‹ Némésis médicale illustrée (volume 2)Chapitre 11 sur 43 · LES HOPITAUX ET LES CLINIQUES · texte numérisé non relu

LES HOPITAUX ET LES CLINIQUES

Ce ne sont plus ces lieux dont les porches glacés

Abritaient it plein air sur la paille entassés

De lépreux' grelottants une incessante foule:

Où deux à deux blottis comme en l'étui du moule ,

D'un visage inquiet que la crainte pâlit

Chacun heurte en tremblant son compagnon d<" lit,

Atteint avec effroi le sommeil qui le navre,

Comme s'il prévoyait au réveil y\n cadavre,

Comme s'il recevait, sans cesse effarouché, Les adieux du mourant auprès de lui couché ; L'air froid qui l'atteignait ne trouvait point un terme Aux rideaux bienfaisants que l'on ouvre et l'on ferme, Et de la draperie à mobile rempart L'homme riche et puissant recevait seul sa part. Combien d'infortunés, au siècle qui s'éclaire, Doivent leur existence à ce soin tutélaire!

Pieusement rebelle aux rigueurs de la loi, Ainsi Pinel, épris d'une divine foi, Interprèle sacré des droits de la nature, Du fouet déshonorant a banni la torture, Et nous attendrissant aux maux qu'ils ont soufferts, Des bras des insensés a fait tomber les fers ; Dès lors sur son grabat un cul de basse-fosse, Trappe qui maintiendrait une bête féroce,

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A cessé d'enfermer, un collier lourd au col, L'aliéné fléchi sous l'écrasant licol, Grinçant les dents de rage, et d'une bouche hâve Crachant a Ilots impurs une écumante bave. Au vague délirant d'un esprit agité Aujourd'hui rien n'oppose un mors inusité; Jusqu'aux murs de Bicètre on peut se croire libre; Laissant un large cours h toute àme cpii vibre, D'un utile travail directeur éclairé, Ferrus maintient partout un essor modéré, Et sous la vive ardeur du soleil qui le tanne, Il achève la cure à la ferme Sainte-Anne ', Asile de repos où l'on cherche a guérir Ceux que la loi naguère eût envoyés mourir.

Mais pourquoi s'arrêter sur cette heureuse voie : Pourquoi se modérer dans l'amour el la joie.'

Sur cet impur tréteau de deux montants troué,

Pourquoi cet échafaud honteusement cloué?

Au fer que j'aperçois à cet horrible faîte

Qui donnera le droit de trancher une tête?

A qui donc parmi vous est échu le pouvoir

De soustraire une vie au remords, au devoir?

Quel juge parle ici de vengeance et de haine;

Et de ce siège froid où son métier l'enchaîne,

Sur un front où brillait le stygmate divin

Oserait abaisser son homicide main?

Qu'il vienne ce Caïn qui veut tuer son frère,

Ce tigre dévorant qui rugit de colère,

Et sous le sang qui coule et retrempe sa foi

Prend la mort pour enseigne et le couteau pour loi.

Est-ce là le pardon qu à notre esprit fragile

En des siècles d'amour a prêché l'Évangile?

Malheur au criminel dont le bras insensé

A l'erreur du forfait fut un instant poussé!

Mais mille fois malheur au Tristan en pelisse

Qui de sang-froid médite et commet un supplice,

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