PREFACE
\u\ rois, à la beauté fidèles.
Amants, poètes el guerriers,
Leur M ose .i tics fleurs il ortelle*
Vlélail W ni\ rte el les lauriers
Sous le règne d<' François l'. la satire e( la poésie prirent des allures plus régulières, plus enjouées. <m tira toujours avec plaisir les spirituelles épigrammes de Clément Marol ; peu de productions de ce genre sont, plus originales, mieux touchées que ce quatrain qu'il adressait à maître Grenouille, rimailleur lai el ignorant; le Phocéen lui-même, parlant de !M. orlila. ce type «| h i inspira toujours son éloquence moqueuse, n'a pas mieux l'ait :
Bien ressembles ;i la Grenouille, Xon pas que tu sois aquactique :
Mais comme en l'eau elle barbouill< Si fais-tu en l'an poectiqur
L'avocaf Vauquelin «le la Kresnaye passe a Iton droii
vin PREFACE
pour le premier versificateur qui se soit occupé spécialement de la satire; ses œuvres, un peu diffuses, ne manquent pourtant ni d'esprit ni d'intérêt.
Passerat, visage sombre, esprit aimable , verve ta cile, abondante, docteur sans pcdantisme et savant sans morgue,
Dont le vers bien ou mal dit toujours quelque chose ,
composa vers cette époque, avec Uapin , le grand-pré vôt de la connétablie, l'immortelle Satire Ménippée.
Qui ne connaît l'épitaphe que se fit à lui-même Ré gnier, ce poète sans façon , philosophe aimable , l'esprit et l'estomac les plus remarquables de l'époque où ils Mûrissaient :
.l'ai vécu sans nul pansement, Me laissant aller doucement
PREFACE. ix
A la bonne loi naturelle.
Et je m'étonne fort pourquoi La mort daigna songer à moi.
Qui ne songeai jamais à elle.
Soixante ans environ après la mort de Régnier, Boileau,
Fils, frère, oncle, cousin, beau-frère de greffier, Pouvant charger son bras d'une utile liasse, Boileau loin du palais erra sur le Parnasse; Sa famille en pâlit et vit en frémissant Dans la poudre du greffe un poète naissant.
âme honnête . compagnon franc et sincère, Boileau, l'ami de Corneille, de Hacine et de Molière, ce grand roi de la critique, Boileau prit en main les verges de la satire et s'en servit si bien, si juste, si fort, que le duc de Montausier, qui avait, comme M. Orfila , de justes sentiments d'aversion pour les critiques, il«-
x PRÉFACE.
mandai t sérieusement qu'on l'envoyât ramer sur les galères <lu roi, le front couronné de lauriers.
Voltaire, qui a écrit quelque part que la critique est le poison de In littérature, a lui-même égayé l'Europe des fusées légères de sa philosophie satirique.
Gilbert quitte un jour Fontenay-le-Château , portant pour bagage et pour toute fortune son début poélique. Pauvre enfant! persécuté par la philosophie , méprisé par les protecteurs qu'on lui avait fait espérer, abreuvé de douleurs, de dégoûts, poussé au désespoir
Par ce petit rimeur de tant de prix enflé. Qui sifflé pour ses vers, pour sa prose sifflé, Tout froissé des faux pas de sa muse tragique. Tomba de chute en chute au trône académique.
Gilbert meurt a vingt ans , après avoir traîné une vie
PREFACE xi
non moins misérable que celle de ses frères «mi poésie, Chatterton, Sbéridan et Goldsmith (1).
Depuis Gilbert, les poètes critiques n'ont |>:is mao que; seulement, météores éphémères, ils ont laissé
(l) Le charraanl historien du ministre Wakefleld avait envie de voyager, il prit une flûte c'était tout ce qo il possédait; il visita ainsi la Bel gique, la Suisse, el une partie de notre pays, il marchai! tout le jour; le soir il s'arrétail dans un village, à l'entrée d'une maison, il jouait de sa flûte ou il chantai! ; le paysan l'invitait à entrer, le jeune [unie s'asseyait sans façon au loyer de la famille, el il oubliait sa fatigue, tantôt pour ré jouir ses hôtes par Bes récits de voyage, tantôt pour les faire danser. Après avoir ainsi parcouru une partie de l'Europe . il retourna en Angleterre plus pauvre, plus ignoré que jamais Pour pouvoir vivre , il se mil a travailler dans le laboratoire d'un pharmacien; peu a peu, cepen daiii, H -e révél ' au public , d'abord par quelques spirituels arli< les de journaux, puis par ses vers : mais il s'était distingué comme poète, *aus Bavoir la valeur qu'on attachait à Bes œuvres l a jour, un libraire lui donna ceni livres sterling pourson poème à.\x Pillage abandonné. Goldsmith, qui de sa vie n'avait eu tant d'argent, emporta avec de- transports de joie celte somme, qui était pour lui une fortune v moitié chemin d rencontre un de ses amis à qui il raconte le bienheureux marché qu'il vient de faire. • C'est beaucoup pour un si petit livre, lui «lit son ami. \ou> avez raison, s'écrie le poète, le malheureux libraire \ perdrait. ■ I ; le voilà qui reporte à l'éditeur les cent livres sterling
xi] PRÉFACE
peu de souvenirs de leur passage. Plusieurs satiriques ont, dans ces temps-ci, fixé l'attention publique: Barthélémy, Destigny, Barbier et le Phocéen; les premiers ont plié, dit-on, sous le faix d'une si longue tâche : seul, le Phocéen a résisté à toute fatigue comme à toute séduction :
. . . Ardent au travail, sourd à la violence, Nul n'a pu condamner sa critique au silence.
Certes il a fallu à M. Fabre, je veux dire au Phocéen, une forte dose de résolution, de courage et de prudence pour mener à bonne et prompte fin, à travers tant d'écueils et d'aussi odieuses taquineries (1),
(1) En lt>5k2, époque désastreuse du choléra, où le journal qu'il rédige a rendu les plus grands services, où lui-même , le premier, avait publié une monographie sur cette épidémie, on osa le priver de la modeste médaille de bronze offerte aux médecins parla ville de Paris! L' Institut, d'un mouvement spontané, et comme pour réparer cette injustice , lui décerna en décembre 1855, sur les fonds Monlhyon , une médaille d'or de mille francs.
Th. P.
PRÉFACE. xiii
une entreprise hardie qui devait blesser cruellement de hautes et intraitables susceptibilités . humilier de folles vanités, fomenter des haines sourdes mais vi vaces.
Quels pénibles soucis el quels affreux tourments D'un auteur satirique assiègent 1rs momi nts!
Lafresnaye, Passerat, l'insouciant Régnier el Boi leau lui-même ont maudit plus d'une lois cette puis sance impérieuse qui les poussait à la satire; nous >a vons de bonne part qu'il en a coûté beaucoup au Phocéen pour se décider à entreprendre la périlleuse tâche de fouetter, ainsi qu'il l'a lait, de son vers mordant, des abus trop long temps respectes; ce n'est pas à la légère que M. Fabre a attaqué les parasites de l'École, les célébrités de pacotille, si ambitieusement drapées dans leur mince savoir; mais une lois entré dans le sentier glissant de la critique, l«' Phocéen ne
devait-il pas y marcher hardiment, ne devait-il pas
xiv PREFACE.
tenter ce qu'il a accompli avec tant de bonheur; ne devait-il pas. ainsi qu'il l'a fait, plonger le scalpel dans les profondeurs de ces plaies administratives que nul n'avait osé sonder avant lui, et que lui seul peut-être pouvait explorer et cautériser avec succès ? — Glorieuse et périlleuse mission qui faillit plus d'une fois compromettre son repos et son avenir!
Laissons parler M. Germain Sarrut :
« L'animosité puissante que M. Fabre a soulevée contre lui, par son courage à signaler les erreurs de quelques hommes de l'École , prit une nouvelle force à l'occasion du blâme sévère dont il a frappé le voyage politico-médical de M. Orfila a Blaye ; elle fit explosion en 183G. Le 9 juillet , après un concours dans lequel, de l'opinion unanime, il était resté au-dessous de plusieurs concurrents, M. Breschet fut nommé professeur d'anatomie à l'École; cette nomination fut accueillie par le bruit discordant d'innombrables sifflets.
PREFACE in
Une émeute eut lieu, quelques vitres brisées, quelques robes de professeurs déchirées furent imputées ;i crime à M. Fabre, que l'on accusait d'être le moteur de ces désordres, el qui dès-lors se vit l'objet de soin des et mesquines tracasseries. M. Fabre s'en vengea par un Lutrin médical en trois (liants intitulé l'Or fildide ou le Siège de l'École de médecine, dans lequel,
comme on le pense bien, M. Orlila. le nouvel élu. el
l'École ne lurent pas épargnés, et qui obtint en peu de temps les honneurs de plusieurs éditions.»
Il fallait punir tant d'audace, il fallait se venger de <eiic émeute des étudiants qui a amené un des plus brillants épisodes de la vie à jamais illustre du doyen, la lacération des vieilles robes, innocente parade que le poète a rendue en vers si comiques qu'on les 1 1 irai I tombés de la plume de Gresset. Quelle verve, quel en train et quelle vérité! Qui ne rirait avec le Phocéen des ébats joyeux des disciples de Saint-Côme, de ce*
xvi PREFACE.
cris moqueurs qui jettent une si ridicule panique au cœur de MM. de l'École...
0 Daumier, et toi, Biard, où étiez- vous...?
Le 14 octobre 1836, M. Fabre reçut du parquet une assignation en police correctionnelle, pour avoir publié un journal sans cautionnement et avoir négligé de déclarer un changement d'imprimerie en 1831! M. Fabre fut condamné en appel à payer cinq cents francs d'amende et les frais des deux instances, digne et noble résultat de la vengeance scolaire ! . . .
Sans doute ce sont là de tristes moyens d'imposer silence à l'opinion publique , et de bien infructueux essais pour lasser la raison ; cependant M. Fabre doit s'applaudir d'avoir rimé à si juste prix d'aussi dures vérités. A coup sûr Juvénal se serait estimé heureux d'en être quitte pour si peu.
PREFACE. xv,,
La Presse médicale , en donnant de justes éloges aux efforts du Phocéen, l'a comparé plusieurs fois à céder nier poète; sans doute le début si éloquent,
Non, je n'ai pas toul dil des Fanges de l'École Se détache aujourd'hui ma bouillante parole; Imui adieu prolongé saluant ses tréteaux, Mon ardente espérance esl toute aux hôpitaux . Où mon bul esi marqué le devoir me ramène; Mon cœur brûle déjà d'une foi surhumaine; \n\ peines, aux travaux mon visage pâli rémoignait malgré moi d'un organe affaibli, Mais près du lit du pauvre, où je reprends ma force, La sève rajeunit ma renaissante écorce; El lorsque le sujet s'étend el s'agrandit,
Tins je me dire. moi. moi qui n'ai pas tout du .
ressemble, par son entraînante simplicité, ;i lu Furiade
Juvénal; pourtant, la verve de M. Fabre ne saurait •'■ire comparée toujours à «elle du plus âpre des maîtres satiriques.
vvni PREFACE.
Ju vénal, «love dans les cris de l'école,
Poussa jusqu'à l'excès la mordante hyperbole.
Le Phocéen , qui excelle dans le portrait, n'est |>;i> entièrement pessimiste; s'il fonce quelque peu ses couleurs, ce n'est jamais à l'excès; malgré l'âcreté d'un sang marseillais qu'il contient à grand'peine ,
Sa Némésis, du coursier qui l'entraîne, Adroitement sait modérer le frein.
Et dans le Styx qui lui sert d'Hippocrène. Jamais ne puise un cynique refrain.
S'il était nécessaire de comparer le Phocéen à un des poètes qui illustrèrent la satire antique, c'est à l'élève de Cornutus qu'il faudrait l'assimiler. — Comme l'auteur de cette Némésis , Perse était bilieux et emporté; comme Perse, le Phocéen, qu'on fait impitoyable , <si modeste et doux dans la vie privée (1) ; on peut rendre
(1) « Timide clans ses relations privées, M. Fabre n'hésite jamais . quand
PREFACE. m
à cette nouvelle publication la justice que La Harpe a rendue aux œuvres de Perse : << On y trouve beaucoup \) de sens , allié a une grande concision. » — Les satires du Phocéen pourraient . s'il «'tait nécessaire d'établir une comparaison quelconque, s.- comparer tout aussi bienà celles d'Horace; comme Horace, il saii passer du doux au grave, du plaisant au sévère. Il est surtout un poète avec lequel le Phocéen peut être mis en parallèle, c'est Passerai. Exceptons en un seul point, car Passe rat était doué à un très-haut degré d'un esprit de cour lisanerie qu'on ne rencontre dans aucune des pages de cette Némésis. Du reste, jamais ressemblance physique ou morale ne fui plus merveilleuse : on trouve chez ions les deux le même visage pâle, sévère, hautain quelquefois; même Iront élevé et pensif, même bouche amincie vers les contours; même sourire moqueur.
il s'agil de remplir un devoir public, «le signaler une injustice, de re dresser un abus, <l<' défendre uni- liberté publique, <l être utile .1 un ami; fort de la droiture de sa conscience , il ne redoute les conséquences ni de ses actes ni de ses paroles Biographie des hommes du jour
xx PREFACK
même regard pénétrant; même amour du travail et même haine de l'injustice ; mêmes passions s'épanchani par la critique ; médecins et savants tous les deux, tous les deux sans pédantisme et sans trop de fiel, ils ont lait la guerre l'un et l'autre avec un égal courage aux puis sanls ridicules que Passerat nommait si plaisamment des semi-hommes.
M. Fabre est plus brillant que son devancier ; cependant, eu égard au temps où vivait celui-ci (1534-1602). on peut dire que le Phocéen en est le calque le plus parfait.
Le premier rime en ce moment l'Art de guérir les maladies de l'homme , le second est l'auteur d'un poème composé sur les pressantes sollicitations de Henri III , X Art de guérir les maladies du chien.
Vax présence de tant de rapprochements, qui ne songe a cet le gracieuse croyance d'Ovide :
PREFACE. vu
Tout changée! rien ne meurt; rame, essence légère, Errant d'un corps à l'autre, hôtesse passagère, De l'I mi m i if .1 ['animal va, revienl tour à tour, El siuvii ;m\ débris de son frêle séjour.
On trouve <l;ms les œuvres de Passerat, comme dans cette Némésis , une grande facilité , des incorrections ei beaucoup de gaieté. Les vers du Phocéen plaisent en ce «puis vont droit au but, et qu ils disent sans détour, comme sans obscurité, ce qu'il faut dire,
rien de plus, rien de moins.
Ne cherchez dans Passerat, ni dans la Némésis médicale, ceiie harmonie ronflante, classique, toujours cor recte, mais flasque, sans empire sur le cœur, qu'elle n'é chauffe jamais ; vous ne la trouveriez pas. La poésie de «•es deux satiriques esl imagée . rapide . forte, concise; on trouve chez I un et chez l'autre des morceaux d'une sévère beauté; ainsi est du Phocéen la belle et consolante description des hôpitaux de notre temps, compa rés :i ceux des siècles passés
xxn PREFACE.
Ce oe sont plus ces lieux dont les porches gla< îéa Abritaient en plein air sur la paille eotassi s De lépreux grelottants une incessante foule ; Où deux à deux blottis comme eu l'étau du moule, D'un visage inquiet que la crainte pâlit. Chacun heurte en tremblant son compagnon de lit. Uleint avec effroi le sommeil qui le navre, Comme s'il prévoyait au réveil un cadavre. Comme s'il recevait, sans cesse effarouché, Les adieux du mourant auprès de lui couché : L'air froid qui l'atteignait ne trouvait point un terme Aux rideaux bienfaisants que l'on ouvre et l'on ferme, lit de la draperie à mobiles remparts L'homme riche et puissant recevait seul sa part. Combien d'infortunés: au siècle qui s'éclaire. Dohent leur existence à ce soin lutélaire! Pieusement rebelle aux rigueurs de la loi. Ainsi Pinel, épris d'une divine foi, Interprète sacré des droits de la nature. Du fouet déshonorant a banni la torture; Ut, nous attendrissant aux maux qu'ils ont soufferts, Des bras des insensés a fait tomber les fers; Dès lors sur son grabat un cul de basse fosse Trappe qui maintiendrait une bête féroce, \ cessé d'enfermer, un collier lourd au col.
PREFACE. wiii
L'aliéné fléchi sous l'écrasant licol.
Grinçant les dénis de rage, ci (rime bouche hâve Crachant à flois impurs une écumante ba?e: ,\n vague délirant d'un esprit a<jité Aujourd'hui rien n'oppose un mors inusité:
Jusqu'aux murs de Bicêtre on peut se croire libre !
L'École, les Souvenirs du choléra, les Funérailles de Dupuytren , !<• Réveil, les Hôpitaux et les Cliniques , la Responsabilité médicale, sont des morceaux de choix dictés par le cœur, et écrits avec conviction par une main hardie et généreuse. Les Lazarets, épître élevée, brûlante, est une belle et chrétienne pensée largement hnriiiée :
Honte, honte ;i celui doni la \oiv meurtrière A dit à son semblable : abandonne ton frère!
Le magnétisme animal , les Charlatans , les Étudiants en médecine , l llomoBopathie , I Icadémie étincèlent d'es
xxiv PREFACE
prit et degaîté; c'est l'esprit et l'ironie de Gilbert unis
à la jovialité, au laissé aller de Reignier.
On a dit que le Phocéen avait beaucoup osé, — nous le croyons aussi ; cependant Gilbert , après Horace , a pris soin de l'excuser : Tout oser, écrit-il, est le droit du peintre et du poète.
Ce qui plaît tout d'abord dans le Pliocéen, c'est que sa critique hardie ne frappe guère que les sommités de l'échelle médicale : ses victimes tiennent le premier rang dans ce monde à part, dont il peint avec art les ridicules, les travers et les vices.
Honneurs, richesse, emplois, ils ont tout en partage. Hors la saine raison que leur bonheur outrage.
Nouvel Alceste, le Phocéen ne ménage personne , chacun à son tour : système ancien , système nouveau,
PREFACE. vw
doctrines et doctrinaires , amis et ennemis, la terrible Némésis n'oublie rien , n'épargne rien !..
— A vous le dez, Monsieur.
— Voici voire paquet.
Me voici maintenant, moi!
En elï'ci , à propos <lc la phrénologie, cetl • grande science, trop décriée pour n'être pas vraie; sublime doctrine peu comprise et encore moins étudiée, !<• Phocéen nous raille avec tant d'esprit qu'il m faudrait manquer tout-à fait pour ne pas lui pardonner.
Il y a dans le Phocéen plusieurs hommes d'un égal mérite: il est l'auteur du savant mémoire sur la Ménin gile tuberculeuse chez les enfants , ouvrage qui a mérité ii son auteur un prix Monllivon ; a l'exemple de Gold smitli.il porte avec honneur la double couronne de p< el
xxvi PREFACE.
et de journaliste, triste couronne où lepine des ronces le dispute au laurier. Quoi qu'il en soit, il ne fallait rien moins que la réunion presque sans exemple de ces qualités exceptionnelles pour n'avoir point failli dans une entreprise qui reposait tout entière non pas seulement sur l'équité et l'intelligence, mais encore sur le cœur et l'esprit.
Personne ne contestera au praticien distingué pnr Dupuyiren, au rédacteur en chef de l'un de nos journaux de médecine les plus répandus, le droit et la capacité nécessaires pour sainemenl apprécier et juger les hommes et les choses qui se rattachent à son art.
M. Fabre,dont nous n'acceptons pas toutes les opinions, a compris, avec le tact qui lui est propre, ce qu'un public instruit, spécial, judicieux, avait droit d'attendre de lui; poète, médecin ou critique, il s'est élevé et maintenu toujours a la hauteur de sa tâche.
PREFACE. kxvii
M. Fabre, dit avec esprit et justice une feuille rivale de la sienne (Gazelle médicale, 1839), s'est créé dans la presse médicale un rôle el une position qui n'avaient pas de précédents et <jui n'auront probablement pas d'imitateurs. C'est qu'en effet la lutte était rude el la lâche difficile! »
De graves e( durables travaux réclament aujourd'hui tous les soins du docteur Fabre, mais nous espérons que celle Kémésis, toute complète quelle suit. n'< si pas le dernier mot de son esprit et de sa critique jus renient redoutés; les abus sont vivaces . les sots incor rigibles, les charlatans audacieux ; un jour n'est pas loin peut-être où, l'arrachant sans pitié à des préoc cupations sérieuses, nous lui crierons: Phocéen!.. Phocéen, réveille-loi! Alors il l'a promis :
I n de nouveaux i ombatsdûl ^.i \<i re larii .
il renaîtrai! encor pour vaincre mi pour mourir!
I N MOT DE LAUTEUR.
La première livraison de la Némésis médicale surprit; l'essai parut hardi, téméraire; on s'attendail à voii chuter L'auteur hors d'haleine <m découragé, quelles que pussent être son ardeur et sa ténacité. Sans me soustraire à la responsabilité <l<- mon œuvre, il me sembla singulier d'assister incognito ii cet enfantement, «'i d'être témoin inaperçu des investigations qu'il allait provoquer.
A h deuxième livraison, l'Jfcofeel quelques person
xxx UN MOT DK L'AUTEUR.
nages étant seuls en cause, le Phocéen reçut l'honneur
d'une deuxième annonce de la bouche perpétuellement académique de M. le secrétaire de la rue de Poitiers; mais vint la troisième satire, les demi dieux étaient heurtés, le ridicule atteignait l'aréopage administratif; on répondit par le dédain, et Némésis lut proscrite et reléguée dans l'antichambre , au coin le plus obscur des placards remplis par ces bouquins qu'on s'est payé si cher et qui valent si peu. On ne payait pourtant pas Némésis, elle arrivait gratuite, ne demandant qu'à être lue. Le Conseil dit : On ne la lira pas... Je répondis : On la lira,... on lit bien la Gazelle des hôpitaux, que vous proscrivez aussi; ou lit bien mieux encore les plus mauvais ouvrages mis à l'index par de plus hauts seigneurs spirituels que vous.
Je n'avais promis que douze satires, j'en ai fait vingt-quatre, par esprit de contradiction peut être ; on les a lues, et une seconde édition revue, corrigée, augmentée, illustrée, que sais-je ! est en marche:
IN MUT DE L'AUTEl R w\i
ions les médecins et beaucoup d<- gens du monde con
naissent cet ouvrage.
Est-ce un bien . est ce un mal.' je ne tire point vanité de cela ; je comprends que quelques ti aits piquants snili sent pour donner des lecteurs, ei je ne prends p;i^ ii la lettre les éloges que me distribue la bienveillance de quelques amis. Mes critiques d'ailleurs me semblent justes, elles sont consciencieuses; j'ai fait i<mi ce <|ii<j'aipu pour demeurer impartial, quoique passionné peut être; je n'ai pas rouillé aux lares domestiques, j'ai frappé haut et j'ai omis le faible et respecté l'innocent. J'ai ridiculisé de ridicules doctrines , tympanisé les châtia tans de tonte espèce, de tout rang, attaqué des abus vivaces, miné des institutions désastreuses, et je n'ai jamais reculé devant les menaces. Des horions m'ont parfois atteint , I Un d'eux m'a coûté mille francs , je les ai pavés; le lise n'a pas en, comme M.t.endrin, l'heii rense idée de les donner an\ pauvres; c'était pourtant le seul moyen de m'ôter des regrets
xxxii UN MOT DE L'AUTEUR.
Mes ennemis ont dit, sans le croire: il est méchant; mes amis ont répondu : il est malin; je ne sais vraiment pas trop ce que je suis; j'ai du plaisir à rabattre les amourspropres désordonnés, j'aime à déchirer à belles dents les réputations usurpées; je me fouetterais moi-même si j'avais commis une injustice ou un acte de mauvaise foi, et pourtant je ne suis pas jaloux de me faire du mal . pas plus qu'aux autres. J'oublie aisément les in jures quoique je n'aie jamais été partisan du précepte de l'évangile , et que je me trouve peu disposé a prêter mes joues l'une après l'autre à qui que ce soit.
Aussi ferai-je bien de ne pas essayer mon portrait et de laisser ce soin à Daumier et à Théodore Poupin. Que, grâce au crayon de l'un et à la plume de l'autre, on se décide à me relire sans ennui, et je suis satisfait.
.... nunquàm-ne reponam
Vexatus totiès
Juvénal-
INTRODUCTION
Sacombe avait vécuj du poète effronté Condamnant au repos l<" fouet ensanglanté, Sous le poids des abus prudente el sans réplique Kn de vains traits d'esprit s'essoufflait la critique Va d'un voile imposteur habile a se cacher L'intrigue sourdement se hâtait <!<• marcher
Toui était calme et froid au temple d'Esculape; Le Pactole y coulait eu murmurante nappe , Et chaque favori, dans ses flots argentins, Y venait étancher sa soi! tous les matins. La presse a ces élus n'était point importune; Heureux temps, jours de paix, de gloire et de fortune, Où l'on naissait grand homme, on passait professeur Comme aujourd'hui ministre, et jadis grand seigneur! Complaisant avoué de trames infernales, Le scrutin se prêtait aux intrigues vénales, Et de ses flancs impurs à vil prix achetés Sortaient avec fracas les médiocrités.
Puis, la toque à la main, a l'École étonnée On se ruait par bande, on entrait par fournée , Et mieux que Bonaparte au conseil des Cinq-Cents, Mieux qu'un Abdel Kader n'égorge les passants, On chassait de ses murs une illustre cohorte 3, On mettait sans pudeur neuf savants à la porte; D'une Charte nouvelle on bâclait en trois jours Les articles sacrés faits pour vivre toujours,
INTRODUCTION
Et dont le bras du peuple aux brillantes Journées Allait saper d'un trait les courtes destinées .
En ces temps d'ineptie et d'intrigue ;i i<»m prix, Le savoir sans appui languissait dans Paris; Irrité des affronts dont s'indignait la France, Des succès effrontés qu'obtenait l'ignorance, Et voyant travestir, dans un lâche abandon, Vauquelin en Guilbert et Dubois en Bougon, D'une sainte fureur mon àme lui saisie ; Je jurai guerre à mort à d'indignes Sosie. Je jurai de flétrir de stygmates brûlants Le front déshonoré des Thouret indolents.
Un homme alors conçu! une pensée immense ; Profane qu'enhardit sa noble indépendance, D'Épidaure il voulait, fatigant les échos, Poursuivre jour par joui- le> faits «les hôpitaux. An frein de la raison soumettant ^a pense,-. Je ralentis a temps ^a course trop pressée;
Et de deux en deux jours, dans ma soif de succès, On me vit des abus instruire le procès, El sans craindre des sots la vengeance impuissante, Frapper à coups pressés leur tourbe menaçante; Heureux, je l'avouerai, quand mon hardi journal Aux récifs de l'intrigue attachait son fanal ! Sept ans déjà passés, ardent et sans relâche, J'ai soutenu mon œuvre et poursuivi ma tâche ; Des monstrueux abus qu'alors je découvrais, Quelques-uns sans retour sont tombés sous mes traits. Des tartuffes du jour démasquant l'imposture. Je tournais à plaisir mon fer dans leur blessure : Je flétrissais leur choix, au sifflet importun Mon courroux sans pitié les livrait un par un; Guilberl, Bougon, Fizeau, de leur gloire passée Ont exercé ma plume et ne l'ont point lassée ; Bougon. Fizeau, Guilberl... ils sont morts à jamais; Dans leur tombeau vivant qu'ils reposent en paix. Mais d'autres ont surgi, d'autres plus redoulables . D'autres, du vrai savoir singes inimitables,
INTRODUCTION
Qui, des plumes <lu paon artistement unies.
Aux luttes des concours trop souvent couronnés,
Y savent du (aient revêtir l'apparence,
Et vernir de mémoire une habile ignorance;
Et dont l'intrigue et l'art, qu'ils font mouvoir de front,
Trop souvent des sillleis amortissent l'affront.
Sans qu'ils ;iienl su rougir, de nia prose pudique
Je leur ai prodigue' le miroir véridique;
Mais las de vains efforts, il faut (|u<' l'avenir
D'un vers austère et franc garde le souvenir,
El si ma verve enfin égale mon courage, Que Sacombe épuré revive en cet ouvrage.
\h ! quand j'ose emprunter son nom à Némésis, Fidèle à des devoirs que d'autres ont trahis, Loin de moi l'impudeur d'un lâche servilisme! Inhabile aux calculs de l'iscariotisme , De Marseille affligée apaisanl les douleurs, Puisse je voir tarir la source de ses pleurs ! Non que des grands du jour ma satire ennemie
Aspire à signaler l'incessante infamie ;
Mon théâtre est moins large et mon but plus borné:
Au cercle médical d'avance condamné ,
J'attends et moins de lucre et moins de renommée.
Aussi, moins enivré d'une vaine fumée,
Si, dans mon cadre obscur, utile quelquefois,
Je soutiens le talent d'une énergique voix;
Au cœur d'un intrigant si j'imprime la crainte ;
Si je m'acquitte ainsi de ma mission sainte,
Mes vœux seront remplis. Ah! lorsque le concours.
Par trois ans d'un combat soutenu tous les jours,
Vient de sortir vainqueur de toutes les intrigues 8,
Faut il donc redouter de nouvelles fatigues;
El, d'un premier succès follement enivré,
Cessant de surveiller un bien mal assuré,
Laisser l'arène libre aux attaques sans nombre
Que chaque jour encore on lui porte dans l'ombre !
Le concours! On me crie, il esi trop imparfait; Le bien qu'il a produit cède au mal qu'il a fait;
IYJT,OJ)l CTIOV
Le concours!... C'est un champ ouvert à la mémoire:
Dites... depuis quatre ans qu'a-t-il l'ait à sa gloire?
Que de l'ois n'a t on pas d'un concurrent hardi
Vu par les auditeurs le babil applaudi.'
Que de lois entassant et «1rs noms <-t des pages ,
D'un savoir qu'il n'a point décevantes images,
Un perroquet humain n'a-t il pas arraché
Le prix qu'au seul mérite on croyait attaché?
r"^ rs r\ A J ^ 5-7
là â
1 sinif.
Sans doute... Mais le Temps corrige toute chose;
Le perroquet se perd quand trop souvent il cause;
Qui ne juge aujourd'hui l'école de Béclard,
Et qui ne sait par cœur le talent des Bérard?
C'est au concours lui-même à guérir ses blessures;
Lui seul, modifié, vengera nos injures;
Les hommes d'avenir dont il nous a dotés
En sa faveur aussi doivent être comptés ;
Bouillaud , Gerdy , Rostan , et tant d'autres encore
Que l'Ecole a trahis, que leur défaite honore;
Sanson , dont la clinique appelle le talent ,
Velpeau l'universel, magasin ambulant0.
Et si de ces concours où la faveur conspire ,
Nous remontons d'un trait aux concours de l'empire :
Les vaincus étaient Roux , Capuron , Marjolin ,
Les vainqueurs avaient nom Désormeaux, Dupuytren! !
Qu'on oppose à ces noms quelques choix favorables ,
Des débris du concours souvenirs mémorables ,
Et que de la faveur on vante les effets !....
Je saurai bien compter tous les maux qu'elle a faits;
INTKObUCTIOY il
Je dirai comme «mi bloc l'ignorance appelée A l'ait dégénérer L'École mutilée, Va la remerclrai de ce brillant cadeau Qui commence à Guilberf et linii à Moreau.
Eh! pourrait on cacher qu'à l'École appauvrie, Dix fainéans sur vingt dorment dans l'incurie, Et de leur embonpoint <!»• tout temps oui pesé Sur dix du ces fauteuils dont le cuir est use! Mais sur le vert gazon qu'un jardinier arrose, Au soleil tôt ou tard quelque fleur est éclose; Cet arbre qui s'abreuve aux fraîcheurs de la nuit . Sur sou iront élevé porte enfin quelque fruit ; Eux, sans fruits et sans lleurs, d'une bouche maudite Ils sucent nuit et jour leur sève parasite; Escomptent en dédains à l'élève irrité, L'amour qu'il leur montra, l'or qu'il leur a compté! l'eut-on cacher qu'au sein de nos académies, Pullulent ii grands Irais baladins et momies, Qui, fiers de faire nombre en un troupeau dormant,
S'attellent par derrière au char du mouvement, Gâtent tout, troublent tout, partout trouvent à mordre El de leurs cris de paix font naître le désordre ! Et tous les écumeurs de nos grandes cités , Du bipède bétail guérisseurs brevetés.
Qui dans les hôpitaux, et dans leurs officines, De leurs cures sans lin affichent les ruines; Sait-on combien de sang et combien d'ossement A leur hideux triomphe a servi de ciment!
Voilà donc les forfaits qu'il me faudra poursuivre , Les abus qui long-temps me permettront de vivre, Qui dans l'Académie et dans les hôpitaux Trouvent d'impurs étais et de hideux tréteaux. Aux sommités du jour insoucieux de plaire , Je m'attends aux dégoûts, aux haines pour salaire: Mais impassible et sourd à tout éclat de voix . Quand l'un, enregistrant de burlesques exploits. Me transmit par huissier les foudres de l'École . Qu'un autre crut d'un mol garrotter ma parole.
INTRODUCTION. 13
J'ai de ces imprudens, que je pris en pitié,
Respecté la douleur, bravé l'inimitié;
Et tenace au travail, sourd à la violence,
Nul n'a pu condamner ma critique au silence.
Jamais un mot grossier n'a sali mes écrits;
De l'injure jamais revendiquant l«i prix,
Quel que soit le champ-clos où mon ardeur se joue,
On ne m'a vu chercher mes rimes dans la boue,
Et pour unique peine a chaque saleté
Je garde le lléau de la publicité.
Ainsi, de mois en mois, de quinzaine en quinzaine,
Némésis, fatiguant les abus de sa haine,
Tour-à-tour fouettera de ses vers déchirans
La ruse des petits, l'injustice des grands;
Et dans l'Académie ainsi que dans l'Ecole
Poursuivant sans pitié l'hydre du monopole,
Ministres, chambres, roi. pour moi tout sera la:
Ma charte est le concours, mon despote» OHi la.
i. Sacombe, accoucheur connu par ses vifs débats .i\n- Baudelocque . et par son poème intitulé: La Luciniade ,donl j'ai tâché d'imiter la
verve, et d'éviter avec soin les excès.
2. La fournée introduite à l'École, le2février 1825, par MM. Corbière et Frayssinous, se composait de MM. Laënnec, Clarion, Pelletan lil- C.uillitit, Fizeau, Cayol, Landré-Beauvais, Bougon et Deneux.
3. Les neuf professeurs éliminés étaient : Chaussier, «le Jussieu, Des^eneites , Deyeux, Dubois \ moi n« , Lallement , Leroux, Pelletan père el Vauquelin , institués de forée honoraires le -i novembre 1899
;. Les ordonnances des 3 février 1825 el SI novembre 1822, abn
• le droit par la révolution de juillet . l'ont été <!«■ fait le 6 octobre I
;>. Thouret, sous !<• Directoire, a été directeur il< l'École « l « - santé et
a contribué à la nomination des neuf professeurs élimines en 1822 ; il est mort doyen de la Faculté de médecine.
6. Cet homme est M. Lami, avec lequel j'ai fondé en 1827 le journal la Clinique des hôpitaux ; malgré sa conduite envers moi, je me plais à rendre ici à sa mémoire un hommage que je crois mérité : M. Lami «se laissait facilement influencer par des intrigans, mais son caractère était franc et loyal ; il est mort en 1850 des blessures reçues en combattant pendant les trois jours.
7. Ces vers m'ont valu une note malveillante dans une nouvelle édition de la Némêsis de M. Barthélémy; dans cette note, mon compatriote me refuse tout mérite poétique; il aurait mieux fait de prouver que ce passage contenait une injustice ; je l'eusse retranché avec joie dans cette édition, que me fait entreprendre le succès obtenu par la première publication de mes satires.
8. Je crois pouvoir , sans présomption, attribuer au moins en grande partie à mes efforts soutenus dans la Clinique d'abord , et ensuite dans la Gazette des Hôpitaux, le rétablissement, en 1850, du concours pour les chaires des Facultés de médecine. Si l'opiniâtreté de la presse à soutenir cette institution si utile tant que nous aurons des Facultés avait été moins grande, le concours serait probablement de nouveau aboli.
9. Depuis que j'ai écrit ces vers, MM. Bouillaud, Gerdy, Rostan, Sanson et Yelpeau ont été nommés professeurs. Sans l'opposition juste et énergique de la Gazette des hôpitaux, l'intrigue aurait plus souvent prévalu, et plusieurs de ces messieurs seraient peut-être encore agrégés II!
1" SÉRIh.
J'aime l'École, et j'avoue à ma honte , Quelque pédant que soit un professeur, Fût-ce un Scapin, un Tartufe, un Gérante, Fût-ce Adelon, formaliste assesseur, Dès qu'en longs plis sur son dos se dessine La souquenille à revers éclatant, Dès qu'une toque aplatie en bassine Revêt son chef que la fierté distend, J'en deviens fou... Malheur à qui peut rire Quand un doyen, troublé dans ses repas, Heurte en tremblant la poignante satire Dont Némésis enchevêtre ses pas.
Chantons-la donc cette École bénie, Où l'indolence eut toujours des autels..
L'Orfilaïde, chant Ier'.
La France avait passe sous un niveau de sang; Nobles, bourgeois, vilains, groupés sur un seul rang
Victimes qu'on dévoue à la même ruine.
Sans cesse alimentaient l'alïreuse guillotine.
Dont un an parmi nous on entendit crier D'uu tranchant sans repos l'infatigable acier. L'heure était loin encore , où , vengeurs de nos pères , Supputant de sang-froid le prix de ces misères, Nous devions, le front haut, les yeux moins abattus, De leurs crimes hardis absoudre nos Bru tus , Éclaircir du tableau les teintes rembrunies , Arracher tout sanglants leurs corps aux Gémonies , A l'étranger vaincu répondre avec fierté Par les cris immortels : Victoire et liberté !
La guerre cependant décimait nos armées , De mille points divers à la hâte formées; Aux fiers républicains indoctes à souffrir Il suffisait alors de vaincre ou de mourir , Et de l'art bienfaisant qui guérit ou soulage Le secours paraissait inutile au courage.
S;ins relâche el sans peur s'élançanl aux combats, Tous nos étudiants s'armèrent «*n soldais:
Mais bientôt les obus, les balles, la mitraille, Kl 1rs mille accidents suivant chaque bataille,
Les ronces, les rochers déchirant les pieds mis,
Et le typhus des camps, aux traits si bien connus.
Au teint hâve et flétri, lils aîné de la peste,
Remplirent tous les cœurs d'une terreur funeste;
Armée et citoyens éperdus , éplorés ,
En foule se pressaient sur nos parvis sacrés...
Il fallut réparer les désastres d'Hygie,
Non point comme en ces temps de pédantesque orgie ,
Où, jaloux tour à tour de l'encens des mortels,
Hippocrate et Paré s'arrachaient ses autels,
Et, rivaux l'un de l'autre, en leurs scènes bornées.
Voyaient surgir parfois des luttes acharnées.
La révolution , de son bras redouté ,
Avait fait taire, alors, toute rivalité;
Des arguments poudreux la source était tarie ,
Et de l'hôtel Saint -Corne à l'hôtel Bucherie 3
Tout s'était englouti dans un même chaos ;
Les deux temples fermés ne rendaient plus d'échos \
LECOL] 23
Sainl Gôme seul s'ouvrit : d'une nouvelle vie, D'un éclat loui nouveau brilla la chirurgie; Noble comme sa sœur, égale <mi dignité, Avec elle formant l'École de santé '.
Bientôt cédant encore aux vieux de son ainée. Un autre changemenl sui vil une autre année; L'École de santé reprit son ancien nom, Et l'on vit Bonaparte, alors Napoléon, Pour mieux eu relever la récente origine Disjoindre les deux mois école et médecine, Et sous le nom pompeux, mais vain de Faculté, La livrer en esclave à l'Université ; A l'Université non point Gère el sans chaîne, Non point de ses enfants tutrice souveraine. Fille ainée el superbe el grande de nos rois. Oui sous sa volonté voyait fléchir les lois. Défendait pied à pied d'immenses privilèges, El gouvernail en reine au sein de ses collèges; .Mais faible, suis ressort, toujours prompte a ployer, Exerçant en revanche un pouvoir tracassier,
Des ministres du jour adorant la puissance, Riche de leurs faveurs el de sa complaisance, Ardente à s'avilir, effrénée en ses goûts, Et qui ne sait combattre et marcher qu'à genoux.
D'un pareil protecteur la Faculté hit digne. Aussi n'attendez pas que sa vertu s'indigne , Lorsqu'après deux essais, nobles, majestueux, Où le concours brilla d'un éclat fastueux , Un ministre insolent 7 vint fermer la carrière, Au talent imposa la faveur pour barrière , Et dit à vingt valets silencieux, surpris : Obéissez , votez, la robe est à ce prix. De cet accord sept ans aucune ignominie N'a troublé la douceur, dérangé l'harmonie; En tout bien , tout honneur, en toute liberté, Sous l'aile du pouvoir ces messieurs ont voté. Bientôt , sans coup férir , lâchement désarmée , L'École applaudissait à se voir décimée \
Ht pour mieux s'abaisser, dès qu ils sont apparus.
Elle offrait ii l'envi «les sièges aux intrus;
Esclave abandonnée aux li<Mis politiques,
Elle osait refuser d'entr'ouvrir ses portiques
A ceux (jiic le pouvoir ombrageux el jaloux
Signalait en aveugle à ses aveugles coups :
Ki (l'un dépit mesquin sottement animée
h<- la gloire abhorrant jusques à la fumée,
Telle que ces Laïs aux décevants atours,
Que Taris voii errer dans t<»us ses carrefours
Qui, 1rs jarrets tendus et la robe froissée,
Du fumet (!<■ Bacchus la lace vernissée,
Fidèles au parfum «lu cigare odorant,
Aux vendanges <lu coin grimacent en entrant;
Telle la Faculté, nulle pour la science,
Sans amour d'elle même et sans intelligence,
Repousse avec dédain !«• génie effronté
Qui court sans son vis;i vers l'immortalité,
Et se plaint des reflets que sur sa triste histoire
Peut jeter en passant une importune gloire.
26 DEUXIEME SAT1RK.
Ainsi dix ans entiers Broussais a de nos jours De la vie en son sein interrompu le cours ; Oui, l'École dix ans, dans un lâche silence, A de ses traits mordants souffert la violence; Dix ans nous l'avons vue, immobile et sans voix, D'un sectateur hardi subir en paix les lois ; Et pendant ces dix ans de mépris et d'offense , A Chomel, à Fizeau confier sa défense; Et pendant ces dix ans d'irréparable affront , Quelques hommes épars °, osant lever le front, Jouteurs inaperçus, rêveurs d'hippocratismc. Pour enrayer le char du physiologisme , De leur calme cerveau qu'ils disaient inspiré , Pensaient faire jaillir le feu pur et sacré; Comme si dix flatteurs courbés sous sa parole Suffisaient de nos jours pour fonder une école ! Comme si nous voulions, de vingt ans en vingt ans, A l'âge du progrès recommencer le temps ! ! . . . Pour être chef d'école ayez une autre force , Ayez un fonds plus ferme , une plus rude écorce ;
L'ÉCOLE. -ï
Paracelse ou Broussais, «-n des combats hautains Couronnez votre Iront <l<- triomphes certains; Pétrissez vos pamphlets de haine et <!<■ sarcasme, Enivrez la jeunesse à votre enthousiasme; Qu'eu un théâtre obscur ;i grands nis révolté, L'écho de votre voix tonne ;■ la Faculté; Amoncelez partout décombres el ruines; Renversez, renversez <l<' fragiles machines, Étançons vermoulus d'une antique splendeur, Qu'Hippocrate ;i maudits, qui n'ont qu'un dieu : h Peur Suivi des ilois pressés d'une foule idolâtre, Sorte/ moine en fureur de votre amphithéâtre, El d'un bâton noueux menacez en passant Le seuil abandonné de leur temple impuissant.
Tel on vit Mirabeau, tribun du Jeu * i « - Paume, Bravant la royauté comme un frêle fantôme, Renvoyer à Louis son valet Dreux-Brézé Pâle encordu dédain donl il lui écrasé.
Tel le fougueux Danton, Mirabeau-populaire,
De ses juges ardents persifïlant la colère. Sur la sellette obscure accusé triomphal , Fit de son œil de feu pâlir le tribunal.
Voulez-vous follement bardé de confiance Hasarder une passe et tenter quelque chance? N'attendez pas surtout que le temps en son cours Ait recruté l'École aux luttes du concours : Prêts à rompre la lance, et de dangers avides, Sur les tertres glissants de vigoureux Alcides. Dès long-temps façonnés aux combats corps à corps , Vous feraient payer cher vos imprudents transports. Et, l'haleine épuisée, inhabile à combattre, Meurtri, vous renverraient à votre amphithéâtre. Ah ! que la Faculté , fille de la faveur , Se prêtera bien mieux aux succès du vainqueur ; Là vous ne trouverez, dans vos faciles luttes, Ni triomphes sanglants, ni défaites, ni chutes;
Là s'offrant à vos traits, Haillon " du boutiquier.
Vous aurez hou marché d'Hippocrate-Fouquier.
Pour |»'ii que l'exigeai votre verve comique,
Lui même, en holocauste offrant sa noix comique
Vous laisserai sans peine arracher à son cours
Les quatorze auditeurs qu'il endort tous h's jouis.
Qu'importe que Chomel, en stratégiste habile,
Modérant par l'ennui L'ardeur de votre bile,
De ses lièvres, hélas ! ontologue encroûté,
Ail pris pour bouclier l'indigeste Traité :;
Que changeant ii la lois d'armes et de système,
Pareil à l'écolier « 1 1 1 i lait un double thème,
Il ail localisé sur un plan tout nouveau
Sa lièvre typhoïde en lourd in-octavo ' !
Parfois Chomel , aide du zèle qui l'anime .
Dans son amphithéâtre a droit a voir»- estime;
Mais que deviendrez vous si comme un sac de plomb
Sur vous tombe jamais l'éternel \delon:
Si ce Cujas nouveau, ee llarlole en goguette,
En depii du hou sens vous attend ei nous guette!
D'ordonnances, de lois et dédits hérissé,
Si de ses arguments il vous tient oppressé !
Partout de règlements la vue embarrassée ,
Vous verrez s'obscurcir la plus simple pensée ;
Du reste des mortels désormais séparé ,
Je vous tiens pour battu , pour mort , pour enterré ! . . .
Peut être espérez-vous que le doyen se place ,
Entre Attelon et vous, assesseur efficace;
Mais au mortel ennui que prodigue Adelon ,
Orfila connaît-il quelque contre-poison?
Ah ! que de cet Aaron l'impuissante magie
Emprunte à Barruel sa toxicologie ,
Et qu'il ne craigne rien pour des emprunts nouveaux ,
Barruel, en mourant, lui légua ses fourneaux;
Sa longue complaisance en proverbe est passée ,
D'un posthume larcin il avait la pensée '%
Tout modeste savant sait qu'on le volera ,
Que sur son édredon un doyen ronflera;
A moins que Hicherand sur son vide auditoire '7
N'essaie en bredouillant son pénible grimoire :
Heureux, si des obus qui sifflaient aux trois jours. Il craini les ricochets et les fâcheux retours.; S'il craint le choléra qui désole la ville; Qu'uses champs bien aimés il demande un asile. Et que pour se sauver de quelque choc fatal il déserte deux lois l'école et l'hôpital ! Alors s'il veut se taire et s il ne fini qu'écrire, Vous-même à votre tour conseille/, à le lire Je ne vous parle point de l'aigrelet Moreau Et de quelques vieillards, inutile fardeau; Du loyal Duméril, à la probe parole, Bordeu ,;| du Muséum, Daubenton " de l'École; D'Andral dont la fortune a can ssé les jours. Don! le professoral fut digne du concours; De Platon- Alibert, qui sous ses verts platanes Semble au loin délier les oreilles profanes. Fait mouvoir en tout sens ses héros en haillons. Des lèpres, des cancers guide les bataillons, Et de lazzis heureux égayant la pense, Voit dans son hôpital revivre le lycée.
Faut-il aux bancs déserts de leurs cirques étroits
Y relance)-. Cloquet , Berard ou Paul Dubois?
Ma verve que parfois leur éloquence opprime.
Trouverait aisément une mordante rime;
Mais l'École enhardie à leur témérité,
Hépond, qu'elle leur doit un lustre mérité;
Qu'en eux de l'avenir repose l'espérance ;
Qu'ils sont les perroquets les mieux appris de France
El que pour criailler en public quatre fois
Ils n'émargent, hélas! que mille francs par mois!
Et voilà vos héros ; oui , voilà cette École , Dont au moins la moitié, fille du monopole, Monopolise encor d'un air patriarcal, Et prétend régenter le monde médical , Vide d'enseignement, prodigue de parades, Rachetant à regret ses élans rétrogrades , Prête à sacrifier l'aurore de beaux jours , Et prête à renier sa gloire : le Concours !
Mais vous le subirez, héros de coterie;
Vous subirez le siècle , il s'avance , il vous crie :
Encor quelques saisons, peut-être quelques ans.
On verra s'élargir vos cadres fainéants ;
Vous-même on vous verra de vos mains suicides
Aux inutilités ouvrir les invalides;
Et, nommés pour cinq ans, vos professeurs nouveaux
Jeunes, des longs progrès renouer les anneaux:
Vieux, aux étudiants que leur zèle interroge,
Accorder le bonnet ou refuser la toge ;
Mais jamais revêtus de ce double pouvoir.
Jamais maîtres d'étude et juges du savoir.
Vous subirez encor, j'ai foi dans ma parole.
Dût de votre gousset s'échapper quelque obole ,
Des collègues nombreux ou des adjoints payés ,
Qui, d'un libre public librement défrayés,
Sauront, en lui rendant la science moins fièiv ,
Combler un déficit et remplir une chaire.
El les forums nouveaux, et les enseignements
Que Double promettait a nos départements '-'',
Que votre jalousie accablait d'anathcmcs.
Kt qu'Orfila toisait de ses dédains suprêmes;
Les jurys d'examens de vos jurys tans
Remplaçants électifs, oui vous les subirez .
Sinon de vos abus l'élève tiendra compta,
Et s'il ne peut en prendre une vengeance prompte,
La justice infaillible aux pas fermes et lents
Bientôt saura punir vos refus insolents;
Au glaive menaçant qu'un cheveu seul arrête,
Vous tenterez en vain d'arracher votre tête,
Et sur un sol où rien ne peut vous soutenir ,
Votre chute imminente égaiera l'avenir.
}.. -, . : .. , , ..,.., :>J±±:UAiJrX4,l&tà&&X&&&-- - .
t. Qu'on nous passe cet anachronisme; la satire sur l'École h paru bien dy&ntVOr/ilaïde, mais la réimpression <le celte satin-, une de celles qui étaient épuisées, nous a permis de faire cet emprunt a posteriori
Noie du deuxième tirage de la première édition.)
2. L'Ecole de chirurgie était alors à l'hôtel Saint-Côme, où se trouve aujourd'hui la Faculté de médecine.
5. C'est dans la rue de la Bucherie qu'était la Faculté (!<• médecine
i. Toutes lés écoles furenl Fermées en t~ic>
M Loi du t ; frimaire an iv.
c Décret du 17 mars isos. art. 7ti.
7. Ordonnance du 29 février 1815, qui supprime le concours; le ministre signataire est M. Royer-Collard.