AVIS
Le Directeur des bureaux deNÉMÉsis prévient Messieurs les spé culateurs des journaux carlistes , qu'il n'accepte I'échance d'aucune feuille de Henri V, pas même du Journal des Débats.
A riTALlE.
liaiiam .' Itaiiam !
VlRttlI.K.
0 généreuse sœui" que la France abandonne. Non, tu n'es pas esclave aux pieds d'une Madone: iNon, tu n'as pas perdu les nobles parchemins. Héritage immortel de tes aieux romains!
Tu te souviens des jours où tu fus grande et belle;
Le feu n'est pas éteint sur l'autel de Cybèle,
Car dans le saint asile où son culte est resté,
Pour dernière vestale il eut la Liberté :
Comme le vieux Janus, père de ton histoire.
Que Saturne doua d'une double mémoire,
Par un don merveilleux, tu semblés réunir
Un front pour le passé, l'autre pour l'avenir.
Non , non , tu n'es pas morte , ô mère des empires ,
Ton souffle consolant nous dit que tu respires,
Qu'après tant de travaux tu goûtes le sommeil,
Comme un géant lassé qui s'endort au soleil.
Les peuples qui sur toi sont broyés en poussière,
Ont formé de ton sol la couche nourricière,
Et les restes pourris de tant de bataillons
D'un engrais immortel ont chargé tes sillons.
Si dans tes champs, où dort l'instrument aratoire,
Une main promenait le soc de la victoire,
Et sur ces germes froids faisait courir les vents,
Que d'antiques héros en sortiraient vivans!
A i; ITALIE. 203
0 qui peut mieux que toi, majestueuse reine, Ressaisir un vieux sceptre enfoui dans l'arène. Pour former des soldats, pétrir des ossemens. Rendre leur jeune teinte à de vieux monumens. Et d'un robuste bras arracher son étoîe Au Jupiter chrétien qui dort au Capitolc!
Eh! que lui manque-t-il à ce pays aimé, A ce sol éclatant de miracle semé?
Son peuple est fait de bronze; éternelle médaille. Des héroïques temps il conserve la taille, Les cheveux arrondis, l'œil, les traits aquilins, Et le grave maintien des dieux capitolins; Toujours les mêmes mœurs; au sortir d'une lutte, Il aime les bouffons et les joueurs de flûte, Son poétique esprit, dans ses rêves dévots. Repeupla son Olympe avec des dieux nouveaux; Chaque hiver il emprunte à ses vieilles annales Son carnaval joyeux, modernes bacchanales. Ses fêtes de l'automne, où, vers les champs voisins.
Roule le chariot ruisselant de raisins,
Avec les taureaux noirs liés au joug antique,
Les symboles païens d'une fête rustique.
Les thyrses résineux, d'âge en âge venus.
Les filles des Sabins qui dansent les pieds nus,
Et le Saint villageois qui, parcourant la plaine,
Trébuche à chaque pas comme le vieux Silène.
Et puis, sur les gradins, au cirque de Milan,
Voyez ce même peuple, écoutez son élan.
Quand, remuant soudain les fibres de son âme.
Un mot de liberté tombe au milieu d'un drame;
.\pplaudissant des yeux, de la voix et des mains.
Tous ces Italiens redeviennent Romains;
Ils semblent protester, devant les sentinelles.
Qu'ils n'ont pas renié les cendres paternelles,
Et sous les pelotons des fantassins hongrois
Comme au temps de Brutus ils maudissent les rois.
C'est qu'un instinct secret les avertit sans doute Que la grande Appia, cette éternelle route
Qu'ouvrit la Rome antique aux pères triomphans Doit retentir cncor sous le pied des enfans; C'est que le fleuve saint qui coule vers Ostie S'indigne de laver la grande sacristie; C'est que la louve en deuil qu'attriste YJngelus , Attend sous sa manaelle un nouveau Romulus; C'est qu'une voix a dit dans le vieux hippodrome Que les dieux immortels vont retourner à Rome, Et que l'on trouve écrit îjux livres sibyllins : « On rendra l'héritage à de grands orphelins. »
Tous les peuples anciens que l'histoire dénombre Sur le sol d'orient ont passé comme l'ombre; Aucun d'eux n'a revu le sol qu'il a quitté; Ils sont morts pour toujours, morts sans postérité La Grèce n'offre plus que des cités squelettes. L'Egypte, reine au front chargé de bandelettes. Qui semblait, unissant ses villes en faisceau, Lne rue où le Nil passait comme un ruisseau; L'Egypte d'aujourd'hui, largement dépeuplée.
De tout ce qu'elle fut n'est que le mausolée; L'Egypte s'est éteinte avec ses oppresseurs. Seule, du monde entier, parmi toutes ses sœurs. Jeune, après trois mille ans, la vivace Italie Dans le même cercueil n'est pas ensevelie; L'homme y reste debout et garde dans sa voix Cet accent musical des langues d'autrefois; Arclîitecte éternel, il a de ses mains fortes Reconstruit des cités avec des cités mortes; Ses fleuves ont des ponts, ses jardins des châteaux; Il veille avec orgueil sur ses vieux piédestaux; Il entoure d'amour ses image.s brisées, Ses aqueducs croulans, ses vastes Colisées; L'Italie est encor, comme au temps des Césars, L'école où vient s'asseoir le peuple des beaux-arts; Là, chaque nom de ville où l'étranger afflue Trouve au fond de tout cœur un cri qui le salue; C'est Florence qui dort sous ses berceaux de fleurs , Merveilleux muséum de marbre et de couleurs; C'est Mantoue où naquit l'Homère d'Ausonie;'
Le sonore Milan, orchestre d'harmonie;
C'est la molle Capoue, amante d'Annibal;
Venise, qui n'est plus qu'une salle de bal.
Venise, qui pareille à la Vénus antique.
Sa chevelure au vent, sort de l'Adriatique;
Parme, Pise, palais bâtis de marbres blancs.
Celles que l'Apennin abrite de ses flancs.
Toutes dans leur histoire ayant quelque prodige,
Filles de l'Eridan, du Tésin, de l'Adige;
Et cette Rome enfin, merveilleuse cité.
Si rayonnante encor dans sa caducité,
Qui, veuve des Césars, à leur couche fidèle,
Ne jugea que Dieu seul pour époux digne d'elle.
Les grands infortunés qui sont encor debout
Viennent te voir, cité qui consoles de tout!
Ils te trouvent pleurante au pied des sept collines ;
Tu leur montres encor tes augustes ruines;
Tes tombeaux dispersés au souffle d'Attila,
Ton Jupiter-Stator qu'un prêtre mutila.
Ton Panthéon sans dieux, où pend la graminée.
L'arène de Titus par les âges minée.
Les débris des Césars, des Sixte, des Léon,
Et la femme aux vieux jours qui fit Napoléon.-
Toutes ces nobles sœurs qu'un secret pacte lie,
Pléiades que le ciel sema sur l'Italie,
Si le cri du réveil retentissait demain,
De l'Abruzze au Tyrol se donneraient la main ;
Fières de secouer vingt siècles d'esclavage,
Elles délaisseraient l'île au triple rivage.
Cette terre oii l'Etna n'est plus qu'un grand charbon ,
Ce royaume honteux qui subit un Bourbon;
Car, au joug des tyrans, l'Italie indocile.
De son pied dédaigneux repousse la Sicile,
Et sur le sol commun, par deux mers limité.
Veut ressaisir encor sa première unité.
Quelle main, balayant les moines et l'Autriche, Fécondera ce sol où la gloire est en friche? Quel vengeur, à Milan, tombé comme l'éclair. Posera sur son front la couronne de fer.
Effacera du pied ces vieilles mosaïques De princes et de ducs tonsurés ou laïques, Et formant tant d'Etats sous un même lien, Fondra dans un seul nom le peuple italien ? Cet homme vint un jour, quand notre Directoire Aux plaines des Lombards décrétait la victoire; Oh! l'Italie alors, en songeant aux Tarquins, Se fit pour un moment des jours républicains. Ils te seront rendus ainsi que tu l'espères, Ces jours de liberté qu'ont entrevus tes pères ; Terre de notre amour, les rocs des Apennins Briseront, en tombant, tous tes monarques nains; Ne désespère point de ta sublime cause : Dans un calme fangeux la France se repose, Mais l'avare égoïsme aura son terme; attends. Encore quelques jours, il aura fait son temps; Sa glace va se fondre à l'aube printanière; Quand du jeu politique une chance dernière Donnera le pouvoir à ceux que nous aimons, Ton sol doit s'embraser au-delà de tes monts; II. 14
La voix des Apennins te dira : « Voici l'heure
«De rendre le sourire à ton beau front qui pleure;
«Levez-vous, légions! que dans chaque cité
« Le spectre de Varus passe ressuscité ;
«Que toute l'Italie, ardente de colère,
«Suive, dans son élan, le même vexillaire,
« Et dans le creux des bois retrouvant son chemin
« Qu'elle aille anéantir l'Arminius germain. »
Et nous, nous serons là, sur les Alpes connues;
Faisant étinceler nos couleurs dans tes nues.
Nous viendrons, s'il le faut, pour garantir tes lois
Jeter dans le bassin notre glaive gaulois.
Alors, pour te payer tes reliques usées
Que le fourgon vainqueur porta dans nos musées,
Nous te présenterons comme un digne secours
Une image de marbre, ex-voto des trois-jours.
Digne de tes palais et de tes galeries,
L'esclave Spartacus qui règne aux Tuileries;''
C'est le gladiateur de tes antiques jeux;
Un vif éclair jaillit de son œil orageux;
Qu'il est fier! on distingue à sa pose sublime
Qu'il a brisé ses fers sans l'aide d'une lime;
Détachés d'un seul coup, par la force disjoints,
Ces fers victorieux tremblent à ses deux poings :
Voilà ton nouveau saint que la liberté nomme;
Par la Porte-du-Peuple il entrera dans Rome. ^"^
Oh! ce grand avenir ne vous faillira pas.
Vous y touchez peut-être, il s'avance à grands pas;
Poétiques en fans, croyez-en le poète
Qui prédit les malheurs comme les jours de fête;
Qui dans ses claires nuits voit tomber sur son front
Le magique reflet des choses qui viendront.
N'allez pas consulter la muette sibylle:
Le ciel, le ciel pour vous si long-temps immobile,
Comme au temps des Césars ouvrant ses arsenaux
Pour parler à vos yeux fait marcher des signaux,
Car il veille toujours sur la chose romaine;
L'an nouveau s'est ouvert par un grand phénomène :
Le Vésuve, debout, sous son horizon bleu
La Portp-du-Peuple, Porta ciel Popolo, à Roiiie,
A vomi sur la neige une lave de feu;* Le ciel, pour consoler l'Italie orpheline, Place les trois eouleurs sur l'ardente colline, Et le peuple romain, debout, sur le Forum, Contemple dans la nuit ce nouveau Labarum.
* Dans les premières semaines de ce mois, plusieurs journaux, ont mentionné ce phénomène.
Les sourdes persécutions du parquet continuent à s'exercer sui' Némésis : les procès se compliquent tellement et se hérissent de tant d'anomalies judiciaires, que personne n'y comprend plus rien, pas même M. Persil. La même affaire est à la fois pendante en première instance, en cassation, en appel ; tour à tour gagnée, perdue, puis ni perdue ni gagnée: c'est un labyrinthe sans fil. Or, cette éternelle affaire a été portée mardi dernier à la sixième chambre , présidée par M. Portails. M. Barthélémy s'est contenté , pour sa défense , de rappeler l'excellent discours que M. le procui-eur générai Dupin a prononcé à la cour de Cassation dans cette même affaire , qui est en ce moment instruite en appel à Rouen , «'t qui était appelée à Paris, après avoir été gagnée en appel. Mardi, donc, la sixième chambre a acquitté M. Barthélémy, par un jugement qui fait le plus grand honneur à l'exquis bon sens des magistrats qui l'ont rendu. Némésis continuera à paraître le dimanche matin, .'dùt-elle soutenir cinq procès par jour. MI. les Souscripteurs peuvent toujours compter sur l'exactitude de leur commettant.