‹ NémésisChapitre 4 sur 78 · MA DISGRACE OFFICIELLE · texte numérisé non relu

MA DISGRACE OFFICIELLE

Moi, je l'avais prévu : l'inflexible satire. Sentinelle du Peuple, Argus du droit commun. Est pour le ministère un témoin importun; Auprès des grands du jour rien ne saurait l'absoudre; C'est une pointe aiguë, elle attire la foudre : Quiconque a fait un pacte avec la vérité. Du haut de la faveur tombe précipité.

Je l'avoue : au sortir de la grande semaine, Brûlé par le soleil qu'aspirait mon haleine, De fatigue, de soif, de sommeil obsédé Et d'une sueur tiède encor tout inondé, J'entendis de la rue une éclatante orgie : J'entrai dans un salon où, la lèvre rougie. Des hommes inconnus, convives turbulens, S'indigéraient de vin et de mets succulens; Et moi, lazzaroni de la triple journée, * Je promenais sur eux une vue étonnée;

L'expression napolitaine nesl pas de moi; elle vient dv plus liaut lieu.

Alors, on me jeta, comme un don clandestin,, Quelques miettes, débris du splendide festin; Je sortis. On m'a dit depuis qu'à cette table On saupoudre les mets d'un poison délectable, Que d'un perfide suc le vin est mélangé ; Je n'en ressentis rien, j'avais trop peu mangé.

Ainsi, quand avec eux je signai l'armistice,

Ils changeaient en trafic un acte de justice;

Sur leurs futurs méfaits pour étouffer le bruit .

D'une insolente aumône ils calculaient le fruit ,

Croyant à tout jamais cadenasser mes rimes,

En me comptant par jour quatre francs dix centimes.

Je respire affranchi de leur étau de fer ;

Le pain de servitude à ma bouche est amer ;

Je veux, comme autrefois, libre de ma parole.

Tenir du peuple seul la volontaire obole,

Trop riche, si j'obtiens de sa large équité

Un denier seulement pour chaque vérité.

Ah! puisque trop long-temps leur sagesse endormie

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