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Némésis

On peut envisager sous deux faces l'opuvre dont on livre aujourd'hui au public la réimpression, l'une politique, l'autre littéraire : la première est affaire de sentiment et de passion; la seconde, chose d'art et de goût.

Cette dernière appréciation est la seule que nous soyons jaloux d'aborder. Il y a dans la politique de telles péripéties, de si brusques et si imprévus changemens, qu'avec elle on écrit sur le sable. Assez longtemps d'ailleurs on s'en servit comme d'un prétexte

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pour jucher sur le piédes(al littéraire des hommes qui ne purent s'y tenir deux jours debout. L'heure est venue d'isoler les deux grandes puissances de l'époque, de faire à chacune sa part, de les juger séparément, même quand elles se confondent et réagissent l'une sur l'autre.

Réduite à ce point de vue, Némésis est encore une création prodigieuse, un phénomène dont l'analogue n'existe pas. Juvénal, Aristophane, Martial, Plaute, Régnier, Boileau, n'ont rien osé de semblable : la Satire Menippée^ avec sa causticité mordante et sa forme acerbe, pourrait seule s'en rapprocher par quelques points; toutefois mettant en regard les deux créations, et compte tenu de la différence des époques, Némésis est une œuvre bien plus puissante, bien plus inexplicable.

Nous nous sommes fait à ce tour de force; mais qu'on se reporte au début. Dans un Prospectus en vers, Barthélémy promit au public, le 27 mars 1831 , de lui donner chaque semaine une feuille in-quarto de sa poésie à lui, de cette poésie satirique qui avait eu sous la restauration une vogue à trente mille exemplaires. A cette annonce que de gens s ecriè-

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l'ent: «C'est impossible!» Combien encore ayant toi dans le poète doutèrent ce jour-là de lui! «11 se tuera à la peine,» dirent-ils. «Passe pour un mois,

pour deux, ajoutèrent les autres; mais ensuite >»

Et nul ne crut l'entreprise pleinement exécutable; nul ne se fût porté solidaire de sa durée.

Barthélémy seul garda la conscience de sa force; 11 commença; et depuis douze mois durant ce ne fut qu'un jet de poésie, un jet de même hauteur, ne déclinant jamais, grandissant plutôt. Némésis prit un à un tous les grands événemens politiques, les para de ses couleurs, les accentua, les cadença dans sa langue nerveuse et sonore; elle saisit au corps les réputations les plus robustes; jeta ses défis aux noms les plus hauts; attaqua en bloc ou en détail, enchâssa tout dans son rhythme, tout jusqu'aux abstractions gouvernementales; fit tour à tour du paradoxe et de la logique, de l'art ou de la raison d'Etat; parla aux passions ou au bon sens, souffla l'émeute ou appela la discussion ; entonna un chant de guerre ou prêcha la fraternité des peuples. Tous les partis comparurent à sa barre; aux uns elle tendit la main, elle frappa sur la joue aux autres. Quelquefois,

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mais à de rares intervalles, elle fouillait dans nos mœurs, interrogeait nos monumens, nous disait Le Palais- Royal en hiver, t Archevêché et la Bourse , le Panthéon y l Obélisque et la Colonne. Ailleurs, c'étaient de majestueuses et grandes peintures; des épopée^ étincelantes, comme la Statue de Napoléon y et la Fête du Soleil.

Maintenant encore, à lire ses compositions improvisées, à les peser, à les détailler sans passion et dans le silence du cabinet, à les dépouiller de tout intérêt de circonstance, de toute sympathie politique, on est émerveillé de les voir si pures, si neuves, si complètes; on se prend à douter que ce soit là une œuvre de quelques jours; on se demande si la même main eût fait mieux en plus de temps. Ce qu'on explique le moins dans un pareil travail, c'est sa durée. Cinquante-deux semaines à plus de deux cents vers chaque font, si je ne faux, onze mille vers environ, lesquels divisés par les trois cent soixante -cinq jours de l'année donnent un quotient de trente vers. C'est donc une tâche de trente vers par jour que Barthélémy a acceptée, et accomplie pendant douze longs mois. Chaque matin en se le-

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