Plutarch., De Ilaodoli malignilate, cap. là
'2';i ALTEliAriO.NS Ki DECADIiiNCE
diireinenl le naïf liistoiien ci'asoir calomi)ié à la fois t'I Soloii t't les dieux : « Si Dion el lîriilus, » <lil-il, « si (les li()niiii('.s d'une Irlande for-ce tie « caiaclère, des pliilosoplies peu susceptibles « de se laisser troubler ou abattre, ont pu èlre « émus d'inie ap()aritiou au point d'en faire paît « à d'autres, je ne sais s'il ne f^uit pas admettre « celle antique opinion, la plus étrange de toute les, (pie U's divinités malfaisantes el jalouses, « portant envie aux hommes vertueux, el se je- « ta:it à la traverse de leurs actions, leur suscin leni des alarmes et des frayeurs qui ébranlent « et font clianceler leur vertu, de peur (jue, en « restant fermes et constants dans le bien, ils « n'obtiennent après la mort une meilleure con • « dition (jue n'est la leui'. Mais il \aul mieux « réserver ce sujet pour un aulre ouvrage'. » Ainsi donc les dieux aussi s'ennuyaient d'entendre appeler justes les Aiislides. A la vérité, ils ne sont pas tous en cause ici. L'oj)inioii rapj)ortée par Plutarque place le piincipe surnaturel du mal moral, non dans la divinité même, mais dans une certaine classe de divinités, ou plutôt encore de génies particulièrement malfaisants et jaloux (xà (paOXa ^auxovia Jtal (iac^ava), et fraye ainsi la voie à une autre explication du mal. Néanmoins, on voit parce dernier exemple,
1. Plutarcli., Dion., II, 3 (pag. 958). — Parmi les ouvrages siil)sistanl'; de Plnlarqiie, nous n'en connaissons aucun où soit Irailt- ex profcsso le sujet sur lequel il se [)roiiict ici de revenir.
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iiiieiiv ueiitrlic (|uc p;ir aucun de criix (jui l'ont |jre'cédé, coiimieiit ranlliiopoiiiorplnsme, ce vice natif de la lelii^ioii giectjne, Pavait inCectée tout entière, au point de coiupioiuetlre a la fin la morale ellc-tnènie, et comment celte superstition, grossière mais inofiensive, tant qu'elle se jjornail à revêtir les dieux des a|)paiences sensibles de riiumanilé, dexenait, dès rpi'elle leuien prêtait les sentiments, une erreui- capitale fjui, en introduisant la faillil)ilité où aurait dij être la perfection, mettait l'iiomrne dans la nécessité de choisir- entre sa conscience et sa foi, entre une morale sans londenrent religieux et une religion contradictoire ;» la morale.
Ainsi les derniers jours du paganisme voyaient se perpétuer-, sinon tlaiis la créance des Grecs, au moins dans leur- souvenir-, inie tradition religieuse qui r-emonlail à Hésiode et sans doute plus haut. Plotiii C()ui[)le ou |jar-ail comj)Ier- encore % ainsi cpi'avail fait Plaloii , avTc le préjugé de la jalousie divine; et Nonnus, cet épifpie attardé qui (inil, dilon, par- embrasser- le christianisuH', ddiine encore rm lùleà la déesse de Rhamnunte dans un épisode de srs Diimysiariucs'^. Qirant au cr.llc rendu par- les Romains à la même divinité, il n'y a pas lierr d'y insister
1 Plotin.. Emncad.. II, lil>. i\, l'iiji. 9.1f. B. '}.. I.il) XI.VIII. \v. .'{T.i '.q*!.
longtemps ; Némésis, transportée à Rome, y fut désignée habituellement par un nom d'emprunt, celui de la Fortune, et conserva le sien chez les écrivains, faute ^ d'un mot latin qui en rendît exactement la signification. Catulle, Tite-Live, Virgile, Ovide, Quinte-Curce, Martial, Claudien, Ausone, font menlion ^, soit de la jalousie divine, soit de ÎSémésis elle-même, sans attacher, on peut le croire, beaucoup plus d'importance à ces réminiscences qu'un poète français du dixseptième siècle aux noms d'Apollon et des Muses. Nous savons pourtant que Caligula, fidèle en cela à l'exemple d'Auguste qui mendiait à un certain jour de l'année, sans doute pour conjurer les retours de la fortune 3, fit la folie, entre tant d'autres, d'offiir un sacrifice à la Jalousie 'i. Némésis avait même une statue au Capitole. Mais, dans cette allière et inexpugnable citadelle d'une domination qui semblait défier ses coups, au milieu d'un peuple qui ne comprenait pas son nom el n'avait pas appris à connaître son pou-
1. Latiae Nemesis non cognita linguae (Ausou., MoselL, v. 379). Cf. Plin., Hist. notur., XI, 45 ; XXVIII, 5.
2. catull., L, V. 19; LXVI, 71 ; LXIV, 396 (on la déesse de Rhamnunte est réunie à Mars et à Pallas, comme animant les armées dans les combats). — Tit.-Liv.,V, 21; cf. X, 13 — Vir^il., ^n., XI, 270 ; CJr.,v. 228. — Ovid., Metamorph., 111, 406; XIV, 694; Trist., V, 8, 9. Cf. Pontic, II, 8, â7. — Quint. Cuil., lib VI, cap. 2. —Martial., V, 6; X, 53.— Claudian., XXVI, 631. — Au.son., MoselL, v. 379; Epist.adS. Paulin., v. 56; Protreptic, \.8(j.
3. V. Sueton., Aug., 91, éd. Lemaire, cum not. ; Dion. Cass , LIV, pag. 546 A, edit. Hanov., 1606.