Philostrat., V. Sophist ,\l, 5, 4(pag
4. Surtout l'admirable épisode d'Ampbinome (XVIII, ll9sqq.). Le délire de Xerxés ressemble à celui des prétendants -. voir la scène, pleine d'horreur religieuse , oii les présages menaçants interpnités par Théoclymène excitent parmi eux une gaieté bruyante
après un premier mouvement ir(j;gucil, naUirel en face d'un si imposant spectacle, Xerxès sent son c(eui- se sérier; la raison lui revient, comme si les dieux, pai' un raftinement baibare, voulaient lui laiie sentir à l'avance la Fragilité de cette domination qu'ils vont briser dans sa main : « Lorsqu'il vit tout THellespont couvert « de ses vaisseaux, loul le rivage et toutes les « plaines du territoire encombrées de monde, (f Xerxès, alors, s'applaudit de son bonheur, et, « après cela, il se ])iit à pleurer. Ce que voyant, ce Arlaban, son oncle paternel, le même qui, tout «c d'abord, avait osé le dissuader ouvertement « d'attaquer la Gièce, Arlal>an donc, s'aperce- « vaut (|u'il pleuiait, lui dit : O roi, (ju'il y a loin « de ce (jue tu fais maintenant à ce que tu « faisais naguère! Tu te disais heureux, et tu « pleures. — Xerxès répondit : C'est que je me a suis senti pris d'attendrissement, en songeant 0 cond)ien la vie humaine est courte, à telles « enseignes que, de tous ces hommes-ci, aucun « ne sera debout dans cent ans. — Arlaban lui « répondit : C'est peu, et nous tiouvons dans (( la vie de bien autres sujets d'affliction. Dans « une carrière si bornée, aucun de ces hommes- « là, ni personne ici-bas, n'est assez heureux « pour (ju'il ne lui arrive point, je ne dis pas 'c une fois, mais souvent, de trouver- la mort « piélérable à la \ie. Les malheurs assaillent, « les maladies troublent cette existence si coui le,
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« el l;i lont paiailie Ionique. Ainsi !a inorl est « pont riioiiimf, coiidamiK' an niallienf, le plus a désirable des abiis; et la divinité, après qu'elle « nous a fait prendre i;oût à la vie, fait voir « par la vie itiême qu'elle est jalouse'. »
C'est pai- de telles d impressions, dispersées avec art dans son récit, (|u'Hérodote sait ramener la pensée de son lecteur, distrait par tant d'événements, vers la signification religieuse de son œuvre, et renqjécher d'en perdre de vue le principal personnage, cette jalousie divine, seul auteur des grandes vicissitudes d'ici-bas. Mais ce dernier épisode laisse une impression d'autant plus profonde que la catastrophe est plus procliaine. C'est un moment d'arrêt dans l'irrésistible élan qui entraîne Xerxès à sa ruine : c'est, en même temps, un moment d'arrêt pour le l'écit, un moment qui permet à l'auteur, tout en revenant sui- les idées qui lui sont familières, de faire prévoir au lecteur la suite des faits qu'il se prépare à raconter, et de lui en rendre l'interprétation plus facile.
Dès lors, en effet, l'esprit averti suit avec effroi la mystérieuse destinée de Xerxès, emporté désormais par- une frénésie qu'interrompent à peine encore quelques intervalles, où la raison, la
1. vri, 45, 46 M. Ciguet traduit un pou diJ'ftTemnient la dernière phrase : « Ainsi la mott, à cause de l'amertume de la vie, est pour riiornme le reluge le plus désirable; et la divinité, qui nous fait goûter (pielque douceur à vivre, s'en montre aussitôt jalouse. »
lo4 L'IDÉE DE NÉMÉSIS
modéiation , la piété lui reviennent. Instruit par l'historien , on explique sans son aide les présages menaçants qui s'offrent à chaque instant, comme d'inutiles rayons de lumière, à la vue troublée du despote : « O Jupiter, » s'écrie un Hellespontien, « pourquoi, voulant perdre « la Grèce, avoir pris les traits d'un Perse, em- « prunté le nom de Xerxès, et entraîné toute la « terre après toi ? Tu n'avais pas besoin de cela a pour accomplir ta volonté^. » Le lecteur gagné à la religion d'Hérodote s'effraye pour le Roi de l'admiration superstitieuse inspirée par sa puissance. De même, en le voyant marcher de sacrilège en sacrilège, il reconnaît la sombre politique des dieux de la Grèce, qui aveuglent ceux qu'ils veulent perdre , et les poussent au crime afin de les en punii". Le pillage et l'incendie des temples, le massacre des suppliants, marquent le passage des envahisseurs. Aussi, tandis que tout nous fait partager la modeste et pieuse confiance des Grecs, confiance fondée, non pas sur leurs propres forces, mais sur la loi divine qui condamne les hommes à être malheureux tôt ou tard, et réserve les plus grands aux plus grandes infortunes', des prodiges effrayants^, première confirmation de prédictions sinisties4, inspiient à tout ce qui entoure Xerxès des pressentiments qui se communiquent à nous;