‹ Némésis et la jalousie des dieuxChapitre 50 sur 181 · I.c danger auquel a échappé la civilisation · texte numérisé non relu

I.c danger auquel a échappé la civilisation

DES niE[lX. 8»

grecque est encore bien moins à craindre pour la nôtre. Si donc les scrupules du paganisme n'ont pas encore perdu tout empire parn)i nous, il serait pusiilanimede s'en alarmer; mais, d'autre part, il serait peu philosophique de pousser •la sécurité jusqu'au dédain : car, si une telle erreur procède pour une bonne part de l'ignorance, il y entre aussi de la relii^ion. 11 est trop vrai que l'homme est sujet à s'oublier lui-même, à méconnaître sa condition; et rien n'est plus propre à faire naître en lui ces illusions fatales, que les grands succès par lesquels il se prouve à lui-même sa puissance et son génie. Tel est le péril attaché à l'industrie, à la science même, et Ton doit savoir gré à la religion grecque de l'avoir signalé. Non qu'il faille envier au philosophe cet innocent orgueil qui est l'aiguillon de la pensée ; non qu'il faille défendre à l'industrie de se complaire dans ses efforts pour le bien de l'humanité : n'est-il pas juste qu'un peu de joie récompense une ambition utile et légitime, que la Providence même encourage par la peispective d'une carrière infinie? Mais, s'il ne nous est pas donné de connaître la n^esure prescrite à nos progrès, il n'en est pas ainsi de la mesure de nos pensées. Cette mesure est celle qu'indique notre condition même : «Mortel, pense <f en mortel, » disaient les Grecs '. Présumer de

1. Aristot., Elfiic. Mcom., X, 7, 8; id., Kfietor., If, 21, ").. Cf. Fiirip., Bacch., v. .39.> sqq.; Sopl»., Aj.^ v. 7.')fl.

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l'humanité au point de lui attribuer, même dans l'avenii', un empire absolu sur les éléments, une connaissance complète de la vérité, ce serait l'abuser et s'abuser soi-même d'une erreur bien pire que la superstition qui prétendrait mettre un frein au travail. Cette mauvaise pensée ferait, aux hommes un mal que nulle découverte, nulle invention, nul accroissement de science ou de bien-être ne pou irait compenser. Réduite à ces termes, la doctrine «grecque n'a rien perdu de sa force. Oui, s'il fallait sacrifier aujourd'hui tout ce que les efforts de nos pères ont assuré jusfju'ici d'allégements et de consolations aux nusères de notre vie terrestre, tout ce que le monde peut attendre encore des nôtres et de ceux de nos descendants, ou voir disparaître d'ici-bas cette vertu modeste, mais tutélaire, cette crainte salutaire de l'excès, dont Théognis déplorait un peu prématurément la fuite', insensé qui pourrait reculer, dans ce péiil des âmes, devant la rançon de leur sauvegarde! Laissons au paganisme ses superstitions qui défigurent la divinité pour effrayer les hommes ; aimons et honorons le travail, qui rachète à la longue ceux qui y sont condamnés : mais songeons qu'il a besoin hii-même de la sanctification des bonnes pensées. Croyons qu'il y a ici-bas quelque chose de plus dfsirable (pie le bien-être du corps, (jue les

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