I. Ad Phxdr., 248 G
Nérriésis , quoi qu'en ait dit Herder dans une ingénieuse dissertation, était essentiellement une divinité funeste : et celui qui l'a nommée dans la Théogonie le fléau des humains^ s'il l'a mal définie, ne l'a pas calomniée. Mais les dieux que l'on redoute ne sont pas ceux que l'on invoque le moins : et la crainte attirait autant d'hommages aux divinités du paganisme que l'espoir ou la reconnaissance. Aussi les adeptes de l'orphisme trouvaient-ils dans leur manuel une prière à l'adresse des Euménides : ils priaient de même Némésis ^, comme on peut prier ceux dont on n'a que du mal à attendre, à savoir dans la vue d'obtenir son indulgence. Mais cette indulgence même est une faveur : aussi Némésis, à force d'être invoquée, finit par élre transformée en déité secourable. On l'avait conjurée de ne pas communiquer à l'œil de l'envieux l'influence qui le rend malfaisant : on lui demanda de la retirer à l'œil qu'on en supposait doué : et ainsi la personnification de l'envie, la dé'esse au regard empoisonné, devint la protectrice du bonheur humain contre la fascination et, en génélal, contre les atteintes de l'envie. De plus, la doctrine orphique, qui avait des parties admirables, respirait une sollicitude pour l'âme humaine, presque inconnue à la religion populaire : l'innocence des actions ne lui suffisait pas; elle