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jusqu'à ce qu'eufin l'inép^ïrable désastre de Salauiine assuie, avec le Iriouiplie de la Grèce, celui des dieux qui out tout conduit.
C'est ici qu'on attend , si j'ose ainsi parler, l'adorateur de la né/iu'sis divine, comme à une épreuve périlleuse, qui peut le mettre tout à coup en contradiction avec ses maximes. Hérodote, exalté par l'amour-propre national, va-t-il s'abandonner à son tour à cet orgueil qu'il condamne si sévèrement chez les conquérants et les rois? On n'aurait guère le courage de lui reprocher une telle inconséquence; on lui en saurait gré peut-être; son cœur a dû la lui conseiller: mais sa religion l'en a garanti. Non qu'il craignît sans doute, en laissant éclater sa joie patriotique, de faire ombrage à des dieux plus avides de crainte et de respect que d'amour. Mais ce qu'il paraît avoir redouté pour lui-même comme pour ses concitoyens, c'est l'enivrement coupable qui fait qu'un vainqueur s'adore lui-même dans son triomphe ; c'est l'erreur de l'instrument qui s'attribue l'ouvrage de la main qui l'a dirigé; ce sont les transports indécents, les foifanteries téméraires que la joie la plus légitime ne saurait excuser chez un être faible et périssable ; c'est, en un mof, ce piège du bonheur, auquel les peuples se prennent aussi bien que les rois. Aussi, dans sa narration, ce sont vraiment les actions qui louent, et rien de plus : il réserve aux dieux ses hommages; quant aux hommes,
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il croit s'ac(|uitlei- envers eux en racontant ce (ju'ils ont fait, et en leur donnant le bon exemple (l'en reporter tout l'honneur à la divinité. Que dis-je? à l'en croire, c'est le vainqueur lui-niéuie, c'est Thémislocle, qui remercie publi(juemenf du salut de la Grèce la jalousie des dieux irrités conlie un impie, contre le destructeur de leurs temples et de leurs statues, contre le téméiaire cpii avait osé fouetter la mer et v jeter des entraves '. Ainsi, dans ce triomphe éclatant et unique de la force morale snr la puissance du nombre, de la civilisation et de l'intelligence sur la barbarie et la brutalité, Hérodote, fidèle jusqu'au bout à ses principes, ne voit encore qu'une vengeance de la divinité, que le châtiment surnaturel d'un orgueilleux, d'un sacrilège: et le renversement prompt et épouvantable d'un empire n'est, à ses yeux, qu'un de ces coups inopinés, par lesquels une providence inquiète refoule un audacieux dans son néant, afin de raffermir ici-bas l'équilibre compromis par ses entrepiises.
Restaient ces deux journées de Platée et de Mycale qui consommèrent, après celle de Salamine, la délivrance de la Grèce et l'humiliation de ses ennemis. Hérodote porte dans le récit de ces nouvelles victoires le même es|)iil de recueillement et la même élévation religieuse.
t. VIM. 109 (cf Bœttiïcr. npii«;fiil. rit).
DANS LA LiTTKKATURK. 157
Il raconte fort en détail la bataille de Platée : mais, après avoir passé en revue tant de beaux faits d'armes, il garde assez de sang-froid pour citer un trait de modération de Pausanias, (pi'il a soin de relevei* par le contraste de la férocilé naturelle aux barbares ', Il n'omet pas non plus deremarcpiercpieletiiéàtrede l'affaire était voisin dune enceinte consacrée à cette même déesse d'Eleusis, dont le sanctuaire avait été brûlé par les Perses; il fait la même observation au sujet du cliamp de bataille de Mycale: et il n'iiésite pas à voir la marcjue d'une intervention divine dans la coïncidence qui avait fait airiver sui- le rivage asiatique la nouvelle de la victoire de Platée, au moment où la flotte grecque débarquait pour attaquer les Perses ^.
Comme bistoiien, Hérodote avait terminé sa làcbe : mais quelque cliose mancpiait encore à la confirmation de ses idées. Il croyait n'avoir pas assez éclairci la n»oralilé des événements, n'avoir pas encore épuisé le récit des vengeances divines. Aussi la même pensée religieuse (|ui l'a si souvent distrait de son sujet l'empoite-t-elle au delà de la limite marquée par ces succès suprêmes et décisifs de la Grèce sur les barbaies^. L'implacable némésis des dieux ne s'était pas arrêtée là : après avoir frappé Xerxès dans sa puissance, elle l'avait suivi juscpie dans son pays,