‹ NémésisChapitre 39 sur 78 · IL · texte numérisé non relu

IL

Qu'ils se cotisent donc pour nous livrer bataille ; Ils nous ont déjà vus dans toute notre taille, Nous , lorsque Charles-Dix s'exila sur vos bords , Et vous, en lapidant la majesté des lords. ^ Oh ! combien ils ont dû méditer de croisades Tous ces commis de rois , ces agens d'ambassades , Quand du bill oppresseur déchirant le feuillet Londres se décora du ruban de Juillet;* Qu'au fracas du tocsin qui sonne les angoisses Se heurtaient les guidons de toutes les paroisses ; Quand devant Westminster, ouvert à deux battans, Marchaient silencieux trois cent mille habitans , Et que des vieux quartiers de la ville insoumise Débordait, en grondant, la vivante Tamise!

Voilà ce que le Rhin , le Danube et le Don Ne laveront jamais par un triple pardon.

" Dans cette mémorable procession des habitans de Londres , on a remarqué qu'un jrrand nombre de citoyens étaient décorés de rubans bleus.

Eh ! qu'avons-nous besoin pour voir ce qui s'apprête

D'interroger des Cours l'officine secrète?

Jusqu'ici, contenus par de prudens délais,

Leurs plans n'ont pas franchi le seuil de leurs palais ;

Pourtant prêtez l'oreille : avant d'être apparue,

Cette émeute des rois bourdonne dans la rue ,

C'est peut-être demain que jailliront éclos

Ces vastes attentats médités à huis clos.

Eh bien ! n'attendons pas que le Nord se décide

A nous emprisonner sous sa ligue homicide :

A nous l'invasion pour la troisième fois ;

A vous, Anglais, la chute et la mort de vos lois,

Le réveil insolent d'une vieille noblesse

Que depuis quinze mois votre liberté blesse,

Et qui, puissante alors d'un secours colossal.

Courberait sous un bill le peuple anglais vassal î

Allons, frères, debout! instruits à leur école

A notre tour aussi forgeons un protocole,

J\on pas enseveli dans l'ombre d'un carton , <

Mais clair , retentissant de Calais à Brighton ;

Ne délibérons pas dans des conseils auliques : Nos cabinets d'Etat sont des places publiques. Les pavés sont nos bancs, notre dôme c'est l'air, Et la rue où l'on passe est notre Westminster. ^

Anglais! quand vos marins, ces laboureurs de l'onde, Qui donnaient si souvent des supplémens au monde, Découvraient par hasard un domaine inconnu Où l'homme européen n'était jamais venu; Pour consacrer leurs droits sur la nouvelle terre. Ils y plantaient un mât aux armes d'Angleterre, Et clouaient fièrement une plaque d'airain Avec ces mots : Ici l'Anglais est souverain. Eh bien ! franchissez donc l'onde qui nous sépare , Il faut mettre l'orteil sur l'Europe barbare; Sur le même poteau ciselons une fois Le lion d'Angleterre avec le coq gaulois, Plantons-le sur le Pdiin comme un pieu d'épouvanîe Pour ces rêves d'orgueil qu'un despotisme invente. Et que sa triple face, aux trois points du chemin»

AU PEUPLE .\N(iLAlS. 37

Porte ces mots écrits en tout langage humain : « Ici, le ÎSord sauvage a des bornes prescrites; « Défense à tous les rois de franchir ces limites : « C'est le sol du génie et de la liberté ; « L'Angleterre et la France ainsi l'ont décrété ! » Voilà le protocole aux formes décisives Qui retiendrait les rois dans leurs cités oisives; Qui peut dissoudre enfin tout appareil guerrier Mieux que les beaux discours de Casimir Périer. Oh! ce pacte sauveur, consolante chimère, Qui demain va mourir sur ma feuille éphémère, Pourquoi, jusqu'à ce jour par la raison promis, l\'a-t-il pas eu le sceau des deux peuples amis ? Pourquoi !.... ne cherchons pas dans l'abîme des nues Des hauts secrets d'Etat les raisons inconnues ; Fouillons le cœur humain, cet obscur réservoir Que l'œil de la pensée a seul le don de voir : Sur un frêle pivot que la chair enveloppe Gravite incessamment le destin de l'Europe; Qui sait! l'obstacle vain qui retarde nos vœux,^

C'est peut-être une femme aux blonds ou noirs cheveux , Danseuse de boudoir, sultane diplomate, En vltchoura soyeux, dépouille d'un Sarmate, Qui pour pendre un ministre aux tresses de son cou, Aventureuse Armide , arriva de Moscou.

Voilà l'histoire ! hélas ! les secrets politiques Ont toujours un parfum de forfaits erotiques; Pour connaître un ministre entr'ouvrez ses rideaux : Les mystères d'Etat sont tous de chair et d'os.

Es gibt in Franhre'tch due secte von narien , wetchc die grossen haeuser beivohnen , politische Juden , ivelcke seit 1789 auf den Messias warten.

(Jean-Paul Richter. )

11 y a en France une secte de fous qui habitent les grandes maisons , juifs politiques qui depuis 1789 passent leur temps à attendre des Messies.

Ce monde sublunaire est au regard de l'homme Ce qu'est le firmament à l'œil de l'astronome ; Notre tête succombe avant de définir Le champ illimité du possible avenir;

Pour ses vagues destins l'histoire a ses prophètes ; Les grands événemens sont comme les comètes Qui, courant dans le vide, en bonds désordonnés » Reparaissent un jour à des termes donnés. Oui, sur notre horizon, que l'espérance dore. L'astre républicain peut remonter encore; Oui, le sort peut remettre au pavois souverain Le Fils de l'Homme, enfant dont je suis le parrain. * Si, tout à coup, changeant la face du royaume, Surgissait à nos yeux l'un ou l'autre fantôme, Empire ou république, il aurait pour renfort Des mains qui frappent bien , des cœurs qui battent fort Oui, si l'aigle demain sortait de léthargie, Si l'arbre se coiffait du bonnet de Phrygie, Combien de vieux amis, au culte renaissant, Idolâtres martyrs , apporteraient leur sang ! Un seul fait se refuse à l'espérance humaine.

Si le duc de Reichstadt est aujourd'hui connu sous le nom du Fils de l'Homme , il doit ce surnom populaire au voyage que je fis a Vienne , et qui me valut en France trois mois de prison.

A lui seul le possible interdit son domaine : Royaume, république, anarchie ou terreur. Régime consulaire ou règne d'empereur, Tout peut dans l'avenir ressaisir une chance, Tout, hormis Henri-Cinq sur le trône de France ! C'est que, pour rallumer ce cierge de malheur, Le souffle royaliste expire sans chaleur; C'est que l'Eliacin, pour qui les femmes pleurent, Ne saurait point trouver de ces hommes qui meurent , De ces chefs de forum par le peuple obéis , Qui changent en trois jours le destin d'un pays; C'est que ceux qui pour lui s'épuisent en neuvaines Aiment le peu de sang qui leur glace les veines ; Que ce trône d'enfant qu'ils veulent rebâtir Ne trouvera jamais le ciment d'un martyr. Quoi ! leur infirmité n'est pas assez notoire ! N'ont-ils donc jamais lu leurs quarante ans d'histoii'e ? Qu'ils nous citent un jour où, pour sauver un roi. Le zèle royaliste a sonné le beffroi ; Un jour où, pour sauver leur idole gothique.

Us montrèrent à nu leur poitrine athlétique : Dites! quand, au dix-aout, Santerre et ses tambours Poussaient au Carrousel le peuple des faubourgs ; Quand cinq cents Phocéens, arrivés de la veille, Promenaient dans Paris le soleil de Marseille, Et que votre monarque, en vêtemens de deuil. Vous appelait à lui par un dernier coup d'œil , Que faisiez-vous ? pareils aux supplians antiques. Vous mouilliez de vos pleurs vos autels domestiques, Et sans mêler vos bras au choc universel , Vous laissiez l'étranger mourir au Carrousel. Six mois après, ^ le jour qu'une tombe furtive Couvrit la royauté dans son lit de chaux vive. Que faisiez-vous ? de cendre inondant vos cheveux , Au fils de saint Louis vous adressiez des vœux ; Et lui , qu'auraient sauvé vos forces réunies , Lisait dans son chemin l'hymne des agonies , Sans trouver, en montant au calvaire des rois, Un autre Siméon pour alléger sa croix.

Que fîtes-vous encor, quand l'aigle revenue

Dans la nuit du vingt mars scintilla dans la nue ?

Quand reparut la gloire, et que l'exil amer

Rouvrit sa porte-basse à Louis-d'Outre-mer?-

Debout, la torche en main comme une girandole,

Vous éclairiez les pas de la goutteuse idole ;

Sur le grand escalier où défilait la Cour,

Vous formiez, en pleurant, des vœux pour son retour^

Puis vous alliez dormir dans vos calmes demeures.

Que faisiez- vous enfin aux soixante et douze heures,

Quand Paris étreignait d'un immense cordon

La trinité des rois exilée à JVIeudon ;

Quand, après trois grands jours de gloire et de carnage^

La légitimité fit son pèlerinage ,

Et vers la sombre Ecosse où vont les souverains ,

Chemina lentement la fourche dans les reins ? ^

Dites , que faisiez- vous ? Votre vue abrutie

Contemplait le convoi de cette dynastie ;

Et pour sauver Joas de l'éternel exil ,

Pas un homme de cœur qui s'armât d'un fusil !

Non , vous n*avez rien fait pour les royautés veuves ,

L'histoire contre vous a quarante ans de preuves;

Poui' défendre leur vie ou leur trône, toujours

Les rois ont rencontré des royalistes sourds.

Allez ! quand on a vu la dynastie errante

Depuis quatre-vingt-neuf jusqu'en mil huitcent trente.

Et que , pour lui sauver l'exil ou le bourreau ,

J.amais on ne tira le glaive du fourreau ;

Alors, il faut se faire une justice prompte:

Il faut cacher sa tête, ensevelir sa honte,

Et dans le fond des cœurs, lacrymal réservoir,

Du retour des trois lis cadenasser l'espoir.

Certes! le lendemain de la triple bataille,

Quand le peuple marchait grand de toute sa taille,

Et que sous son talon qui couvrait mille arpens ,

11 pouvait écraser vos têtes de serpens.

Vous auriez dû bénir cette haute clémence

Qui semait le pardon sur quinze ans de démence;

Qui ne demandait pas compte du sang versé;

Qui, d'un bras généreux, dans l'oubli du passé

Plongea de vos forfaits la sanguinaire histoire : JNey, fusillé par vous devant l'Observatoire;* Duvernet, expirant sous un plomb assassin;^ . Brune, accusateur mort du comtat Venaissin;^ Vallé, mâchant sa croix en montant sur l'échelle; Les sergens glorieux, martyrs de la Rochelle; Tous ceux qu'assassina le stylet de vos lois ; Didier, Labédoyère, orgueil des Grenoblois; Berton et ses amis, conjurés magnanimes; Lagarde poignardé par les héros de Nîmes, Tous ceux dont le sang pur non encore tiédi , Teint d'un sombre reflet les fleuves du midi; Et ces jeunes Faucher, jumeaux de la Réole, Qui montèrent aux cieux sous la même auréole. Oh! vous deviez alors, embrassant ses genoux, Dire au peuple vainqueur : Notre vie est à vous!

' Pauvre Ney ! qui nous eût dit de voir son nom glorieux chargé par la cavalerie tricolore devant le Théâtre des Nouveautés! Honneur du moins à Fontan et Dupeuty, qui ont essayé de traduire siula scène cette grande et lumineuse figure ! Leur drame sera lu dans toute la France à défaut de représentations.

Quoi! sitôt, reprenant votre audace impunie. Vous avez oublié vos crises d'agonie, Votre honte récente et celle d'autrefois ! Quoi! vous avez encore une langue, une voix! Quoi! votre cause absurde, après tant de défaites, Pour votre Eliacin trouve encor des prophètes ! Rodomonts , vous forgez des récits fabuleux Où vos blancs assassins exterminent nos bleus ; Vous feignez d'ériger en héros de batailles Vos petits Vendéens, ces géans de broussailles, Laboureurs fainéans qui , sur le grand chemin , Vont gagner leur journée un poignard à la main. Interprétant pour vous nos lois de tolérance, Vous usez de ce don pour insulter la France; Mousquites importuns de la rébellion , Vous titillez l'oreille et les flancs du lion ; Puis, si fronçant la peau de ses tempes arides. Le lion vous écrase entre deux de ses rides ; Si le peuple, ennuyé de ces petits tourmens. Veut imposer silence à vos bourdonnemens,

Alors vous vous plaignez ! votre voix hypocrite Invoque avec grand bruit la loi qui vous abrite, Charte que votre main traîna dans les ruisseaux , Charte dont notre main rajusta les morceaux. Savez-vous ce qu'il faut subir de rudes crises Pour qu'à la fin, un jour, vos plaintes soient permises? Il vous faut supporter, pendant deux fois quinze ans, La censure, l'exil, les outrages cuisans, Les Broë, les Bellart, les sellettes fatales, L'échafaud voyageur et les Cours prévôtales ; Il faut que le trésor que votre main fouillait D'un double milliard indemnise Juillet ; Il faut que de nos maux le retour parallèle Impose à vos douleurs deux règnes d'un Villèle ; Il faut qu'un Polignac , suscité dans nos rangs , Etouffe par deux fois vos journaux expirans, Que, le lis à la main, vos bandes accourues Pendant six jours de deuil ensanglantent les rues; Alors vous vous plaindrez,^ vous en aurez le droit : Au récit de vos maux nul cœur ne sera froid;

Jusque-là taisez- vous ; sans roidir sa colère, Bénissez chaque jour le bras qui vous tolère; Vous êtes les VAINCUS ! non pas«lans un scrutin , Non pas dans le secret d'un débat clandestin ; Mais vaincus, en plein jour, dans la ville insurgée. Vaincus , le fer en main , en bataille rangée ; Car, à défaut du bras, votre esprit et vos Vœux Bourraient la balle suisse et dirigeaient les feux.

Ainsi , que voulez-vous , hommes aux couleurs blanches ?

Nous avons, pour vous plaire, épuisé les revanches.

Et vous niez toujours vos désastres complets;

Comme un enfant boudeur qui joue aux osselets.

Quand vous avez dix fois perdu la dynastie.

Vous nous redemandez la dernière partie !

Eh bien ! pour contenter ce caprice d'enfant,

Je voudrais que le bras aujourd'hui triomphant.

Exhumant vos Bourbons de leur brume lointaine.

Rendît le trône au fils de la Napolitaine;

Que Dieudonné, rentrant avec un sauf-conduit.

Au Saint-Cloud paternel fût encore introduit ;

Qu'on lui restituât les honneurs de sa race.

Ses cavaliers portant la lance ou la cuirasse,

Ses gendarmes armés de pesans mousquetons,

Ses rouges fantassins, nés aux treize cantons;

Qu'il eût autour de lui, comme une garde sainte,

Tharin, Damas, Latil, Frayssinous, Hyacinthe;

Pour conseiller, Cottu," moderne Balaam,

Et le pâle trio de la prison de Ham.

Eh bien! croyez qu'alors, pour revanche dernière.

Tout Paris s'unirait sous la même bannière;

Relevant, à deux mains, son immense marteau.

Il tomberait, en masse, aux grilles du château :

Oh! cette fois, le peuple, en brkant le colosse.

Ne lui laisserait pas une tombe en Ecosse,

Mais préparant pour lui des cercueils plus étroits ,

Il ferait en un jour plus qu'il ne fit en trois.

Eh ! vous le savez bien : sans voir ce nouveau drame.

Vous pensez comme nous dans le fond de votre âme;

Votre avenir de règne est à jamais perdu;

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