‹ Némésis et la jalousie des dieux [microform]Chapitre 94 sur 180 · I. VII, 56. — 2. vn, 203. ~ 3. VIII, 65. — 4. VIII · texte numérisé non relu

I. VII, 56. — 2. vn, 203. ~ 3. VIII, 65. — 4. VIII

jusqu'à ce qu'enfin l'irréparable désastre de Salamine assure, avec le triomphe de la Grèce, celui des dieux qui ont tout conduit.

C'est ici qu'on attend, si j'ose ainsi parler, l'adorateur de la némésis divine, comme à une épreuve périlleuse, qui peut le mettre tout à coup en contradiction avec ses maximes. Hérodote, exalté par l'amour-propre national, va-t-il s'abandonner à son tour à cet orgueil qu'il condamne si sévèrement chez les conquérants et les rois? On n'aurait guère le courage de lui reprocher une telle inconséquence; on lui en saurait gré peut-être; son cœur a dû la lui conseiller: mais sa religion l'en a garanti. Non qu'il craignît sans doute, en laissant éclater sa joie patriotique, de faire ombrage à des dieux plus avides de crainte et de respect que d'amour. Mais ce qu'il paraît avoir redouté pour lui-même comme pour ses concitoyens, c'est l'enivrement coupable qui fait qu'un vainqueur s'adore lui-même dans son triomphe ; c'est l'erreur de l'instrument qui s'attribue l'ouvrage de la main qui l'a dirigé; ce sont les transports indécents, les forfanteries téméraires que la joie la plus légitime ne saurait excuser chez un être faible et périssable ; c'est, en un mot:, ce piège du bonheur, auquel les peuples se prennent aussi bien que les rois. Aussi, dans sa narration, ce sont vraiment les actions qui louent, et rien de plus : il réserve aux dieux ses hommages; quant aux hommes.

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il croit s'acquitter envers eux en racontant ce ((u'ils ont fait, et en leui' donnant le bon exemple (l'en reporter tout l'honneur à la divinité. Que dis-je? à l'en croire, c'est le vainqueur lui- même, c'est Thémistocle, qui remercie publiquement du salut de la Grèce la jalousie des dieux iirités contre un impie, contie le destructeui- de leurs temples et de leurs statues, contre le téméraire (jui avait osé fouetter la mer et y jeter des entraves ^. Ainsi, dans ce triomphe éclatant et unique de la force morale sur la puissance du nombre, de la civilisation et de l'intelligence sur la barbarie et la brutalité, Hérodote, fidèle jusqu'au bout à ses principes, ne voit encore qu'une vengeance de la divinité, que le châtiment surnaturel d'un orgueilleux, d'un sacrilège: et le renversement prorapt et épouvantable d'un empire n'est, h ses yeux, qu'un de ces coups inopinés, par lesquels une providence inquiète refoule un audacieux dans son néant, afin de raffermir ici-bas l'équilibre compromis par ses entreprises.

Restaient ces deux journées de Platée et de Mycale qui consommèrent, après celle de Salamine, la délivrance de la Grèce et l'humiliation de ses ennemis. Hérodote porte dans le récit de ces nouvelles victoires le même esprit de recueillement et la même élévation reiiijrieuse.

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