‹ NémésisChapitre 10 sur 78 · SCÈNE D'INTÉRIEUR. — LE CABINET DE M. D'ARGOUT · texte numérisé non relu

SCÈNE D'INTÉRIEUR. — LE CABINET DE M. D'ARGOUT

MYSTIFICATEURS: M. d'Argolt. — M. Perier— M.deMontalivet. — M. Sébastiani. — L'abbé LoL'is. — M. deSémonville. — M""^ *"*.

(22 luiLI.ET. )

Pardon, je me retire....

M. d'ARGOUT.

Ah ! restez, je vous prie ; De mon secret conseil vous êtes l'Egérie.

22G NÉMESÏS.

Madame , à vos beaux yeux d'Argout s'accoutuma Depuis qu'il est acteur dans l'emploi des Nuraa. L'abbé Louis, qui joue un rôle dans ma pièce, Fort souvent, comme moi, va consulter sa nièce; C'est notre usage en cour....

l'abbé louis.

Eh, monsieur! par hasard Auriez-vous oublié la phrase de Collard ? Nous sommes citoyens, notre vie est murée.* Mais quittons ce discours : ma tête tonsurée Fléchit depuis long-temps sous le poids d'un souci ; Les insolens trois-jours approchent : les voici ; Je pressens des périls : il serait nécessaire

* M. Collard a proclamé le premier cette belle maxime que la vie privée du citoyen devait être murée. Honte à celui qui dévoile les secrets du foyer domestique ! mais ce serait une assez {jrande absurdité de vouloir, par extension, appliquer cet adage conservateur à la vie intérieure des hauts personnages qui nous gouvernent, lorsque nous portons la peine de leur immoralité. Si un Saint- Pouange donnait encore aujourd'hui des places aux favoris de sa maîtresse, faudrait-il qu'il se retranchât derrière la maxinje de M. Collard?

D'édilier un plan contre l'anniversaire;

De nos trois jours aussi disposons les apprêts ,

Sauvons-noits de la crise, et nous verrons après.

M. PÉRIER, Messieurs, j'ai dans la main un ressort que rien n'use: C'est la ruse, la ruse, et puis encor la ruse; Ecoutez : entre nous, je vous dois des aveux ; Le peuple est un enfant que j'endors quand je veux; Il lui faut des hochets ; pourvu qu'on lui révèle Juste au moment précis quelque fausse nouvelle, On l'apaise : aujourd'hui, dans le péril urgent, Que chacun de nous tous donne son contingent. Parlons à tour de rôle; et d'abord, toi qui gères Le noir imbroglio des choses étrangères, N'as-tu pas recueilli , sur le Tage ou le Rhin , Un de ces bruits qu'on jette au peuple souverain ?

M. SÉBASTIANl.

Aucun. Vous le savez, parmi vos subalternes, Je suis seul étranger aux affaires externes; J'apprends, tous les matins, du Journal des Débats

228 NfiMÉSTS.

Ce qu'on l'ail en Polo{jne et dans les Pays-Bas. Je puis vous garantir la paix universelle; Hier Saxe-Cobourg s'est Fait roi dans Bruxelle; l^e clîoléra-morbus , qui suit son droit chemin , Vient d'entrer en triomphe à Francfort-sur-le-Mein. Je vais à don Miguel, en ministre économe, Ravir mes Hagellés Sauvinet et Bonhomme;* La Pologne est toujours destinée....

M. PÉRIER

Ah ! c'est bien î Nous voyons clairement que vous ne savez rien. Inventons : pour passer nos trois mortelles fêtes. J'ai dans mon arsenal deux ruses toutes prêtes: D'abord, pour réjouir le peuple du faubourg, Je vais faire venir don Pedro de Cherbourg; J'affuble d'un frac vert cet empereur fantôme, Et le livre aux vivat de la place Vendôme.

TOUS

Admirable!

M. PÉRIER

Ecoutez, écoutez; pour demain, •

Le discours d'ouverture est écrit de ma main, Et là, je me bâtis un avenir superbe.

Un effet colossal sur un petit adverbe , Vous allez voir; jugez vous-mêmes du succès : J'annonce avec fracas que le drapeau français Flotte, dans ce moment, sous les murs de Lisbonne. Sous , admirez, messieurs, comme la ruse est bonne; C'est de l'inattendu ; je parie, à coup sûr. Qu'au lieu d'entendre sous y le peuple entendra sur. C'est le sens naturel qui d'abord se présente ; Mon idée....

TOUS

Est sublime, et même assez plaisante!

M. PÉRIER

Je crois que pour ma part en voilà bien assez; Maintenant c'est à vous . collègues , commencez.

M. SÉBASTIAiM.

Moi, je tiens sous ma main une agile estafette

Qui tombera du ciel au dernier jour de fête; Elle nous portera ce pompeux bulletin Que mon chef de bureau m'a dicté ce matin ; Lisez, et puis jugez si je suis diplomate; Voyez, c'est de Francfort; j'ai fait mettre la date. Tous les généraux morts sont cités par leurs noms : M Vingt mille Russes pris et quatre-vingts canons ; « Devant les Polonais l'armée est en déroute. » 11 ne tenait qu'à moi de la détruire toute , Mais je me suis restreint dans un juste milieu. Ainsi le dernier soir, avant l'heure du feu. Sur tous les boulevarts ma nouvelle semée Enchantera les cœurs du peuple et de l'armée.

TOUS

Bravo, le général ! le tour est d'un bon goût!

M. PÉRIEK.

A Montahvet.

M. MONTALIVFT.

Rien, moi . rien.

M. PÉRIKR.

A toi , d'Ai gout.

M. d'à RG OU T.

Moi, je puis ajouter un fil à votre trame; Attendez mes trois-j ours, vous verrez mon programme.

M. PÉRIER

Sémonville, parlez.

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