Prometh; v. 442 sqq
hommes qu'il lui attribue le premier en propres termes ^, comme pour mieux opposer aux dieux jaloux le généreux déserteur de leur cause, enfin, par la fermeté héroïque qu'il lui prête de son fonds, a secondé, autant qu'il l'a pu, ce mouvement instinctif: tandis que Jupiter, persécuteur de la faiblesse dans la personne d'Io, de l'indépendance et de la fierté dans celle du Titan, est comme le Cré.on de cette tragédie surhumaine. Mais ce n'est pas à dire qu'Eschyle ait entendu protester contre un arrêt du maître de l'Olympe, ni que ce poète religieux ait osé une fois s'ériger publiquement en juge de la divinité. Sans doute il ne croyait pas plus qu'Hérodote à la compétence de la conscience humaine en ce qui touche les décisions de la Providence. Il pouvait, tout en les trouvant incompréhensibles, iniques même, les respecter comme divines, et dictées par des motifs insaisissables à la raison de l'homme. Ce qui est certain, c'est que cetle théologie à la fois subtile et grossière n'était pas étrangère au siècle d'Eschyle, et qu'à moins de recourir à l'explication qu'elle fournit il est fort difficile de pénétrer le sens du Prométhée enchaîné.
Le caractère de Frométhée, tel qu'Eschyle Fa conçu, contredit-il cette explication? Pour en juger sainement, c'est encore au point de vue
i. V. il. Nous avons vu qu'Hésiode dit seulement à.v.6.v.f\m.
des Grecs, des contemporains d'Eschyle, qu il convient de se placer. Prométhée a les vertus d'un héros sans doute : mais il lui manque celle qui fait le sage, celle qui, pour les Grecs, était la vertu par excellence, et, selon Platon, comme l'appoint nécessaire à toutes les autres. Rien de plus contraire à la modestie, à l'humilité, à la résignation, à tout ce que les Grecs comprenaient sous le nom de sagesse ^, que cette inflexible obstination, que cette rébellion continuée dans les fers par l'insubordination d'une volonté réduite à l'impuissance. Ajoutons que rien n'est plus contraire aux maximes répandues dans tous les ouvrages d'Eschyle et dans celui-ci même : « Ren- « tre en toi-même, et prends de nouveaux sen- « timents, puisque c'est un nouveau tyran qui « règne sur les dieux. Si tu te répands en discc cours si violents et si acérés, de là-haut Jutt piter peut t'entendre, et alors tes maux pré- « sents te paraîtraient n'avoir été qu'un jeu. Ban- « nis, infortuné, les transports qui t'agitent, et « cherche le remède qui peut guérir tes maux. « Tu trouves peut-être que je le parle en vieilce lard. Tu vois pourtant, ô Prométhée, quelle a est la récompense d'un langage orgueilleux. « Mais tu ne peux te résigner à être humble^ à a céder à l'infortune; et tu veux ajouter d'autres « maux à tes maux. Ah! crois-en mes conseils^