‹ Némésis et la jalousie des dieux [microform]Chapitre 59 sur 180 · Eusiath., loc. cit.; Suidas, voc. 'Aôpâc-TE'.a · texte numérisé non relu

Eusiath., loc. cit.; Suidas, voc. 'Aôpâc-TE'.a

lité cette confusion. Mais elle ne suffît pas à l'expliquer, et peut-être est-ce dans un rapprochement fortuit, dont Smyrne aurait e'té le théâtre, qu'il faut en chercher la véritahle origine. Sinyrne, peuplée d'abord par des Éoliens, dont les établissements s'étendirent de bonne heui-e jusqu'au siège principal du culte d'iidrastée, fut ensuite colonisée par des Ioniens, venus avec un fils de Codrus, Nilée, de l'Attique, berceau du culte de Némésis. Dès lors, on peut conjecturer que le nom donné aux deux divinités représentées ensemble sur les médailles smyrniotes n'avait été propre d'abord qu'à l'une d'elles, et que l'autre avait été primitivement Adrastée. La réunion de ces deux images sur les mêmes monuments devrait être alors interprétée comme un gage de réconciliation ou d'alliance entre les deux races qui concoururent successivement à composer la population de Smyrne. Ce qui est sûr, c'est que, sur une de ces médailles, tandis que l'une des JNémésis est très-clairement caractérisée par les attributs ordinaires de la Némésis proprement dite, l'autre, couronnée de tours, ne paraît pas différer de la nourrice de Jupiter, Adiastée, qu'Otfried Mûller reconnaît dans une autre figure ^.

En tout cas, celte identification de Némésis

1. O. MùUer, DenJmiàler der alten Kunst, II, fig. 954 et 805. — Pour tout ce qui concerne les Némésis de Smyrne, voir plus tas notre appendice (n° lîl).

et d'Adrastée, quelles qu'en soient la date et l'origine, qu'elle soit l'œuvre du hasard ou celle de la réflexion, ne peut guère être postérieure à notre seconde période, puisqu'elle était populaire dès le commencement de l'âge suivant. Elle ne fit d'ailleurs qu'ajouter un nouveau trait à la personnification de Némésis, sans en altérer en rien les éléments caractéristiques. Elle fournit, pour ainsi dire, le complément du type classique et traditionnel qui ne devait point tarder à dégénérer. Il est donc temps d'étudier ce type dans son ensemble. Pour cela, il faudra quelquefois chercher des témoignages au delà de la période en question. Du moins, si les données que nous emploierons ne proviennent pas toutes de cet âge, toutes se rapporteront exclusivement à la Némésis qu'on y adorait. Une revue des fables qui concernent celte Némésis, des attributs qu'on lui prétait, des représentations que l'art en a faites, permettra à l'esprit de mesurer tout le développement régulier de l'idée dont nous suivons les vicissitudes.

Nous n'avons plus à nous occuper de la tradition qui faisait de Némésis une fille de l'Océan. Cette légende, purement attique à l'origine, reste obscure ', si on ne la rapproche des cii'cons-

1. Voici pourtant, à ce sujet, une conjecture nouvelle, qu'une communication bienveillante met à notre disposition, et qu'on nous saura gré de faire connaître. L'eau, nous dit-on, est l'image la plus sensible

DANS LA MYTHOLOGIE ET DANS L'ART. lOS

lances fortuites au milieu desquelles elle prit naissance. Toutes les autres fables qui concernent soit la naissance de Nénnésis, soit celle d'Adraslée, ne sont que des symboles qu'il est facile d'expliquer. Ainsi, en voyant Némésis rangée parmi les enfants de l'Érèbe, au nombre des fléaux qui composent la funeste lignée de la Nuit', on reconnaît à ces traits la jalousie des dieux, source de toutes les misères humaines. Chez d'autres, fille ^ ou messagère^ de Dicé (\r Justice), la même Némésis n'est plus que la divinité inflexible, mais équitable, qui garde son courroux à l'orgueil et à l'impiété, c'est-à-dire la némésis primitive, personnifiée sans altération. Donnée enfin comme fille d'Amalthée et de Mélissus^, Adrastée se confond évidemment avec la Nécessité. A tous ces titres, Némésis-Adrastée supplée trois attributs divins, souvent prêtés par excellence au maître des dieux : la jalousie, la némésis, la toute-puissance. De là un rapport

et la plus familière de ce niveau auquel Némésis assujettit, tout ce qui est humain : de là, peut-être, l'origine attribuée à la déesse de Rhamnunte.

1. Hesiod,, Theog., v. 223; Pausanias, VII, 5; Hygin. , FabuL, praefat.

2. Mesomed., Hymn. Nemes., v. 2; cf. Amm. Marcell., XTV, il : « Quam theologi veteres, fingentes Justitise filiam. . . «

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