T:sdi>l., S,ept. Thel) , v. ^?>' sqq
14(1 i;iDÉK DE NÉMÉSIS
Thèbes ; et la ncme'sis des dieux se trouve ainsi, par ce déuoiiment , satisfaite en même temps que leur justice '.
Si nous possédions tout le théâtre d'Eschyle, nous V liouverions assurément de nouvelles traces de l'impression profonde que la croyance à la jalousie et à la néiiK'sis divines avait faite dans ce grand esprit. Nul doute que le châtiment de l'impiété ne fît le fond de sa Lycur^icy de son Penlhce , de son l.xiou , de son yljcix de Locres^ de son AcU'on. De même dans Sémélc, dans les Héliades, dans Niohé, il montrait certainement la vengeance divine appesantie sur diverses formes de l'orgueil ou de la vanité humaine. Mais nous voyons assez, sans le secours de ces monuments perdus, comment le culte des dieux jaloux inspiiait la littérature dès le commencement du cin([uième siècle; par quelles images terribles, par quelles fortes maximes il manifestait dès lors son influence, et, en même temps, par quel enseignement vraiment religieux et moral, pur autant cpie salutaire, et parfai-
1. L'échec des Sept Cliols est représenté aussi comme le cliAtimonl (le leur orf,'iicil dans X Anlujone de Soplioclc (v. H? sqci.), et au vers 'l'j.) des Suppliantes d'Kuiipide, vers placé d'ailleurs dans la bouciie du liéraut de Créon, et contredit par la sini^uiière apoloiiic (pic renrcrinc, la intime pi(Ve (v. 8.')7-91.S). Dans les l'Iicniciennes du même Kuripidc (v. 183), Antigone invo(iiie Kcmésis pour la pniiilion de l'or ^ueillcux Capanée. — Dans l'étude (pii vient d'étn^ faile du tlicàlre d'F.srliyle, nous avons laissé de C(Mé les Suppliantes, où l'on trouve peu de chose (pii regarde notre sujet. Cependant, il y est souvent (piestion de la ô6pi; des fds d'Kfjyplus (vv. 80, 103, 424, 485, 814).
DANS LA LITTÉRATURL:. 141
leinenf approprié, d'aiitre part, à Tinslinct comme à la destinée du peuple auquel il s'adressait.
Ainsi commençait avec Escliyle à régner sur la scène cette jalousie divine qui était, on Ta dit, chez les Grecs « le principal mobile de l'ac- « tion dramatique, et comme le premier perce sonnage de la tragédie ^ » L'importance de ce personnage devait pourtant diminuer à la longue. Une foi plus soumise et plus sereine, cliez l'un des grands tragiques qui suivirent Eschyle, chez l'autre, une liberté d'esprit déjà toute philosophique, adoucirent sensiblement ce qu'on peut appeler la religion du drame. Pour retrouver désormais la croyance antique dans toute sa sombre horreur, il faut passer d'Eschyle, non à Sophocle, son successeur dans l'art qu'il avait créé, mais à l'héritier le plus fidèle de ses idées et de ses sentiments, à l'historien religieux et patriote, dont les récits immortalisèrent, pour ainsi dire, une seconde fois, la grande lutte nationale chantée dans les Perses , et dont le génie, à la fois curieux et méditatif, entreprit, sous l'influence combinée des superstitions de son pavs et des observations cpi'il avait faites en tous lieux, de produire sur une scène plus
l. l'atin , Éludes sur les tragiques grecs, loin. I, paj^. 221, 2* édition.
\'2 i;iI)ÉE DE NÈMÉSIS
vaste l'invisible actem-, le héros m^-slérieux de
la trilogie.
On a signalé dans l'ouvrage d'Hérodole une unité historique qui s'y trouve visiblement. Mais une autre unité, non moins manifeste et plus intime peut-être, tenant de plus près à la pensée même de Tauteur, c'est celle qui ramène son œuvre tout entière à l'idée d'une puissance supérieure, non fatalité aveugle, mais divinité jalouse, qui précipite les uns sur les autres tous ces rois, tous ces peuples (jui, tour à tour, ont effrayé et dominé le monde. L'abbé Geinoz, dans la deuxième partie de sa Défense d'Hérodole contre les accusations de Plutarcjue^^ a bien fait voir cette unité morale. Seulement, confondant l'esprit du livre avec son objet, il a eu le tort de prêter à Hérodote un autre dessein que celui d'écrire une histoire ^. Avec plus de me-
1. Mém. de VAcad. des Tnscript., toiii. XXXVI, pag. 195, éd. in-12.
2. c'est exagérer singiilitreinent (|uc dt; din-, par exemple : « Il est bon iiii^me d'observer ici que, plus la niaiiit're dont ces récits sont amenés paraît forcée, mieux elle jtrouve le dessein que j'attribue à Hérodote, davoir voulu établir, en écrivant Tbistoire, un système de pbilosopiiic morale (jui lui était iiarliculicr. » (Mémoire cité, pag. 226.) A supposer que le mot forcée puisse convenir à la libre et naïve manière d'iliModotc, cette autre expression, un système de philosophie morale, est assurément outrée ; et d'ailJcur.s ce système, si système il
DANS LA LITTERATURE. ii.i
suie et un sentiment plus juste du génie de l'auteur, Bœltiger ' a très-bien su mettre en lumière, par une analyse de l'œuvre, la conclusion religieuse qui en résulte : on ne sauiait pourtant se dispenser de revenir ici sur le même sujet.
La considération de l'instabilité des cboses humaines nous est représentée par Hérodote lui-même, dès le début de son histoire, comme une des idées qui lui en ont dicté le plan. « Les '( cités qui étaient grandes autrefois, » dit-il, V sont devenues petites pour la plupart, et c( celles qui sont grandes au moment où (f j'écris ont commencé par être petites. Sa- « chant donc que la prospérité humaine n'a « rien de peimanent, je parlerai également «( des unes et des autres^. » Cette préoccupation mélancolique n'abandonnera plus l'écrivain; elle le suivra jusque dans le récit des victoires qui ont porté si haut la gloire de la Grèce. Partout elle mêlera à sa candeur je ne sais quelle défiance, qui l'empêchera d'admirer outre mesure les succès des conquérants, la puissance des monarques, le triomphe même de ses concitoyens.
y a, n'était nullement propre au l'ère de l'histoire, comme on a pu le Toir par tout ce qui précède.
1. Opuscull. Latt., pag. 197 .s(p(. (dans l'opuscule intitulé DelJerodoti hisloria ad carminis epici indolem propius accedente sive de Nemesi Ilerodotea prolusio altéra).