma parure de ses os adorés, je les suspendrai en collier sur mon cœur, pour les pouvoir arroser de

tail PSE QAR OS D HA PIRE EE TRRRS TRE SEE EE NE ln AR &

AR A ne ue ré n

SÉRSLESE

mes larmes à chaque heure du jour et de la nuit. »

A ces scènes d'amour filial, Nélida vit succéder les fêtes des morts pendant lesquelles toute espèce d'exécution demeure suspendue. À la mort d'un parent ou d'un ami, ceux qui l'ont aimé se dépouillent de tout ce qu'ils ont de plus précieux pour le parer. De temps en temps, on découvre le cercueil pour revêtir le cadavre d'habits nouveaux. On se prive aussi d'une partie de ses aliments, pour les porter au lieu de la sépulture et dans les endroits où l'on s'imagine que-l'âme du défunt se promène. Des gérhissements retentissent continuellement autour du cadavre, et ces scènes durent aussi longtemps que la famille est en état de fournir à la dépense de la table qui ne cesse d'être ouverte à tout le monde. Le cadavre, paré. de sa plus belle robe, le visage peint, est exposé à la porte de sa cabane dans la posture quil doit avoir au tombeau. Les armes et tous les objets qu'il possédait sont auprès de lui.

Au moment de le déposer auprès de ses pères,

un orateur célèbre les qualités et fait l'éloge du

mort. On le porte ensuite sans cérémonie au lieu de la sépulture, Mais lorsqu'il y est déposé, on le recouvre avec précaution, de manière à ce que la terre ne puisse le toucher, après avoir tapissé sa cellule de fourrures, de nattes et en avoir fait un asile bien plus riche que sa cabane.

On dresse ensuite, sur sa fosse, un pilier de bois auquel on suspend des témuignages d'estime pour

Page 1