‹ Némésis médicale illustréeChapitre 28 sur 29 · LES PRATICIENS · texte numérisé non relu

LES PRATICIENS

Loin de ces intrigants et de ces froids rhéteurs, Mes yeux avec plaisir errent sur les docteurs. Praticiens obscurs, et dont la modestie Obtient tous mes égards, toute ma sympathie. Là sont indépendance et pensers généreux ; Honneur a leurs travaux , amour sacré pour eux ! Hélas! lorsqu'en nos champs, où l'hiver les assiège , Leurs pas mal assurés chancèlent sur la neige, L'homme de la charrue aux bras jeunes et durs. Près du foyer brûlant, à l'abri de ses murs. Trouve un pavé bien sec. une table égayée; Rien ne trouble la paix de sa chaude veillée;

Ni la pluie obstinée à battre son auvent. Ni le double fracas de la grêle et du vent, D'éléments courroucés convulsive agonie , Ne peut de son sommeil déranger l'harmonie.

Las des courses du jour, des nocturnes travaux , L'humble praticien aime aussi les pavots; Mais le sommeil à peine, écartant la lumière, A de sa lourde main pesé sur sa paupière , Un triste messager, matinal Lucifer, Se pend les bras tendus à son marteau de fer ; Comme aux échos des bois le cor et vibre et sonne , Telle sur son chevet la sonnette résonne ; En sursaut il s'éveille , et par le froid raidi Fouille à demi vêtu son âtre refroidi ; La canne d'une main, le manteau sur l'épaule, Aiguille tremblottante et qui cherche le pôle,

On le voit aux lueurs d'un fana) scintillant Dans une mare d'eau se glisser à pas lent. Son feutre ploie et rompt, le Ilot <pii le travers* Aux plis de son manteau tombe en pesante averse ;

Qu'importe, il défîra le venl ei le> glaçons; Car un vieillard est là sous de fiévreux frissons;

Une mère est en pleurs et tremble pour sa fille ;

La mort atteint peut-être un père de famille ,

Ou par une matrone à mourir condamné ,

En cris sourds et plaintifs expire un nouveau-né...

Il arrive... à sa voix l'haleine est suspendue,

On écoute en silence et l'oreille tendue ;

Brama descend du ciel ; omnipotent Wishnou ,

On l'embrasse en pleurant, on l'adore à genou...

Mais des soins généreux et des conseils qu'il donne

Qui donc lui saura gré?... Qui le paiera?... Personne.

Quand la reconnaissance avait parlé si haut ,

Nul parmi ses clients qui ne fasse défaut ;

A peine dans sa main tombent quelques oboles,

En décimes cuivreux s'y changent les pistoles ,

Ce n'est plus sous sa robe un pseudo-professeur,

Du titulaire oisif vaniteux assesseur,

Un agrégé de cour qui tous les ans cumule

Pour quinze mille francs d'or et de ridicule :

C'est, tombant à plat-ventre et de toute hauteur,

Un paysan de glèbe , un manœuvre-docteur,

Journalier qui sans fruit bêcha cinquante années. Et lègue à ses enfants les plus rudes journées.

Osez donc étouffer un monstre renaissant :

De vos Mers osmanlis abattez le croissant; Promenez le niveau sur tous les privilèges; Point de hardi sultan pour de libres collèges : Point d'orgueilleux pacha, d'ambitieux visir: Disposant du pouvoir qu'ils prétendent saisir, Par de larges gradins à l'avenir masquées, Qu'on ouvre à deux battants la porte des mosquées, Et que chacun de vous dont le savoir est pi èi Au peuple crie : Allah! du haut d'un minaret. Qui donc peut estimer mieux que moi la science Et qui de la justice a mieux la conscient e

Ralliant sans détour l'avenir au passé,

D'un tenace travail qu'on soit récompensé,

Mon juste orgueil s'incline et mes lèvres sont closes ;

D'un onéreux traité je signerais les clauses.

Mais que des nullités à complaisant babil ,

Des mannequins plissés qu'on fait mouvoir au iil ,

A gants jaunes ou blancs, à science ignorée,

On nous veuille imposer la jeunesse dorée ;

Que des Halle d'un jour, sans pudeur et sans frein

Débitant leur leçon comme on chante un refrain ,

Transforment hardiment sur une tête ignare

Le bonnet de docteur en hautaine tiare ;

Troubadours de salons, chantres de madrigaux ,

Qu'ils nous toisent de l'œil, et marchent nos égaux !

Quedis-je... nos égaux!... l'un d'eux se dit le maître. Ah!... ce n'est pas le mien, c'est le vôtre peul être...

Mais moi, s'il le fallait, moi, sur ces avortons Des parchemins poudreux vidant tous les cartons. Et tenant à deux mains de compactes volumes, Encre, poudre, papier, bibliothèques, plumes. Tout volerait sur eux... De leurs bouquins coiffés, Sous leurs propres larcins désormais étouffés, Des lourds in-octavos les masses refoulées Par mes bras vigoureux sur leurs fronts empilées, A peine suffiraient à de rudes («Militais!!!...

Eh bien!... qu'attendez vous ? sonnez le branle lus El vous, jeunes docteurs, hommes de forte trempe, C'est à vous de siffler tout confrère qui rampe; Sans fascines, sans torche et sans sédition Élargissez la voie à votre ambition; De vos hardis limiers dirigez les battues; Vous n'aurez qu'à compter les pièces abattues;

V su. 11.

Nous vous verrons alors en province, à Paris, De votre art précieux connaissant mieux le prix , Choyés de l'opulent , respectés du vulgaire , Vivre où vos précepteurs ont végété naguère.

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