Orphie, hymn., LXl (e
se proposait encore de sanctifier les pensées : d'où une autre prière, bien nouvelle, quelle qu'en soit la date, dans l'histoire du paganisme : celle d'inspirer la sagesse à l'initié, d'écarter de lui les pensées coupables, de le prémunir contre l'inconstance et l'orgueil ^
Cette Némésis nouvelle, sous le nom, il est vrai, d'Adrastée, joue un rôle important dans une pièce dont l'origine assez problématique peut, si nous ne nous trompons, recevoir de là quelque éclaircissement. Adrastée, nommée deux fois ' dans le petit nombre de vers dont se compose le Rhésus , ne l'est pas dans la partie cei*tainement authentique du théâtre d'Euripide, où Némésis elle-même ne l'est qu'une fois ^ : et, avant Euripide, Eschyle est le seul, parmi les auteurs subsistants, qui fasse mention de la déesse phrygienne. Quant à la Némésis orphique, dont le nom d'Adrastée, dans le Rhésus ^ n'est au fond que le pseudonyme, elle paraît inconnue, non-seulement à Euripide, mais encore à son temps : d'autre part, l'identité même de Némésis et d'Adrastée ne se révèle, on a pu le voir, qu'à une époque un peu postérieure.
Quel qu'en soit l'auteur, cette faible tragédie n'est pas sans intérêt pour nous. La décadence du culte des dieux jaloux s'y trahit, non par
1. Orphie, hymn., v. 10 sqq. — 2. vv. 343, 468, 3. Kurip., Phœnic, v. 182.
DE L'IDÉE DE NÉMÉSIS. 23i
cette indifférence que rencontrent en approchant de leur fin les croyances destinées à périr, mais par cette puérilité de pratiques qui en pi-éparele discrédit. Le Rhésus est à la Némésis de l'orphisme vieilli ce qu'est à la Némésis populaire du grand siècle la tragédie des Perses. Des prières superstitieuses y prennent la place occupée chez Eschyle par les plus hauts et les plus utiles enseignements: «Veuille Jupiter écarter « l'insurmontable envie attachée à tes paroles ^ ! » dit officieusement le chœur à Rhésus, Si ce vulgaire fanfaron ne ressemble guère au grand téméraire mis en scène par Eschyle, cette Âdraslée, avec laquelle on croit s'acquitter par quelques formules, nediffère pas moins de la terrible jalousie qui poursuit sur le Grand Roi la vengeance des sanctuaires, des éléments et de l'équilibre universel. A considérer ce médiocre essai tragique en regard de l'œuvre immortelle que notre sujet nous conduit à en rapprocher, il semble que la conscience de la Grèce se soit abaissée à proportion que son génie s'est amoindri : on sent que îa religion des Eschyle et des Hérodote est en déclin, et sur le point d'aller s'éteindre dans les honneurs dérisoires d'un culte purement extérieur.
La Némésis orphique se confondit avec l'autre en pénétrant dans îa religion populaire: c'est