Némésis et la jalousie des dieux
S'il est intéressant de savoir quelle est ici-bas la destinée des errenrs, comment elles naissent, se propagent, se compliquent, se transforment et périssent , les recherches qui suivent sont peut-être de nature à éveiller chez quelques personnes une curiosité semblable à celle qui les a fait entreprendre. Elles concernent une erreur qui a joui d'un crédit durable chez le plus intelligent des peuples. Les Grecs ont cru que la divinité pouvait s'alarmer pour elle-même de l'ambition des mortels, que dis-je? hair et châtier en eux jus(|u'à l'excès de la prospérité : telle est, en résumé, cette étrange superstition. Le temps, parlons mieux, la raison humaine en a fait justice : aussi ne nous arrêterons-nous pas à en démontrer la va-
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nité; une telle discussion n'apprendrait rien à personne; et c'est une matière assez riche par elle-même que l'histoire d'une croyance qui a duré dix siècles au moins, qu'Hérodote a professée et qui a été combattue par Aristote , qui a servi à expliquer l'origine du mal longtemps avant I^eibnitz, et les révolutions des empires deux mille ans avant Bossu et.
Un pareil sujet, comme tout historique, exigeait que l'on se contormât à l'ordre des temps : tel est, en effet, le plan qu'on a suivi. iVIais l'histoire des idées ne com- [)orte pas une chronologie aussi exacte que celle des événements. Aussi une division en trois périodes a-t-elle paru suffire à l'objet qu'on se propose. I^a croyance dont il s'agit s'est d'abord insinuée sous le voile des fables dans la superstition populaire ; ensuite elle a été professée, érigée en doctrine, interprétée, et même amendée par la théologie. Knfin elle a été en butte aux attaques de la philosophie, qui a fini par en triompher.