‹ Némésis et la jalousie des dieuxChapitre 91 sur 181 · Herodot., I, cap · texte numérisé non relu

Herodot., I, cap

144 L'IDÉE DE iNÉMÉSlS

Il ne descendra plus du point de vue élevé où nous le voyons se placer tout d'abord pour envisager les affaires humaines, celui de ce pouvoir supérieur dont le joug, étendu pareillement sur les grands et les petits États, les rend tous égaux devant l'histoire.

Quel est au juste ce pouvoir? nous ne tarderons pas à l'appiendie. Le spectacle des misères humaines peut donner lieu, et a donné lieu en effet, à bien des théories comme à bien des préjugés. Le principe du mal est-il dans la divinité? dans le hasard? dans la fatalité? ou seulement dans la liberté humaine? La réponse d'Hérodote se devine : elle n'est autre que celle de la théologie accréditée de son temps, et dont Eschyle, avant lui, s'était déjà fait l'interprète. Mais on peut dire que, par les développements qu'il a donnés à cette solution, par sa persistance à la reproduire et à la commenter, il a mérité d'y attacher son nom, et de rester aux yeux de la postérité le vrai prophète de Némésis.

C'est par la bouche de Solon, un des premiers personnages qui figurent dans l'immense composition d'Hérodote, que se fait jour, également dès le premier livre, la doctrine de l'histoiien. On a contesté, en s'appuyant sur la chronologie, la possibilité de l'entrevue de Solon et deCrésus, (|ui sert de cadre à cette exposition. Hérodote parait aujourd'hui justifié de ce

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reproclu' tranacliionisme. Mais ce ii'esl pas à dire qu'il y ait rien (riiistoricjue dans le langai:;e (jfêfé par lui à ses deux interlocuteurs. Ce langaii;e, à n'eu considérer même que le fond, ne semble |)as plus aulbenlique que tant de harangues mises par les liisloriens de l'antiquité sur le comple de leurs personnages. La fiction, pour ne pas dire l'anaclironisme, est tout au moins dans l'atlribulion faite à Solon d'idées cpii paraissent lui avoir été tout à fait étiangères ', et (pu doivent, par conséquent, être rapportées à Héiodote lui-même. Ne nous étonnons plus, dès lors, de la longueur de cette conversation pbilosopbicpie, jetée au milieu de l'histoire d'un pays et d'une famille, dont la prospérité passagère avait laissé si peu de vestiges. On n'y trouve plus de disproportion, quand on songe qu'Hérodote a entassé dans ce seul passage tout ce (pie lui avait appris de la ^ie et de la condition humaines une expéiience qu'il était allé chercher si loin, et qu'avait mûrie la méditation. Cette pensée, prêtée ici à Solon, commentée ailleurs, présente partout, « La divi- « nité n'est que jalousie, et se plaît aux boule- « versements^, » c'est lui-même (|ui , dans ses longs vovages, a ci u la lire partout écrite sur la pierre des ruines, dans les annales des temples, dans la mémoire des nations, dans l'esprit des

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