‹ Némésis médicale illustréeChapitre 27 sur 29 · LES AGRÉGÉS · texte numérisé non relu

LES AGRÉGÉS

Est-ce assez , dira-ton , ou dois-je mettre en cause De chétifs agrégés... aujourd'hui quelque chose, Demain rien , vains roseaux qui n'ont jamais pensé Et sur un sol ingrat ont au hasard poussé ? La sève que six ans d'indolence ont tarie Kefuse son soutien à leur tige amaigrie , Et la mort les atteint, non pas certes la mort Qui de la vie humaine affaisse le ressort, Qui du funeste choc de ses hruyantes ailes Abat incessamment des phalanges nouvelles ; Qu'on arme d'une faulx, dont le long bras ailé Sort menaçant des plis de son plaid étoile ;

Mais cette mort bénigne, à caressante bouche, Dont la grâce séduit et dont le regard touche, Qui vous prend d'une main a potelé contour, Vous conduit mollement loin de 1 éclat du jour, Et d'un ton doucereux, d'un gracieux sourire, Vous invite au silence et vous défend d'écrire Non point enfin la mort qui de sa rude main Frappa vingt ans trop tôt Bichat el Dupuytren; Mais celle qui tua dès qu'on les vil éclore Les Bougon, les Guilbert el tant d'autres encore.

De profuetois pour eux... D'autres mieux inspirés Pèsent avec orgueil sur les parvis sacrés; L'œil fixé sur 1 école, a sa borne-fontaine On dirait qu'à longs Ilots coule leur bippocrène ; Prestidigitateurs à maniement adroit, Sur un jeton d'ivoire ils martèlent «lu doigl ;

Un son mat c'est le plein, un son creux c'est le vide.. Miracle!... hallucinés par un miroir perfide, Quand le public moqueur a sifflé leurs discours Ils s'applaudissent eux... Nés pour tous les concours. Un jour nous les verrons aux clos de Béotie S'inscrire candidats du prix d'idiotie.

Rêveurs infortunés et qui font peine à voir. Confiants le malin , désespérés le soir, Esclaves d'un doyen , courtisans de la presse , Offrant à tout venant leur menteuse tendresse, Au cou de l'écrivain roulés à l'abandon, Qui de leur amitié lui prodiguent le don , Et dans leurs bras ardents l 'étoufferaient peut être... Quand tout- à-coup, ô ciel! arrive... qui?... le maître.. Il faut les voir alors sur eux-mêmes tordus Jeter obliquement des regards éperdus ;

u:s PROFESSEl l!S, LES AGRÉGÉS, ETC -n'

Leur main qui vous pressail comme à défaut d'une autre

Se rétrécit, se crispe el glisse dans la vôtre.

Ils n'osent rien brusquer; ils savent que demain

Une plume de 1er armerait cette main ,

Kt qu'un mot échappe d'une bouche hardie

l'eut déchirer la trame aux doigts qui l'ont ourdie.

Mais au secret dépit d'un despote ombrageux

Se l'orme quelquefois l'avenir nuageux;

Une pierre qui tombe ébranle l'édifice

Et pour un lourd échec il ne faut qu'un caprice.

Ob ! qu'ils se vengeront d'un débat irritant ! Comme ils von! des demain, des ce joui', a l'instant, Pourvu que l'écrivain dont la fierté les glace, Dédaigneux et superbe, ait déserté la place;

Connue ils VOUt sur leur claie ;iu\ clous longs el leiui^

De ressaut en ressaut traquer ses membres nus.

Et comme sans danger, sans frein d'ignominie Ils vont sur un absent verser la calomnie !...

Vos baisers imposteurs ne m'en imposent pas, Lâches... sachez donc bien qu'il est d'autres Judas, D'autres vous-même enfin , assiégeant ma demeure , Par qui la trahison est trahie à toute heure ; Délateurs mutuels, concurrents d'un vil prix , Qui viennent tous les jours mendier nos mépris...

Et voilà les bienfaits d'une puissante école ; Voilà ce qu'elle veut, voilà quel est son rôle !... Dégradant sans pudeur des hommes d'avenir , Et rougissant leur front d'un honteux souvenir,

Elle leur dit : Rampez, rampez, qu'en cette boue A mes pieds vaniteux s'imprime votre joue, Ou, malgré vos six ans d'un pénible travail, Je saurai des faveurs fermer le soupirail : Rampez... ou pour vous tous I arène sera close; Votre nom au concours sera mis hors de cause : Sachez que le scrutin se fait dans nos bureaux . Oui, c'esl nous qui votons, nous professeurs morai \ !

A l'austère vertu consacrez donc un temple De leur moralité voulez-vous un exemple Il est récent.... d'hier... Fatigué de longs coins Desgenetlcs d'un aide appelle le secours; Il offre Broussais fils... Le scrutin se paria-. : Six votes l'ont à trois un égal avantage... Un second tour survient.... le scrutin cette lois A l'élu légitime a ravi ses six voix !!!

Et voyez ce que peut une urne indépendante ! Un des trois candidats, dont la cause est pendante, Déjà touche au budget plus de cinq mille écus , Et c'est lui qu'on choisit avec sept voix de plus !

Tambours, battez aux champs! que des mains tarifées A l'autel doctrinaire appendent les trophées ! Gloire , gloire au doyen ! . . . Quel triomphe si beau Sous des pieds d'agrégé mit jamais l'escabeau ! Quand les étudiants aux joyeuses nuées Ont-ils mieux applaudi... Mais j'entends des huées ; Quel Dandy, pourchassé de rires et de cris, Sous le chant marseillais traverse tout Paris?... Que vois-je... ô criminelle... incroyable licence! C'est lui que l'on poursuit avec tant d'indécence , Lui , chargé de veiller sur la science et l'art , Lui, dernier rejeton de nos Hoyer-Collard...

LES PROFESSEl lis, LES kGREGES, ETC. 241

Osez donc vous targuer d'nne illustre origine Descendez de Platon. d'Aristote ou de Pline, Loin des rayons brûlants d'un soleil du midi, Qu'aux stalles d'Opéra vos lauriers aienl verdi, El Catou de boudoir, sans que le pied vous glisse Ayez trois :uis entiers régenté la coulisse; Pour que l'École un jour, dans ce Paris crotté Prompte à vous assourdir de (liants de liberté.

Oppose a vos levons de criardes orgies!...

Ah ! plutôt de Véron éteignant les bougies, Qu'on vous voie ii rebours d'un édil de bon ton \u\ nymphes du ballet raccourcir le jupon... Chef d'orchestre ambulant et prêt a perdre haleine Guidant la carmagnole à voix républicaine,

Convive haletant au café des Anglais, Armé de pâtés chauds, de radis et d'œufs Irais. De la foule joyeuse el qui remplit la rue Les gants jaunes aux poings, délie/, la cohue;

Noble lils des Yatel et des Montalivet,

laites pleuvoir sur eux l'arsenal *U' Chevel

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Et sur les ennemis dont vous jonchez la place, Amoncelez des flots de sorbet et de dace!....

Ah ! lorsque flétrissant le plongeon des valets Notre faculté- peuple ahurit de sifflets Le pouvoir-faculté..., la doctrinaire meute Courrait sus au scandale et crierait à l'émeute ; Et de sots écrivains d'un blâme fanfaron Masqueraient sans rougir leur désaveu poltron!... Non, ces honteux complots il faut qu'on les déjoue; Et tant qu'un souffle d'air soulèvera ma joue, Que cet air que j'aspire en sorte avec émoi; Mes lèvres, je le sens, se froncent malgré moi, Sur les bords amincis de ma bouche meurtrie En sifflements aigus ma clé résonne et crie.

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