Plat., Repub., p
3. M. Giinther, dans un programme publié à Helmstadt en 1824 {Explanatio loci Herodolei de 6eîw cpeovEpù), a très-bien indiqué le rapport de l'idée que nous étudions, avec cette institution protectrice de la démocratie qui s'appelait ostracisme à Athènes, pétalisme à Syracuse. L'une et l'autre dérivent en effet dii mêiiic principe, ce sentiment ombrageux que les Grecs désignaient selon les ca-; , et parfois indifféremment, par le mot de \é\j.za\c, ou par celui de <p86voç. La diversité des lieux et le hasard des révolutions donnaient d'ailleurs à ce sentiment des formes différentes. A Athènes, c'était une défianfe de l'État vis-à-vis de toute élévation périlleuse pour son équilibre. Chez le Mégarien Théognis, juge d'ailleurs partial d'une révolution qui l'avait dépouillé, c'est la haine d'une tyrannie collective, et d'autant plus brutale qu'elle est anonyme, celle de la foule. Il serait intéressant d'étudier en drtail ce qu'on peut nommer le rôle politique joué dans les républiques de la Grèce par les deux sentiments que nous avons con-
■ sidérés seulement chez les dieux. On ferait voir, par exemple, qu'Aristide fut banni par le (pdôvo;, tandis que c'est la némésis qui fit justice d'Hyperbolus. L'histoire connue de Phidias montrerait comment il suffisait parlbis d'un nom propre pour choquer la délifatesse des oieilles atliénienues. La némésis populaire rendrait compte des précautions infinies employées par les orateurs, lorsqu'un besoin d'apologie les conduisait à faire eux-mêmes leur éloge (voir, par exemple, l^lat., Apolog. Socr., pagg. 20 li et 21 A : My] 9opv)gïiay|-£. . . [ayi 6of.yo=îTe), et de certains murmures dont leurs discours, tels qu'ils nous sont parvenus, portent encore témoignage. Tout un chapitre des rhétoriques, à l'article des Mœurs oratoires, s e'iairerait, grâce à cette recherche, d'une lumière empruntée à l'histoire des mœurs grecques.
haine de l'Excès, qui, disail-il, en est le père ^ : la même raison lui faisait sans doute aimer la Loi, dont le nom ^ pouvait lui révéler d'ailleurs une vraie sœur de Némésis. En général, c'est a l'excès qu'il attribuait les révolutions des Etals, aussi bien que celles qui surviennent dans le couis des saisons et dans la santé des êtres vivants ^. Et comme Forgueil en est souvent le principe, il blâmait sévèrement les orateui's qui ne craignaient pas de faiie briller, en toute occasion, aux yeux du peuple ébloui, les glorieux souvenirs de la délivrance nationale. Selon lui, la Grèce n'avait été dans ces journées de salut que l'instrument des dieux, irrités contre une nation impie et des monarques oigueilleux ou trop puissants 4. « L'excès, » ajoutait- il, « a perdu « les Centaures, les Magnètes, Smyrne et Colo- « phon : il peidra notre république^. »
Conservait-il ces préjugés contre les efforts du génie humain, dont témoignent les plus anciennes traditions de la Grèce? L'aveu en était difficile à faire devant les chefs-d'œuvre d'Ictinus et de Phidias. On est du moins tenté d'attribuer à la même inspiration qui dictait sa conduite certains règlements qui mettaient des bornes aux complaisances de la statuaire pour