‹ Némésis et la jalousie des dieux [microform]Chapitre 78 sur 180 · Isthm., vil · texte numérisé non relu

Isthm., vil

voulu opposer la Providence et la liberté luimaine, ces deux puissances que la religion grecque représentait comme séparées par une éternelle rivalité. Eschyle, en effet, n'est pas un de ces poètes primitifs dont la foi se trahit, pour ainsi dire, sans qu'ils s'en doutent, par des mythes obscurs pour eux-mêmes : mais bien le libre et profond interprète d'une religion qu'il connaît par étude aussi bien que par tradition. C'est donc véritablement la jalousie des dieux elle-même qu'il a pensé mettre en spectacle dans le Prométhée enchaîné. Mais de quel enseignement a-t-il prétendu remplir ce drame étrange? Quel est celui des deux principes en lutte dont il a voulu prendre la défense? Jupiter, à ses yeux, est-il un tyran, ou Prométhée, un rebelle?

Disons d'abord que cette question, qui nous semble suscitée si naturellement par la lecture du Promélhée , Eschyle n'avait pas songé sans doute à la résoudre, pas plus que son public ne songeait à se la poser. Il nous est impossible de ne pas nous sentir gagnés par l'admiration à la fois et la reconnaissance au parti du courageux et infortuné patron de l'humanité : et l'intérêt des Grecs se portait certainement du même côté que le nôtre. Il y a plus : Eschyle, par le nombre et l'importance des découvertes utiles dont il fait honneur à Prométhée ^, par l'amour des

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