‹ Némésis médicale illustréeChapitre 12 sur 29 · SÉRIE · texte numérisé non relu

SÉRIE

Cel inutile effort trahit ton impuissance; Que dans nos hôpitaux le mouvement commence, El mille jeunes gens classés par le concours Traduiront en riant tes burlesques discours; Aux applaudissements de la foule empressée. Coterie à dédains, ton école chassée Laisse pour seuls débris quelques noms glorieux Qu'adoptent hautement les élèves joyeux.

Vois dans chaque hôpital s'élever des cliniques; Non point trônes d'ennui, décevantes fabriques, Où quelques fainéants sur d'insolents pavois S'essoufflent d'indolence et bredouillent leurs lois; Mais lices de labeur où de fougueux athlètes Culbutent à l'envi tes faibles proxénètes, Font marcher la science en dépit du pouvoir, Et s'illustrent par zèle et non point par devoir.

Dans ce conllit nouveau que devient ton école. Kl tous les intrigants à hautaine parole

Flanqués d'un escadron d'agrégés courtisans ,

Des luttes de mémoire habiles artisans,

Et loi-même si fier du souris monarchique ,

Toi, digue sans appui du (loi démocratique?

L'orage a sous tes pas effacé tout sillon ;

Les vents, qui t'ont froissé dans leur noir tourbillon,

Ont ployé le roseau de la frêle espérance;

El conseiller, doyen, que dis-je, pair de France " !

Dépouillé, nu, tremblant, lu résistes en vain;

Ton cœur ne répond plus aux appels de la main.

Ta pensée est sans âme, imperceptible atome

Qu'on fuit avec effroi comme on fuit un fantôme,

Ton règne d'un moment esl à jamais passé;

Pourtant le flot est calme cl les vents oui cessé.

1. Madame la princesse de Vaudemon, bien connue par ses relations de diplomatie secrète el de galanterie publique.

2. M . Orfila occupe la chaire de chimie depuis la destitution, en 1825 de l'illustre \ auquel in.

5. Académie de médecine ; novembre is.">4, discussion sur l'utilité du tritoxyde de Fer hydraté dan- l'empoisonnement par l'acide arséniem

■t. Voir ses fautes de français Lancette du lii juin 1853 ,

5. Le Pot-au-feu, dont M. Orflla a Fail tan) de bruit, appartienl en effel a Kose; ce qui appartient a M. Orfila en toute propriété . c'est d'à voir fait de Takénius, chimiste <lu du septième siècle . un malade d'tlippocrate.

t\ Voir le compte- rendu du procès de Dijon Gazetti des hôpitaux

fin de décembre 1X39); on ne peut se taire une idée de la présomptueuse ignorance <lu doyen qu'en lisant la discussion qui s'établit entre lui et M. Raspail, et dans lequel celui-ci le lit convenir malgré lui de ses

erreurs

7. Les protecteurs de M. Orlila avaient déjà voulu le faire nommer doyen de l'École sous le ministère de MM. Corbière et Frayssinous ; maigre les assurances de dévotion que l'on apportait en sa faveur , ces ministres n'osèrent le nommer à cause de sa qualité d'étranger. Depuis 1850 on a accompli un acte devant lequel avait reculé la restauration.

8. La commission de l'Académie, par l'organe de M. Double, proposait, dans le nouveau projet de loi. l'établissement de cbambres ou conseils qu'on aurait pu transformer en cbambres de discipline; l'Lcole, par l'organe de M. Orfila, voulut se donner un air de libéralité en repoussant cette idée; il s'agissait d'effacer, dans l'esprit des médecins, le scandale inouï que les professeurs avaient soulevé à l'Académie lorsqu'il avait été question de créer de nouvelles écoles.

9. Emprunt carliste en faveur duquel le télégraphe eut la complaisance de couper en deux ses dépêches; on avait besoin de vingt-quatre heures d'intervalle pour réaliser les bénéfices que procurait la première moitié de la dépêche.

10. M. Orlila a depuis long-temps l'espoir de se faire nommer pair de France

Ma charte esl I»1 concours

(Introduction

Au sein de notre École, inactive, i m puissante, Passe à Ilots épaissis une onde flétrissante Dont l'origine impure est aux flancs du trésor, Qui dans son lit bourbeux roule la fange et l'or; Au rapide courant du fleuve délétère, Qu'un avide doyen plonge el se desaltère; Ou'ii son gré tous les jouis l'aumône du pouvoir Déborde largement au secret réservoir;

1" SfiUB.

Mais sous le badigeon dont il blanchit ses salles.

Dont il a décoré de neuves succursales ,

S'il nous laisse entrevoir les murs d'une prison ;

Si des barreaux épais 1 etreignant horizon

Du libre enseignement opprime l'espérance ;

A notre noble cause intéressant la France,

On nous verra, brûlant d'un trop juste courroux.

Aux crampons impuissants arracher ses verroux:

Le bélier du peuple enfoncera la porte ,

Et de son sanctuaire il faudra bien qu'il sorte,

Car d'étage en étage, au gré du vent porté.

Le feu gagne et s'étend avec rapidité ;

Et qui donc ne voudrait, digne fils d'Hippocrate,

Mériter à ce prix le renom d'Érostrate !...

Que l'erez-vous alors, vous dont l'œil menaçant Terrasse du regard un sarcasme innocent;

Vous dont le ton amer gourmandant la satire, Au jeu de L'épigrainme a défendu le pire? Vous tous que notre ardeur en ce jour étonna, Vous nous assourdirez d'éternels llosannah. Et prompts à tisonner la Qamme vengeresse, Vous l'accompagnerez de vos chants d'allégresse.

Ah! c'est pour nous garder d'un pareil souvenir, Pour écarter de nous un sinistre avenir, Qu'en faveur du concours, dont je suis idolâtre, J'ai soutenu dix ans ma lutte opiniâtre; Que ma prose a dix ans redit connue nies vers Ses succès inconstants, ses luttes, ses revers. Croit-on qu'infatué d'une espérance vaine, Dans ce noble institut en butte a tant «le haine J'ignore a quels hasards est soumis le procès Kl combien la mémoire a do pari au succès;

Moi qui stygmatisai ces frelons de tribune

A science d'emprunt, à louange opportune,

Qui portent constamment leur mémoire en sautoir,

Et dont les souvenirs sont classés par tiroir !

L'École me devrait quelque reconnaissance; Mes combats acharnés ont doublé sa puissance ; Sans moi, sans mes efforts un brumaire nouveau Éclatait un matin au journal de Sauvo % Et de la Faculté hâtant la destinée Bonaparte-Guizot vomissait sa fournée.

Alors vous eussiez vu sortir de leurs fourgons Des Guilberts déguisés, d'audacieux Bougons, Qui, désarticulés et fléchis jusqu'à terre, Tabourets fatigués du sopha doctrinaire, Montrent encore empreinte en leurs fronts avilis La poussière du pied dont on les a salis;

Et qui d'un char moelleux, sans élan, sans secousse, Suivant presque au hasard la pente la |>lus douce, A l'amble du coursier, le cocher endormi , Les rênes de ses mains s'échappanl à demi. Comme aux temps fortunés des anciens privilèges, Se laissent déposer au sein de nos collèges.

Pour nous mieux rebuter des luttes du concours Que n'ont point l'ait, avant comme après, les trois jours. Les valets incarnés aux royaux météores, Jésuites jadis blancs, aujourd'hui tricolores, Froids joueurs à la baisse, escrocs de hauts salons , Pour qui le télégraphe a des signaux félons, Qui, livrant le concours à noire esprit crédule, Espéraient l'accabler du poids du ridicule. Et se promettaient bien d'égayer l'avenir Du rire que leur lèvre eut peine ;i contenir.

Tout fut, dans cet essai, digne du moyen-âge. Hélas! il fallait voir les concurrents en nage. Harassés, haletant sous leur poudreux butin, Échanger en argot un tudesque latin :

L'un qui, la bouche en feu, la langue embarrassée Décline un argument, conjugue une pensée; L'autre qui se consume en transport impuissant. Et lord sous la syntaxe un adverbe innocent, Tous le front hérissé de fougueux barbarismes, Frottés de contre-sens, bardés de solécismes; La phrase, abandonnée aux cahots du procès. Commencée en latin se finit en français : A la langue d'Horace, et de Celse, et de Pline Se mêle élégamment un jargon de cuisine; L'écho frappé des sons d'un latin francise Nous renvoie un français qu'on a latinisé: Jamais confusion plus loin ne fut portée, On eût dit à leur voix Babel ressusciter.

LE C0NC01 RS.

Oh ! si dans le Lieu saint par eux défiguré, Son crayon à la main. Molière lût entré, Quels traits il eût saisis; sous sa touche hardie

Comme s'élargirait la haute c< idie;

Comme ces ergoteurs à sa voix comparus Poseraient de plein-pied près des Diafoirus ! Mais est-il donc besoin de sanglante lanière?... Le rire n'attend pas les lazzis de Molière; Aux transports du jury l'auditoire répond, Et d éclats saccadés ébranle le plafond.

Le concours survécut à la lutte homicide; Trahissant de Collard la volonté perfide . En dépit des efforts de ses tiers ennemis, A de meilleures lois l'avenir liil promis. Le latin effacé du concours qui s'épure A ses lianes dénudés laisse une autre blessure,

Et d'un bras sans pitié, la doctrine en émoi Le sèvre insolemment des bienfaits de la loi. Les arguments latins couverts de ridicule Sont tombés sous les coups d'une juste férule; Mais nul n'a prétendu, s'opposant au procès, Frapper d'un embargo les arguments français. Pourquoi donc ces terreurs, ces larmes hypocrites? Laissez-nous notre charte et ses règles écrites ; Laissez les concurrents aux regards pleins de feu D'une lutte d'honneur se disputer l'enjeu; Laissez le champ ouvert aux libres apostrophes; Le public quelquefois se plaît aux catastrophes, Il aime à voir l'esprit se débattre en courant Dans les difficultés à danger enivrant ; Il aime à voir surtout un habile adversaire De la langue technique épuiser le glossaire, Et rien ne l'émeut tant qu'un jouteur aux abois Dont l'œil semblait éteint, dont se mourait la voix, Qui d'un geste imprévu, d'un cri de synergie Appelle à son secours sa dernière énergie

Et d'un choc électrique à courant aiguisé Sur son siège ployant bondit galvanisé, Presse, étreinl de ses bras L'ennemi <|ui se lasse, Et d'un mot, d'un regard a ses pieds le terrasse.

Que n'a- 1 il pas fallu de cris et d'arguments, De soleils de juillet, de vœux et de serments, Pour qu'aux yeux du pouvoir perdant toute créance. De Charle et Erayssinous succombât l'ordonnance ; Et quel hardi combat la presse a soutenu Avant que de la loi l'on se soit souvenu!... Mais aux coups de boutoir qu'on nous gardait encore , A ces complots naissants ou sur le point d'éclore, Était-il malaisé de prédire le cours Que suivrait en leurs mains l'avenir du concours, Lorsque d'un taux -fuyant, d'une arrière-pensée La règle générale est d'avance froisser.

sAur.

130 SIXIEME SATIRK.

Et que de prime-abord on ose violer

Cette loi qu'on avoue et qui doit tout régler \

Sans droit et sans concours, sans publiques enchères

Le pouvoir veut nommer à nos nouvelles chaires,

Broussais entre, et l'on croit, à l'abri de son nom,

Des illégalités obtenir le pardon.

Grâce aux accords secrets dont l'École est complice,

Un groupe d'intrigants se présente et se glisse ;

Tout dort à leur aspect d'un sommeil calculé;

Un témoin importun cependant a parlé.

La presse jette au loin le qui vive d'alarmes,

Et de tous les côtés l'écho répond : Aux armes!

Et Camille éveillé de sa puissante voix

A de son Capitole expulsé les Gaulois.

Qui donc s'avise alors d'un hardi stratagème. Et prompt à s'abuser aux calculs de Barème.

Compte six voix pour cinq, a six fois répété Un nom que le scrutin n'a que cinq fois porté? 0 prodige étonnant, ô trop rare merveille, Six voles ont parlé contre Bouillaud la veille, Et l'on nomme Bérard ; et dès le lendemain Six juges par écrit démentent le scrutin !

Ce sont là jeux d'école, attendez donc qu'on nomme Le ponte aux doigts légers, le banquier honnête homme Qui fait sauter la coupe, et dont l'agilité Au joueur qu'il protège a si Lien profité. Ah! qu'à ces coups de dés votre esprit se façonne; Le talent glane ici, l'habileté moissonne, Et c'est au hasard seul qu'il vous faut rapporter Les coups de bon aloi qu'on se plaît à citer. Le sort a de (ierdy favorisé l'audace, Mais est-ce bien à lui qu'on gardait une place?

Est-ce donc pour Kostan qu'on avait escompté Le chiffre souverain de la majorité!

Oh ! quelles vérités ouït alors l'École ! Ardent, exaspéré, de son âpre parole Vainement le doyen, au regard courroucé, Insultant un public dont il est offensé, Cherche à qui s'attaquer dans sa vive détresse . Tance les concurrents, incrimine la presse; A ce défi nouveau long temps étudié La presse a répondu d'un rire de pitié.

Comme alors se courbaient ces insolentes gerbes! Comme ils étaient petits tous ces juges superbes, Orgueilleux d'habitude et hauts de vanité, Jetant si bien le gant à la publicité! Le dos en arc tendu, caressant la muraille, On les voyait sourire au public qui les raille;

Des sièges où le sort est venu les clouer

Leur loque de velours s'usait à saluer.

Comme ils étaient petits ! sur nos lèvres de glace

Ils ambitionnaient un sourire de grâce;

Ils vantaient la franchise en leurs humbles discours.

Ils priaient, conjuraient de sauver le concours :

L'intérêt général guidai! seul leurs démarches;

Don Quichottes <le paix, et bénins patriarches,

Ils se désespéraient de ces chocs violents

Qui pouvaient du concours entraver les élans!...

Ah! gardez ces regrets et ces sensibleries; Croyez-vous m'abuser par vos tartufferies, El ne savez -vous pas que dix ans ont passe Depuis qu'en mon esprit votre honneur est classé Est-ce moi qui, peu l'ait aux ruses de L'École, L'œil lixé sur Louis, sur votre chère idole.

Ai sottement voulu changer à bout portant Sa défaite effrayante en triomphe éclatant; El de ces chiffres vains dont son orgueil se pique Ai-je additionné la vaine arithmétique?

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C'est pour lui cependant que vous aviez cote Le scrutin de Breda si bien ressuscité; Pour lui que, compromis, d'une main partiale Vous vouliez secouer dans votre mue vénale Les bulletins chiffrés aux obscurs errements, De ses titres d'auteur effrontés talismans . Vains elï'orls, vain espoir, votre idole recule; Et dans la lice ouverte où notre ardeur l'écule Il n'ose se risquer une seconde lois; L'homme de L'examen9, hélas! n'a plus de voix !

Et combien ont trahi cette haute espérance; Combien de ces grands noms dont on parait la France, Uni, par l'échec d'autrui prudemment avertis, A la voix du concours sont devenus petits! Combien, nourris long-temps de vent «'t de ramée, Ont <mi un jour perdu leur fausse renommée,

Kl des plumes du paon à nos yeux dépouillés

Sont restés sans vertu comme des fers rouilles!

Oui, voilà du concours l'avantage sublime;

Les prévôts exercés à cette noble escrime

Peuvent bien, il est vrai, d'un fleuret sans boulon

Du maîlre inattentif déchirer le plastron ;

D'un exercice adroit quelquefois on écarte

Les traits qu'on vous portait ou par tierce ou par quarte ;

Et bardé de mémoire ou piqué d'à propos

On peut bien au savoir commander le repos.

Mais du moins les vainqueurs à ce jeu plein de gloire

Ne nous condamnent pas à pleurer leur victoire;

Nous ne gémissons pas sous le triste haubert

D'un Moreau, d'un Bougon, d'un Fizeau, d'un Guilbert;

Mais du moins en ce champ où souvent le pied glisse

L'ignorance se fait elle-même justice,

Et ne vient pas briser dans un espace étroit

Dune impuissante main son fleuret maladroit.

Mais du moins s'il vous faut, pour former une école .

Des hommes à vernis, des vendeurs de parole,

Des perroquets bavards dont le babil cassant Brigue à l'Amphithéâtre un public grossissant; Eh bien, tel qu'il existe, avec sa large plaie, Le concours vous fournit cette fausse monnaie ; Kemerciez-le donc de chaque perroquet Dont ses luttes de l'eu vous jettent le caquet; Et loin de la fermer, agrandissons l'arène. Au fleuve bienfaisant, mais dont le courant traîne, Creusons un lit plus vaste; en un large sillon Jetons loin de ses bords la bourbe et le sablon . Et que le vrai savoir en nombreuses épreuves Eournisse hautement ses énergiques preuves; Le savoir gagne autant à se faire écouter Que la mémoire, hélas ! perd a se répéter. N'a-t-on pas vu cent fois un concurrent nomade Colportant à l'École une éloquence fade, Aux premières leçons briller d'un vil éclat, Qui dans un autre essai venait tomber à plat ! Tel qui s'est soutenu d'une mémoire unique En manque tout-à-coup a l'épreuve clinique;

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Tel autre, du hasard long-temps favorisé , Contre un fragile éeueil ne s'est-il pas brisé! L'argument hasardé d'un cerveau sans puissance N'a-t-il pas mis au jour sa menteuse ignorance!

Ah ! modifiez donc épreuves et jury, Et vous verrez bientôt le savoir aguerri Sous des juges nombreux, indépendants, sévères, Disputer hardiment de plus nombreuses chaires ; Offrez-lui plus de place, en des concours fréquents, Appelez-le sans crainte à de loyaux encans; Oui du professorat dont on restreint la lice Réduisez à cinq ans le trop long exercice. Vous verrez quel éclat prompt à vous éblouir Sur votre Faculté va bientôt rejaillir; Émules avoués de l'enseignement libre , Vous entendrez sortir la parole qui vibre,

LE C0NC01 RS.

Qui, des jeunes cerveaux développant l'essor, Après avoir cessé se fait entendre encor; Et du noir horizon dissipant les nuages, D'un long sillon de feu va traverser les âges.

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