‹ Némésis et la jalousie des dieux [microform]Chapitre 140 sur 180 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

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ALTÉRATIONS ET DÉCADENCE DE l'iDÉE DE NÉMÉSIS.

L'enseignement pliilosophique d'un Socrate, d'un Platon, d'un Aristote, était la meilleure réfutation de l'anthropomorphisme. Toutefois les attaques de cette école, comme de celles qui l'avaient précédée, ne tombaient que sur la théologie, c'est-à-dire sur le fond des croyances, et respectaient la mythologie, qui en est la forme, en tout ce qui ne faisait point injure à la nature morale de la divinité. Il résulta de cette réserve ou de ce dédain que le culte de Némésis et d'Adrastée subsista, tandis que l'idée qu'avait attachée à ces noms la foi d'une autre époque passait par toutes sortes d'altérations, et se confondait insensiblement avec des idées voisines, mais différentes.

Parmi ces altérations, les plus anciennes sont peut-être celles que nous font connaître les hymnes orphiques. En Grèce, comme partout,

la hardiesse de l'exégèse théologique avait préludé à l'œuvre de la philosophie , et préparé les esprits à de plus graves nouveautés. Les commentaires contradictoires entassés, dans certaines éditions de toutes mains, au bas d'un texte mal fixé, sont une image assez fidèle de cette théologie païenne, qui , ne trouvant guère dans la tradition que des légendes, usa en mille sens divers, avec toute la liberté naturelle à l'esprit, d'un droit d'interprétation qu'aucune interdiction formelle ne limitait, et que ne se réservait aucun collège spécial ^ A la faveur de cette tolérance il n'y avait personne qui ne pût, sans encourir aucune méfiance ni soulever aucune polémique, mêler à l'expression des croyances publiques celle de ses propres idées. Tantôt c'étaient des poètes, des écrivains, comme Eschyle ou Hérodote; tantôt, des illuminés comme le Scvthe Abaris : tantôt, des érudits novateurs comme Phérécyde de Syros. C'étaient enfin des sectaires, attachés dans l'ombre à quelque ancienne tradition, dont ils se plaisaient à exagérer encore l'antiquité. Je veux parler de l'école orphique j secte en réalité dissidente, qu'envi-^

"t. Il ne faudrait pas en faire, sui' la foi des noms, un privilège des exégèles pas plus que des théologues des temples, ministres du culte, ou juges dans certaines questions qui intéressaient les choses saintes, plutôt que dépositaires d'une doctrine sérieuse ( V. A. Maury, Religions de la Grèce, tom. II, pag. 409 et suiv.). Il va de soi, d'ailleurs, que la tolérance dont nous parlons ne s'étendait pas à l'interprétation des mystères, dont la divulgation même était punie comme on sait.

roniiait pourtant le respect universel. Le nom d'Orphée, une réputation de sainteté, fondée sur des mœurs pures et de rigoureuses obser- A'ances, enfin le mystère dont il s'enveloppait, protégeaient cet institut hétérodoxe , qui s'était fait un Olympe à sa mode. Ce qui pouvait s'y conserver de vieilles doctrines indigènes, il est difficile de le deviner. Tout ce que nous en savons donne phitôt l'idée d'une hérésie et d'une première déviation du génie grec vers les dogmes obscurs et les symboles monstrueux de l'Orient ^

Eschyle, dit-on, avait eu sa part des leçons du pythagorisme , doctrine voisine de l'orphisme, avec lequel elle finit par se confondre ^ : peut-être avait-il emprunté au même enseignement ce nom d'Adrastée qui désigne, à ce que Ton croit, la Nécessité dans une de ses tragédies ^. Telle était en effet Adrastée pour la secte orphique. « Adrastée, » dit le scoliaste de Platon à un endroit où il paraît n'être que l'organe de cette école, « diffère de la Justice {Dice) « d'en haut, comme le législateur diffère du « juge 4, » La méprise par laquelle les Grecs assimilaient les contraintes qui régissent la matière aux règles qui obligent la liberté se retrou-

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