II
Tu sais, avec Bérard, mettant un fleuve en gage,* Sur des ponts projetés percevoir un péage, Ou pendant deux hivers retenir dans la main L'argent réparateur qui pave un grand chemin : Mais qu'on ait fait de toi le dieu de la peinture, Le patron des beaux-arts, de la littérature, Le Mécène français qui tient en réservoir, Pour le talent à jeun , l'aumône du Pouvoir; Oh! de ce que Juillet nous légua de funeste. De tout ce qu'enfanta le politique inceste, Dans l'ignoble chaos de tant de choix bâtards, Rien de plus monstrueux n'attrista nos regards. Quoi ! l'ignorance brute au sot orgueil unie Préside, sous ton nom, aux œuvres du génie ! Quoi! pour suprême chef dans le temple du goût. L'imbécile faveur t'a choisi , toi , d'Argout ! Toi qui, malgré ton âge, écolier Impubère, Ignores du savoir le premier syllabaire,
M. Bérard, directeur des Ponts-et-Cliaussées, travaille avec M. d'Arfjout
Et qui, pour tout service, étant préfet de Pau, De ta main d'apostat brûlas le saint drapeau. '
Aussi, depuis dix mois que tu les tiens en laisse,
Les beaux-arts ont atteint leur âge de vieillesse ;
Comme des orphelins qu'un tuteur négligent
Abandonne au hasard sous le toit indigent.
Ils sont nus, dépouillés, ils vont de porte en porte.
Ils attendent le pain que la pitié leur porte ,
Et frustrés, chaque jour, de l'or que tu leur dois,
A d'indignes travaux ils soumettent leurs doigts.
Paris est plein d'auteurs qui, mourant par ta faute,
Se condamnent, pour vivre, à la meule de Plante, *
De Gilbert, charriant l'eau du fleuve par seau;**
Je pourrais te citer de modestes Rousseau
Qui soutiennent le jour leur estomac phthisique
En copiant, la nuit, des notes de musique :
On sait que ce vieux comique latin était réduit, pour vivre. h tourner la meule.
On sait que Gilbert Faisait qvielquefois , pour vivre, le métiei de porteiu' d'eau.
11 existe à Paris plus d'un obscur Puget-
Qui cisela son œuvrie en songeant au budget ,
Et qui, prostitué par la faim qui le tue,
Pour en vendre le marbre a scié sa statue.
Mais , quoi ! répondras-tu , jusqu'au fond d'un grenier
Puis-je aller découvrir le talent prisonnier?
Pour payer le génie il faut qu'il se dévoile,
Qu'il s'expose en public sur le marbre ou la toile...
Eh quoi! ministre absurde, aujourd'hui le Pouvoir
Dans les clubs clandestins a des yeux pour tout voir;
11 évente, à coup sûr, un complot, soit qu'il vienne
Des tours de Notre-Dame ou des clochers de Vienne;^
Gisquet tient sous son œil , dans ses mille bureaux ,
Tous les hommes suspects classés par numéros;
Et quand dans un grenier, avec la fièvre ardente,
Se désole un Weber, un Raphaël, un Dante,
Implorant, pour gagner un avenir promis.
Un atome de l'or que gardent tes commis, -
Ta police n'a pas un œil divinatoire
Pour trahir le génie et dénoncer la gloire!
A M. I) AIKÎOIJT. ISI
Et s\ riiomme in.spiré, trop pressé do Hnir. D'un seul coup de crayon s'esquisse un avenir; Si dans le grenier sombre où rien ne le décèle, De ce tison qui meurt jaillit une étincelle, Est-ce toi qui pourrais , dans ce coup de crayon , Du grand peintre futur deviner le rayon ? Est-ce un œil de d'Argout qui saura reconnaître. Dans le jeu de l'artiste un Raphaël à naître , Surtout si, pour t'aider dans l'examen de l'art, Tu n'as auprès de toi que ton Royer-Collard ? ^
Au désert d'un faubourg il existe un jeune honnue^
Que tu ne connais pas, mais que tout Pari.s nomme :
De l'étau du malheur son talent s'échappa;
Un jour au Muséum il pendit Mazeppa :
Non ce Russe Adonis que vers des champs de neige
Emporte galamment un cheval de manège,
Un de ces étalons qu'en ses cadres étroits
Habille de satin le goût de Vernet-Trois ; ^
Mais un Russe nerveux, un géant musculaire
Qui remplit le tableau d'un éclair de colère ;
La foule l'admirait, il déplut au Pouvoir,
Et Corbière passa devant lui sans le voir :
C'était dans l'ordre. Au moins quand Juillet tricolore
Nous promit tant de biens qu'on nous promet encore ,
Il fallait aussitôt, dans les premiers instans,
Qu'un ministre appelât l'artiste de vingt ans,
Et qu'il lui dît : « Jeune homme, il est temps, vas au Louvre.
« Pour ceux qui l'ont conquis il est juste qu'il s'ouvre ;
«La toile et les couleurs ne te manqueront pas,
« Désormais ton génie est libre du compas;
« Plus de ces tableaux nains où le goût se jalonne,
« Choisis pour chevalet le fût d'une colonne ;
« Si tu veux peindre ici le sabbat de l'enfer,
« Les grands combats de ceux qui s'habillaient de fer,
« Ou du ciel des chrétiens l'innombrable phalange,
« Prends tout un pan de mur, toile des Michel-Ange
« Va , décore à ton gré cet autre Vatican ;
« Cette fois tes tableaux n'iront pas à l'encan
«Des brocanteurs hébreux subir l'ignominie;
A M. D'ARGOUÏ. 183
« Au nom du peuple-roi je solde le génie. « C'était là ton devoir : tuteur officiel. Tu devais sur les arts courber ton arc-en-cié*l; Mais non, le jeune artiste a tronqué sa carrière, Le grain de son génie est tombé sur la pierre , Et ses étroits dessins pendent sous le cordon Du populeux vitrage ouvert par Giraldon. '
Et qu'attendre de mieux! dans ce riche domaine , Dans le salon des arts quand l'ennui te promène, D'Argout, tu n'aperçois sur les murs ennuyeux Qu'un amas de couleurs qui tournent sous tes yeux : Ame inerte, cœur sec, tête sans poésie. Devant de froids décors ton faux goût s'extasie. Tes regards sont trop bas, ton coup d'œil est trop lent
* Giraldon, marcliand de jijravures de la {Galerie \ivienne, dont le vitraffc est toujours encombré de curieux. La foule s'y arrête eu ce moment pour admirer la belle création de M. Boulanger, le Feu du Ciel. Ce jeune artiste a trouvé le secret de se montrer orij^inal dans cet ouvraj^e, même .Tprcs les {^rands poètos ^>f ntii f\ \ \r\i.n- Jiiipo.
Pour suivre dans son vol le sillon du talent :
Pareil au villageois qui vient, les jours de fête y
Etaler au Salon sa mine stupéfaite ,
Tu n'admires, pendus aux plans les plus voisins,
Que les plateaux chargés de grappes de raisins,
Le papillon flamand à l'aile diaphane
Suçant, avec son dard, la rose qui se fane,
Et près d'un vase étrusque aux contours bien luisaiis
Les épagneuls assis qui gardent des faisans.
Tu te pâmes de joie en découvrant aux frises
Les reliefs menteurs escortés d'ombres grises ,
Les homériques dieux qu'à trente pieds du sol
Elève pesamment le plafonneur Pujol,
Et la femme aux yeux noirs, qu'une larme sillonne,
Que de son doux pinceau Dubufe vermillonne.
Qui, rubiconde encor d'un amoureux délit,
Un portrait à la main sanglote sur son lit.
Voilà ce qui sourit à ton œil de Vandale !
Des choix les plus grossiers tu donnes le scandale;
Si , par hasard, pressé par d'unanimes vœux.
Tu fais ce que lu dois et non ce que lu veux;
S'il te faut quelquefois feindre un ^oiit tutélaire
Pour l'ouvrage imposé par l'instinct populaire,
Ta main qui du génie ignore la valeur
Ne consent qu'à payer le cadre et la couleur,
Et par de faux marchands, complices de ta honte,
Tu les fais à vil prix acheter pour ton compte. *
Voilà pour la peinture : à ton joug oppresseur Tu voulus accoupler la sculpture, sa sœur : Debout, devant le seuil de ton hôtel avare, Elle verse des pleurs sur un bloc de Carrare. Les monumens publics au niveau des pavés , Sous d'ignobles cloisons vieillissent enclavés. 0 douleur! nous voyons pendre à leurs cannelures Des barbes de gramen, honteuses chevelures. Ta main hérésiarque, au Louvre, aux Innocens,
* Les tableaux de Robert, de Delacroix, de Delaroche, Garnerar, Decamps, Schnetz, et d'autres illustrations, ont été acquis à des prix indignes, après des débats mcreauliles comme on en élève encore dans les boutiques du Marais.
Pour le culte des morts n'a pas trouvé d'encens*/ Leur tombe provisoire est même disparue, La cendre des martyrs est laissée à la rue ; Qu'attends-tu pour dresser à ces mânes amis Le temple colossal qui leur était promis ? Pour toute œuvre, à défaut de l'œuvre expiatoire, De l'Institut lépreux tu grattes la peau noire; Ses murs sont recrépis.... C'était là que brillait La constellation des balles de Juillet ! ! ! ^
C'est ainsi que tout meurt! une flasque atonie A détendu partout la fibre du génie; Le souffle doctrinaire étouffe tout élan : Les théâtres déserts déposent leur bilan ; La salle Ventadour que l'étranger admire ,
* M. D'Argout a répondu noblement à ceux qui lui reprochent sa négligence pour les beaux-arts ; il a payé des ouvriers pour effacer les stigmates des balles du peuple sur la façade et la coupole <ic l'Institut. Nous ne connaissons que l'incendie du drapeau tricolort' , par le mémo auteur, qu'on puiss<; comparer au recrépissage de rinslitul.
A M. D'ARGOUÏ. tK7
Si jeune, nous rappelle un temple de Paimyre;
A peine si , sorti du passage Choiseul ,
Le voyageur Laurent^ vient y méditer seul :
L'Odéon, dépouillé du plus mince subside,
Organise dans l'ombre un nouveau suicide ;
Sur ses planches, bientôt, malgré les soins d'Harel,''
L'herbe va dessiner un décor naturel :
Le Théâtre-Français , hué des romantiques ,
N'est plus qu'un cabinet de médailles antiques,
11 ne lui reste plus que son orchestre sec
Qui grinça, quarante ans, sous l'archet de Gossec :*
Hormis dans le grand cirque où Taglioni danse.
Partout le roi des arts atteint sa décadence ;
Et depuis qu'au mépris des tolérantes lois
Ta censure arbitraire a poignardé Langlois , *
Les nobles écrivains, les enfans de la lyre.
Gossec a dirigé quarante ans l'orchestre, sans musiciens, du Théâtre-Français.
Directeur du tlicàire des Nouveautés. Ce théâtre ne serait pas fermé aujourd'iiui si \c procès d'un Maréchal de France eût été joué-
Qui firent de tout temps la gloire d'un empire, DésJiérités en bloc de leur part au budget , D'un chef-d'œuvre attendu subissent le rejet. Et réponds maintenant : dis-nous , où donc est-elle Cette faveur de cour, cette haute tutelle Que Juillet nous promit et qu'attendent en vain Sous leurs toits délaissés l'artiste et l'écrivain ? Tu dis que sur les arts que tant de soucis rongent , De l'arbre du Pouvoir les rameaux se prolongent.... Sans doute, et je crois voir au seuil de ton hôtel L'Upas, arbre-poison dont l'ombrage est mortel.
Sic notuj Ulxuet.
VlKOILE.
Toujours, quand un congrès trouble la politique, Toujours les mêmes noms passent dans un optique; Ces noms que Metternich tient dans ses arsenaux; Ces noms qu'on voit toujours en tête des journaux : Talleyrand, Palmerston, Wessemberg, JVesselrode. Ils sont là, méditant une affaire de fraude,
Cinq vieillards gangrenés de forFaits de salon Oui scandaliseraient le bagne de Toulon ; Dans le noir cabinet d'une taverne immonde, Us coupent en morceaux la liberté du monde, Et chacun des forbans retarde son départ Pour avoir au butin une meilleure part.
Voilà mon style , à moi ; c'est la vérité crue :
Pour la traduire en vers je l'emprunte à la rue,
Et je me fais l'écho du trivial bon sens
Que jette en mots grossiers la bouche des passans.
1/ibre à vous de parler en style académique,
De sucrer de bon ton la tiède polémique :
Moi, quand des glaives nus fondent sur mon pays.
Quand le mal est flagrant, quand nous sommes trahis,
Quand cinq Machiavels se rassemblent pour fondre
{^ultimatum des rois dans l'arsenal de Londre,
Moi, qu'éveille déjà le bruit de ce canon,
a\ ces forbans de cour je donne leur vrai nom;
J'abjure la pudeur de la noble grammaire.
Mon désespoir brutal crée une langue anière; Elle invente des sons, des syllabes, des cris, Qui brûlent, en tombant, le papier où j'écris; Au bout de chaque vers, avec mes âpres rimes, .le forge deux crampons qui tenaillent les crimes; J'emprunte chaque soir aux infernaux concerts Le dur timbre qui suit les mots dont je me sers; Du bon ton minaudier je saute la limite. Qu'en ces jours décisifs tout écrivain m'imite; Nous reprendrons bientôt cette langue aux doux sons Qui caresse l'oreille et que nous vernissons; Mais il faut aujourd'hui que notre langue brûle Le fauteuil du ministre ou la chaise curule, Afin que les mangeurs , assis au grand repas , Tombent devant la table et n'y remontent pas. Que si l'on veut encor tenir à la décence, Velouter la satire et l'embaumer d'essence , Tout est perdu; les jours déjà venus viendront Où l'on lance pour vers des balles dans un fronl.
Ainsi jetons les mots darts leur crudité nue. Toute chose secrète est aujourd'hui connue; Les congrès ont perdu leur mystère profond ; Que font-ils, dites-vous, à Londres?... Ce qu'ils font ! Pour le savoir, voyez quel homme on associe Aux travaux clandestins de leur diplomatie ! Le mensonge incarné, le parjure vivant, Talleyrand-Périgord , prince de Bénévent ! Judas impénitent, le front oint du saint-chrême, Il ouvrit sa carrière en trahissant Dieu même; Aux autels, à la Cour, doublement apostat. Comme il traita l'Eglise il a traité l'Etat ; Exercé quarante ans dans les chancelleries, Protée au pied boiteux , Satan des Tuileries , Au pilier du Pouvoir il s'est toujours tordu; République , Empereur , rois , il a tout vendu : Il aime à piétiner sur des trames ourdies ; Mascarille impudent des hautes comédies , De son œuvre d'intrigue en silence occupé, ïl voit dans chaque peuple un Géronte dupé ;
Dans notre siècle grave, étrange anachronisme. De son vernis de cour il parc le cynisme; A son petit lever, devant ses courtisans. Il dit de froids bons mots qu'il a semés dix ans , Et croit dissimuler sous cet esprit frivole Tout ce qu'a d'odieux son politique rôle. Vieux type qui servit aux salons du Régent, Il aime à promener le mépris négligent , Le babil enfantin d'un jeune octogénaire. Sur ces choses d'honneur que tout homme vénère ; Aussi , pour y chercher un atome de bien Si l'on ouvrait son cœur, on n'y trouverait rien. Nous, du moins, parvenus à l'extrême vieillesse, Quand notre front se glace et que le sang nous laisse. Nous, peuple, nous aimons, pensifs dans un fauteuil, Remonter au passé par un dernier coup d'œil. Nous recueillir, enfin, pour ouïr dans l'espace Les funèbres appels du squelette qui passe, Et songeant à nos jours si mauvais et si longs. Demander le chemin des lieux où nous allons. H. m
Mais lui, ce renégat, ce vieillard au front pâle. Ce prêtre qui vendit sa mitre épiscopale , Ce roué de salon dont le lit clandestin Epouvante peut-être un palais florentin,* Quand de ses doigts glacés sa béquille qui tombe Semble à chaque moment lui mesurer sa tombe. Au lieu de s'abîmer dans des lieux souterrains, La cendre sur le front et le cilice aux reins , Regarder en tremblant dans sa vie en arrière. Pour la première fois ouvrir son bréviaire, Et demander à Dieu, dans un regard mourant, Qu'il invente un pardon pour sauver Talleyrand , Que fait-il ? Il s'embarque , il quitte sa demeure , Pour voir s'il peut nous vendre encore avant qu'il meure ; Souteneur permanent des brelans de palais. Il veut jouer encor dans les tripots anglais; Avant que du tapis le fossoyeur l'écarté , Il veut encor filer la frauduleuse carte,
* M. Talleyrand occupe à Paris l'hôtel Florentin de la rue de ce nom.
Et, doyen expirant des pécheurs endurcis,
Pour sa dernière intrigue il demande un sursis.
Noble terre de France aux grands destins promise.
Dans les conseils secrets qu'écoute la Tamise,
Pour sauver ton honneur, voilà l'homme pourtant
Qu'on osa te donner comme Représentant ! ! I
0 pudeur! quand aux yeux des quatre diplomates
Apparut ce Caïn maculé de stigmates.
De surprise et d'horreur nul d'eux ne frissonna
Comme les sénateurs devant Catilina;
C'est que tous quatre, acteurs du satanique drame,
Au front de l'apostat reconnurent leur àme;
C'est que dans chaque Cour quand naît un différend ,
Le démon des congrès suscite un Talleyrand.
Les voilà tous les cinq, pétris de même boue,
Assis devant la table où notre sort se joue,
Au nom de la Hollande, au nom des Pays-Bas,
Pour allonger le temps ils feignent des débats ;
Ils tiraillent entre eux un morceau de royaume
Pour le roi Léopold ou pour le roi Guillaume ,
iPA> IN E MES 18.
Et signent chaque nuit, de leur quintuple main,
Un nouveau protocole, effroi du lendemain.
Des courriers tout fiimans, inclinés sur leurs selles.
Arrivent de Paris, de Vienne, de Bruxelles,
Portant ?ur des chevaux au vol aérien
Soixante ultimatum qui ne terminent rien;
A peine débottés ils repartent encoi^e,
Usent les grands chemins du couchant à l'aurore.
Et des maîtres de poste épuisant les relais.
Le protocole en main, débarquent à Calais.
Casimir, à tout prix, veut que la paix soit faite.
Il habille son fils en poudreuse estafette, '
Déclarant, par sa bouche, à l'univers en deuil ,
Qu'au refus de signer il quitte le fauteuil ;
Et l'on ne signe pas, et Périer, en colère,
Se résigne à garder son trône impopulaire;
Et le congrès déclare à l'évéque d'Autun
Que le quinze du mois est remis au trente-un -
0 chaos! il faut bien un jour qu'on le dévoile ;
Après ce long prologue on lèvera la toile;
Alors apparaîtra ce plan d'iniquité
Que cinq machinateurs ont neuf mois médité ! ! !
11 est vrai, jusqu'ici la saison nous protège :
Car le traité de paix est écrit sur la neige;
Mais quand le tiède mois qui porte un nom guerrier
Dissoudra les glaçons sous les pas de Périer,
Cent mille ambassadeurs, le fusil sur l'épaule.
Marcheront vers le Rhin des frontières du pôle;
L'Autriche cauteleuse, aux appareils si lents.
Teindra les Apennins de ses cavaliers blancs;
La Prusse à l'avant-garde enverra ses écoles :
Voilà ce qu'auront fait soixante protocoles ;
Alors nos ternes yeux s'ouvriront par degrés ,
Et verront clair enfin dans ce nouveau congrès.
Rois pervers! ils ont cru, dans leur soif de conquête,
Du sanglant Waterloo renouveler la fête;
Hommes vils ! ils ont dit à chaque ambassadeur :
«De ce peuple orageux amortissez l'ardeur;
« Par l'ennui de la paix sachez flétrir leurs ànies;
« Qu'ils épuisent leur force en querelles de femmes; « Quand six mois de dégoût sur eux auront pesé « Nous romprons sans effort leur faisceau divisé. » L'astucieux congrès a suivi l'ordonnance; Eh bien ! après l'hiver, que l'Europe s'avance , Nous l'attendons: sans doute, après le grand Juillet, Depuis ces nobles jours où tant d'accord brillait, La haine des partis trouble la France entière ; Mais qu'un premier boulet déchire la frontière , Et vous verrez alors qu'en ce grave moment La poudre des canons est pour nous un ciment; Les trois partis rivaux , oubliant leurs querelles , Ne verraient que la France et s'uniraient pour elle ; Tout Français marcherait à l'appel du canon , Hormis ceux qui vingt fois ont renié ce nom, Des vagabonds royaux les sujets mercenaires : Ralliés cette fois aux rangs des doctrinaires , Ces lâches déserteurs iront, la corde au cou. Demander assistance aux soldats de Moscou; Pour nous tous qui datons de la grande décade,
Baptisés par le feu devant la barricade, Nous courrons rappeler" aux despotes du Nord Que le chant marseillais est leur 'lymne de mort; La France de Juillet s'élancera, suivie Des soldats fraternels venus de Varsovie ; Un seul jour nous fera d'illustres vétérans, Les Kléber, les Marceau, jailliront de nos rangs, Et chassant tous les rois de leurs hideux repaires. Nous recommencerons l'histoire de nos pères !