‹ Némésis médicale illustrée (volume 2)Chapitre 42 sur 43 · SÉRIE · texte numérisé non relu

SÉRIE

Tel , ce héros que je viens de nommer De ses travaux mit a fin l'entreprise , Tel , le Centaure est tombé de surprise . Lorsque Thésée est venu l'assommer.

Mais tout-à-coup , en ce moment de crise Au potentat qui veut être vainqueur, Un peu de honte a redonné du cœur ; Il avait vu , dit-on , par la croisée , Des comploteurs aux rotins menaçants Marcher de front en phalange croisée; Tout annonçait quelques secours puissants.

Amis, dit-il... Qu'est-ce? répond la foule , Que nous veux -tu, héros au cœur de poule? Pour ton repos , va , rentre dans ton œuf, Ton jargon s'use et ton frac n'est plus neuf,

L'ORFILAIDE. 33g

Même en haut lieu ton influence baisse ;

De ton élu savoure en paix la graisse .

Elle est pour nous trop rance... En ce momeni

Part de la cour un affreux craquement ;

Sous le bélier que poussent deux cohortes

En longs débris se détachent les portes.

Et vont tomber à plat sur le cristal ,

Qui tout meurtri du contre-coup fatal

Est poursuivi parla pomme de terre,

Et sous les pieds du cortège infernal ,

N'est bientôt plus que gravois et poussière.

Sur son trépied Hippocrate a pâli,

Orfila luit et se montre poli ;

Comme un beffroi l'horloge au loin résonne :

Désordonnée , au hasard elle sonne;

La double aiguille , errante en son circuit ,

Semble confondre et le jour et la nuit.

Des comploteurs alors a^ii l'épaule

On a fermé les portes de l'École ; Par un hasard que je crois sans pareil , Sur le tapis, aux tables du conseil, Exprès afin que la foule la souille , Tous nos jugeurs ont laissé leur dépouille. Robes , bonnets, tout pêle-mêle est là , Hormis pourtant la robe d'Orfila , Que par un soin de prudence notoire , Le possesseur mit derrière une armoire , Devant laquelle en vrais topinambous Tous nos héros se vautrent à genoux.

On aurait dit, honni qui mal y pense ! Que le doyen avait tout su d'avance.

Est-ce hasard , ou plutôt prescience , Ou bien encor pour qu'on fît pénitence De tant d'excès et de tant de licence? C'est l'un et l'autre ; un habile doyen , Pour son salut, garde plus d'un moyen; Et quand on croit le conduire en menottes A fleurets nus il vous crible de bottes.

L'OAFILAIDE. 341

Sur les bureaux du moulin à docteurs Il fallait donc voir à quelles hauteurs Saillaient alors les robes et les toques; Comme un faquin agite ses breloques On tourmentait ces malheureuses loques, On les foulait, hélas ! sous le talon, On en jouait comme on joue au ballon.

Etiez vous donc cousus pour cet outrage , Nobles camails des nobles perroquets ?

De Madelons en Madelons-Friquets , Aviez-vous lait deux siècles d'héritag Et sans accroc souffert le verbiage De trente pairs à dégoûtants hoquets, A ces vilains pour être ainsi livrées , El sans pitié par leurs mains déchirées ?

On pleurnichait à ce triste discours; Mais un sourire eu interrompt le cours. Dans le recoin d'un placard à coulisse

Devinez qui se dérobe et se glisse ?

C'est , n'allez pas y chercher un mutin , Ni plus ni moins , c'est l'excellent Martin ! Tiré dehors..., le voilà..., les mains jointes , L'infortuné , pâle , hélas ! comme un mori , Essaie en vain d'attendrir sur son sort ; Oh ! mes amis , je suis aussi le vôtre

Il faut, dit l'un , en faire un professeur; On a bien fait Adelon assesseur ; Notre Martin n'est pas plus sot qu'un autre. 11 est du bois dont on fait un apôtre De la science...; et s'il veut s'y prêter. Pour peu qu'il aide à se bien ajuster, Que quelques mots avec aise il bredouille ; Au verre d'eau , de peur qu'elle se rouille , De temps en temps que sa langue se mouille, Jamais Moreau , ni Roux , ni Richerand , Dans ses sermons fut-il plus beau , plus grand ?

L'ORFILAIDE

Et s'il se garde enfla de la pépie .

Ghomel jamais fui il meilleure pie '

A ce propos éclate un long hourra ; D'une guenille on affuble notre homme; A la guenille, est-ce ainsi qu'on la nomme? On joint bonnet, palmes el caetera.

A se masquer c'est à qui l'aidera ;

L'un trousse un pan , L'autre passe une manche,

Soulève un pli qui charge trop la hanche;

Du saint bonnet un autre orne son front.

Le malheureux souffre en paix chaque affront .

Et nedil mot aux tourments qu'il endure.

Ah! <men ce jour sa vie est longue et dure !

Enfin du temple il a quitté le seuil ;

On le soulevé, il cour! de tête en tète,

Et quelque temps battu par la tempête,

A l'autre hont tomhe dans un fauteuil.

C'est le fauteuil qu'ont crasse vingt soutanes , Où s'asseyaient et Thouret et Lassus; C'est le fauteuil aux ornements cossus Où quelquefois a présidé Fontanes , Où toussota long-temps Landré-Beauvais, Qu'avec Cayol autrefois j'enviais , Et pour lequel , avec Dubois Antoine , Certain doyen fit un accord secret , Où l'on n'eut pas le mérite indiscret De stipuler un picotin d'avoine.

Triste témoin des ravages du temps , Qu'il est déchu de sa splendeur première ! L'or y brillait en décors éclatants; Tissu soyeux dont l'École était fière , Rien n'y manquait...; mais à peine aujourd'hui Quelque paillette , en son bois qui crevasse , Dans certains points ose percer la crasse , Qui se condense où la soie a relui.

Deux ais croisés qu'on emprunte à la porte L'ont soulevé... L'innombrable cohorte ,

L'ORFILAIDE.

D'un pan de robe a levé l'étendard .

Et chacun suit, revêtant au hasard Ou bonnet noir, ou lais de souquenille ; Et le cortège en traînant la guenille .

Du résultat de son scrutin secret

r srtnii;.

Veut que Martin complimente Breschel ; L'élu du peuple et l'élu de l'École , La larme à l'œil , vont d'épaule en épaule On applaudit à l'accueil solennel Qui s'assaisonne au baiser fraternel.

Mais au milieu de ces chants de fanfare, Et tout à coup, sans qu'on ait crié gare, Un vil essaim de hideux loups garous Des lieux secrets a déserté les trous ; A cet appel les meneurs de l'émeute , Ours rebutants, pourvoyeurs de charniers, La gourde en main tombent comme une meule Sur les mutins qui fuyaient les derniers ; Le bois de fer sur les crânes résonne ; On a , dit-on , dans ce désordre affreux , Vu quelque part combattre l'amazone

L'ORFILAIDE. 34:

Au sein de qui naguère a fait un creux Le sauromate... En sa reconnaissance.

D'un saint courage elle éprouve l'accès ; Nouvelle Jeanne à l'obscure naissance, De ses appas ou lui ravit l'excès; A son malheur elle doit ses succès; Son bras sans gêne est brandi devani elle - Et quand le calme au bruit a succédé, Flamberge en main et jupe en sentinelle. Elle est de garde où la foule a cédé.

Ainsi finit celte lutte terrible ; Quelques cerveaux y sont troués en crible, Trente innocents sont clos au violon, Deux cents au moins ont tourné le talon . Qu'ils ont bien fait!... A l'amazone lasse Velpeau sourit- et même il la délace;

Fret à couper ce qui lui reste encor, L'autre côté de son double trésor; Et l'on s'apprête à refaire les robes, Car aux Débals des journalistes probes, Aux vieux rebuts qu'on a crasses vingt ans, Ont assigné pour prix sept mille francs. Breschet rend grâce à sa bonne fortune ; Martin n'a plus de terreur importune.

On a rentré le vieux fauteuil roussi; L'École dort de sa douce indolence ; Et le doyen, sûr de son existence, Rêve la sieste aux coteaux de Passy.

Tresse, Ortila, des guirlandes <l<- fête Plus de secousse el le combat esl clos: Un calme plat succède à la tempêté , El désormais, convoitant le repos.

Le Phocéen peut reposer sa tête Sur le rivage où vonl mourir les tl<»is.

S'associant à ta lyre prudente , Que sa voix aigre et parfois discordante, N'ait pas toujours , comme l'enfer du Dante , Des cris de scie et des tons de rabots ; De doux accords ont accès au Tartare : Pluton lui-même y module à ravir Ces airs moelleux qu'a créés la guitare Aux bords du Tage ou du Guadalquivir.

Viens, Orfila, sous le bras l'un de l'autre. Dans tes bosquets qu'eût enviés Le Nôtre Improvisons un éternel plaisir; En flageolet ma plume est travestie, Rien ne trahit en moi lange déchu , Ma queue est courte et ma griffe aplatie, Et j'ai caché mon pied fauve et fourchu.

Tresse , Orfila , des guirlandes de fête , Plus de secousse et le combat est clos ;

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Un calme plat succède à la tempête, Et désormais , convoitant le repos, Le Phocéen peut reposer sa tête Sur le rivage <>ù vont mourir les dois.

• A'.^'-'TOf ":

dh: la vingt cinquième satire.

PRKMIKR CHANT.

1. M. Ailt'lnn a ete, il «-si peut-être encore l'assesseur, autrement dil le coadjuteur du doyen ; le Phocéen, qui lui donne ici le surnom du roi maliste, l'avait déjà gratifié, dans une de ses satires d< rhémisticbe caractéristi(|ue • V.delon Règlement. »

S. Le Phocéen <\ consacre une de ses saiires toul eutière la ciu quièmej à M. Orhla.

5. On de jios amis a donné à M. Lisfrauc le surnom d'O'Connell de la chirurgie; il y ;i en effet quelque chose de la vigueur et même du cynisme ardent d'O'Connell dans !<■ célèbre chirurgien Français

a. Ce trio , ilnnt un nous permettra «le m- pas trahir l im oguito, est la terreur de l'École.

2« SÉBIK. I

5. Nous sommes loin de contester le mérite de M. Breschet; il ne faut pas oublier qu'il ne s'agit ici que de son talent oratoire.

6. Nous avons plusieurs fois remarque avec chagrin le peu d'accueil que Ton fait à l'Académie au doyen de l'École.

7. L'habit des académiciens est vert; l'habit artichaud appartient à l'archiâtre M. Marc. (Y. la troisième satire, l' Académie.;

8. C'est Parmentier qui a le premier introduit en France la culture de la pomme de terre.

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