‹ NémésisChapitre 35 sur 78 · II · texte numérisé non relu

II

Où l'on jouait aux dés les places du prétoire. Oli ! si cette tribu, seule parmi ses sœurs Qui puisse pour la loi nourrir des défenseurs, Cette tribu des forts , dont l'ardente paupière Veillait incessamment sur les tables de pierre, Ne va pas relever sur le champ ennemi Notre arche d'alliance inclinée à demi ; N'efface pas des fronts leurs profanes symboles; Ne vient pas abolir le culte des idoles; Ne reprend pas pour elle et sa postérité Le sceptre pastoral qu'elle a tant mérité ; Alors viendra ce temps où tout meurt, où tout passe ; Dieu d'un peuple maudit détournera sa face; Entendez bien alors ce que vos yeux verront : Le plomb de la douleur courbera chaque fronl, Car jamais si grand deuil n'aura courbé les têtes Dans les livres écrits par le doigt des prophètes ; Jours maudits! en passant sur le même chemin Nephtali jettera la pierre à Benjamin, Et les maigres épis des sillons funéraii'cs

Ne voudront pas mûrir avec le sang des frères ;

L'arche s'écroulera devant le Séraphin ;

Les villes sécheront de douleur et de faim ;

Les prodiges viendront : en sortant de la nue

La lune montrera l'autre face inconnue;

Notre oreille entendra l'épouvantable bruit

Que fait notre planète en tournant dans la nuit;

Dans ce chaos, au sein de ces horribles scènes.

Viendront aux carrefours hurler les chiens obscènes ;

La sueur coulera des images d'airain",

Et l'on verra l'éclair jaillir d'un ciel serein;

La fange ternira les sources cristallines ,

Et cette grande voix qui descend des collines

Dira cette parole : Anathème aux vivans !

Puis les rois accourront des quatre points des vents :

Ceux qui jettent les poils du tigre sur l'épaule.

Ceux qui baignent leurs pieds dans l'océan du pôle.

Ceux qui dorment assis sous l'on^i^^e du couchant;

Ils étendront leurs bras comme un fléau tranchant.

Renfermez vos moissons! car les soldats sur elles

Vont passer dans leur vol comme des sauterelles ; Les voyez-vous venir, Sennacliéribs nouveaux, Avec leur grand fracas d'hommes et de chevaux ^ De sonores carquois, de chariots de guerre, Nivelant tous les fronts sous leur sanglante équerre. Et broyant chaque ville où leur camp vient s'asseoir. Comme la grappe mûre envoyée au pressoir ? La bataille viendra dans cette grande plaine Que franchit en un jour le coursier hors d'haleine; Là, sur ce dernier sol des suprêmes défis, Gelboë pleurera Saûl et ses deux fils , Et , les bras élevés aux créneaux des murailles , Les femmes maudiront le fruit de leurs entrailles. C'est alors que viendront les désastreux momens; Jamais jour n'aura vu plus d'épouvantemens: Ceux qui sucent le lait à sa source jumelle Presseront un cadavre en guise de mamelle; Les hommes affurgés, avec d'impures eaux. Pétriront pour leur pain la farine des os; Le vieillard maudira son existence lente;

Les tours s'écrouleront dans la cité dolente; Elles s'écrouleront à la voix du canon Dans un fleuve tari qui n'aura plus de nom. Quittons les champs aimés, l'arbre heureux du rivage, Suivons la caravane au pays d'esclavage , Allons tous au foyer du Scythe ou du Germain . Nous vivrons sous leur ciel qu'on touche avec la maiiî, Le sol natal n'a rien pour notre bouche avide ; Que nous ont-ils laissé ? le royaume du vide.

Ces choses s'inscriront sur l'éternel feuillet Avant que le soleil nous ramène un Juillet!!!*

J'annonce à nos hommes d'Etat qui riront de mes prophéties , i[ue M. de ^ illèle riait beaucoup aussi de celle que je fis en 1826, non pas en style d'Apocalypse , mais en termes si clairs et si formels qu'un réquisitoire faillit tomber sur le poète comme la pierre de Titus. La voici, elle termine la Filléliade :

Mais bientôt, .lux regards de ce nouveau ministre, La nuit Tint révéler un avenir sinistre ; Des signes éclatans au front des cieux écrits De ces pâles vainqueurs troublèrent les esprits,

Voilà des chants nouveaux pour la douleui' publique: Elles ont commencé sur le mode biblique ,

Et la France espéra ; l'itnuiortelle déesse Qui prête son épée aux martyrs de la Grèce, Sur le fronton aigu du sénat plébéien Parut en agitant son casque phrygien ; Panthéon ! la croix d'or s'éclipsa sur ton dôme : Sous les marbres sacrés de la place Vendôme L.! terre tressaillit , et l'oiseau souverain S'agita radieux sur sa base d'airain.

Trois mois avant les ordonnances du 25 jiiiliel , je terminais ainsi ma satire prophétique intitulée 1830 :

On dit que du conseil où la nuit les rassemble

D'épouvantables bruits vers nous ont circulé ,

Que les vagues échos de leurs murs ont parlé

D'édit, de coup d'Etat ou de lit de justice...

Silence! que jamais ce mot ne retentisse;

Le pacte enfreint par eux serait rompu par nous ;

Lassé depuis long-temps de marcher à genoux,

Au seul geste , au signal d'un ordre illégitime ,

Ce peuple bondirait d'un élan unanime;

Et, brisant sans retour d'arbitraires pouvoirs,

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