‹ Némésis et la jalousie des dieuxChapitre 34 sur 181 · XcnopU., C'y rop., y · texte numérisé non relu

XcnopU., C'y rop., y

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lient quelquefois la déconcerter. Sans doute nous employons à chaque instant ces expressions sans adhérer à l'idée (pfelles représentent. Chacune d'elles, pourtant, est lindice d'une croyance qui a eu son jour et sa place sur la terre : et il n'est pas d'àuie si forte chez qui le malheur n'ait réveillé parfois quelqu'une de ces anli({ues superstitions. Le préjugé de la jalousie des dieux est une chimère du même genre, qui a laissé moins de traces peut-être, comme plus opposée encore à l'esprit des religions modernes, mais qui répondait originairement au même besoin : celui de chercher au dehors et au-dessus de nous la cause de nos maux.

On aimeiait à croire avec quelques commentateurs % trop ingénieux à excuser les défaillances de l'espiit humain, que la jalousie divine des Grecs ne différait pas au fond de la justice divine ou de la providence rémunératrice et vengeiesse. Mais trop de textes prouvent le conliaire : et il faut se résigner à mettre au compte de lanthiopomorphisuH' une extravagance de plus. A la véiilé, une puie ahsuidité ne saurait se maintenir aussi longtemps dans la foi d'un peuj)lc : et il faut croire que cette théologie tpii nous résolle déguisait une idée vraiment religieuse. Mais à combien d'esprits laissail-t'Ilt; aperce\oir ces profondeurs? Jusque

1. Par cxoinplc, Baehr, «laiis ^(ln i-dilioii d H( rotinlf, loin. IV, ji. loy (.oiiiiririitiilii), |i<i;^. ]•>.).

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chez ces génies t'iniiiciUs (jui nous en ont liaiismis la formule, ne nous appaïaît-elle pas connue eniourée de tcnehies (|u'ils n'essayent nulle part d'éclaircir? Sans doute, au-dessus de cette justice que l'homme conçoit et (ju'il met en Dieu par un instinct de sa conscience, il soupçonne, il devine chez cet être dont l'essence lui échappe par tant de points, une justice dont il n'a pas la connaissance, et (|ui n'est autre que la loi même qui régit le monde, que ce système de convenances mysti lieuses qui fixe les rapports des êtres, assigne à chacun sa place et sa fonction dans le monde, et circonscrit l'espace ouvert à la liberté humaine dans les limites d'un cercle à jamais sacré. Sans doute, c'est encore la justice que ce principe d'équilibre auquel l'univers doit sa conservation. ^Nlais celle juslice se règle sur des rapports dont nous n'avons pas l'idée; ses lois, (jue l'expérience seule nous révèle, ont des motifs cpie nolie raison ne peut saisir: et nous n'y voyous de saint que leur nécessité, conclue [)ai' nous de leur permanence. Il n'en est pas ainsi de cette j)rovidence morale qui récompense le juste et punit le méchant : la loi qui dicte ses arrêts est gravée dans nos cœms; et nous sommes si assurés de la connaître, que nous crovons nous juger connue nous juge Dieu lui-même. Celte Dicr, pour parler comme les Giecs, cette déesse assise dans la conscience de l'homme, comtne sur le trône de Jupiter, est

^5S THÉORIE DE Lk JALOUSIE

aulre que Théfuis ', la divinité aux conseils impénétrables, qui juge avant les temps et avant les hommes; qui ne compte avec la liberté que pour lui ménagei- sa place; qui n a pas à statuer sur les égarements du libre arbitre, mais à délerminei-, d après des raisons qui nous échappent, l'ordre entier du monde pour l'éternité.

Si la jalousie divine participait en quelque chose de la justice, c'est évidemment de celle que rappelait aux Grecs le mot Théinis , et non de celle qu'ils invoquaient sous le nom de Dicé. On peut même se demander si les actes de la jalousie divine ne paraissaient pas aux Grecs eux-mêmes conliaires à l'équité: et rien n'empêche de l'admettre. H est également certain, et que les Grecs croyaient à la justice des dieux, et (ju'ils ne croyaient pas cette justice infaillible ni absolue.

Sans relever ici les blasphèmes que les tragiques prêtent souvent à des héros malheureux, il suffira d'invo(|uer l'autorité de Théognis, fortifiée par celle d'Hérodole. Théognis n'a rien d'un sectaire. Sa religion est celle de son pays el de son siècle. Mais c'est un mécontent, partant un misanthrope : et la violence de ses lécriminations ne s'airéte pas même devant le Il une de Jupiter, dont la connivence laisse vivie et prospérer les méchants. Les biens lui

1. Ce sens parait d'ailleurs attaciié priricipalemont à l'emploi abstrait (lu mot 6£!J.i;.

semblent mal réparlis ici-bas : c'est le roi des dieux qu'il somme d'en justifier l'inique distribution : « Bon Jupiter, je t'admire : tu règnes a sur tous les hommes, seul dépositaire de la « royauté et de la puissance souveraine. Tu sais « lire dans l'esprit et dans le cœur de tous, et « ton autorité suprême s'étend sur tout, ù roi. c( Comment donc, fils de Saturne, ta sagesse a ose-t-elle tenir le même compte des méchants « que du juste, soit que tes regards se tournent (c vers la veitu, ou vers les forfaits des hommes « séduits par l'iniquité ^ ? » L'ir nie ajoute ici à l'audace du blasphème : et pourtant Théognis n'est point un impie. Le mot d'Euripide^, «Si ce les dieux commettent l'injustice, ils ne sont « plus les dieux, » n'est donc qu'une hardiesse philosophique à l'adiesse de la mythologie :loin d'être l'expression de la croyance populaire, c'en est, au contraire, la négation,

Théognis croit, avec toute l'anticpiilé oithodoxe, que les dieux punissent quelquefois les coupables dans la personne de leurs enfants : il le croit, et le trouve mauvais^. Nous ne comprenons guère, avec nos idées modernes, cette protestation delà conscience à côté de cet acte de foi. Cependant, aux yeux des Grecs, il n'y avait pas là d'inconséquence. C'est ce que prouve

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