‹ Némésis médicale illustréeChapitre 29 sur 29 · V ..>^r >o-. ,*SV^TY · texte numérisé non relu

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i. (1rs vers, comme on le pense bien, ne s'adressent pas à tous les professeurs, et [es vers qui >ni\<'iit ne sauraient sans injustice être appliqués à ions les agrégés. Il esl dans ces deux classes des hommes distingués et honorables, parmi lesquels nous nous félicitons d'avoir <lo

mailles et des .unis.

ï. Le temps d'exercice des agrégés, précédé de trois ans de stage, esl de six années; après celte époque ils ne conservent que le litre d agrégés libres, et deviennenl lout-à-faii étrangers à il cole

IMHZIKMK SATIRE.

« Il faut que tout homme travaille, toutes les fois que son organisation le lui permet; autrement c'est un frelon qui vit aux dépens îles abeilles, et qu'on devrait écraser. »

(Dubois d'Amieins, Traité des études médicales.)

Non, je ne vieillis point, mais des pensers cuisants Aux rides de mon front ajoutent tous les ans: Le siroc du désert qui prédit la tempête De ses derniers cheveux va dépouiller ma tète,

Et deux lustres pourtant l'un à l'autre enlacé

Sur mon adolescence ont à peine passé.

Jeune, dans cette école aux banquettes poudreuses.

Apprenti chevalier de luttes chaleureuses,

Et d'arbitraires lois vainement assailli ,

Que de fois sous mes pieds la poussière a jailli !

J'ai combattu dix ans et l'injure et l'outrage ;

Et confiant encore en dix ans de courage ,

Sous le vent du boulet je compte sans émoi

Les coursiers valeureux qui tomberont sous moi.

Mais à d'autres combats je dévouerai ma vie:

Grands du jour, pensez-vous que ma haine assouvie

Meure sans avenir quand j'aurai culbuté

Une charte d'école, un roi de faculté?

Au sol marécageux où mon destin m'entraîne, Où trouver en effet une vive Hippocrène ;

LES ETUDIANTS EN MÉDECINE. -j.v

Gomment à mon coursier donner un libre cours Quand il me faut rimer à patente, à concoure Aux détails sans élans d'EXAMENS \ l'école,

Mesurer à l'étroit ma hautaine parole .

Et près d'un Kubieon sans gloire et sans revers

Poursuivre un Orfila «lu poids de trois cents rers

Ah ! qu'une fois du moins ma Nëmksis choisi.

Trouve plus d'abandon et plus de poésie !

Libre de bouillonner dans un vase moins creux .

Ma verve coulera comme un vin généreux ;

A tous mes souvenirs ma mémoire est li<lèle;

Aucun de mes amis ne s'est défié d'elle;

Je n'ai rien à laver, l'onde est claire en mon bain;

Je suis né, j'ai grandi, je mourrai Carabin.

Eh! quel COeUr de \ î 1 1 14 1 ans ne sémeul e| ne vibre A l'aspect d'une vie iusou< -ianle et fibre,

1« SPIIIK.

D'étude el de plaisir amalgame attrayant; Où , bercé sur un siège élastique et pliant, Jamais de durs soucis, de hideuses pensées N'osèrent assombrir les actions passées; Où gai d'un doux espoir, gai d'un doux souvenir, L'œil plonge avec ardeur au riant avenir, Et de brillants décors, de couleurs fortunées, Y dessine à grands traits les joyeuses années.

Mais l'aurore a sonné son uniforme glas. Mille souliers ferrés sillonnent le verglas, Du foulard lyonnais la bouche enveloppée, Par le vent froid du nord l'haleine entrecoupée, Quand la neige en flocons blanchit au loin les toits, Aux carrefours déserts, et soufflant dans leurs doigts. Les carabins joyeux aux cohortes pressées D'un labeur matinal nourrissent leurs pensées.

LES ETUDIANTS i:\ MEDECINE

C'est l'heure où Dupuytren commençai! su leçon ; Où son expérience anime encor Sanson; Où Bouillaud et Lisfranc vont ouvrir leur séance; Lisfranc, dont <>n nous vit braver la médisance,

2<iO DOUZIEME SATIRE

Jupin déboutonné, Mascarille tonnant, Trop longtemps il brandit un foudre mal sonnant; Aujourd'hui guidant mieux sa pittoresque verve, Il rentre avec éclat au giron de Minerve ; Chastes sont ses pensers et pudique sa voix, La presse qu'il respecte ornera son pavois ; Elle souscrit un pacte aux formidables haines ; Ses mains ont résonné dans nos mains phocéennes, Et prompte à proclamer le ban de liberté , La Lancette elle-même a signé le traité.

Tombent les intrigants et périsse Carthage ; Jeunes gens, de vos mains aidez notre courage Qu'une école punique, un classique Ilion Trouve en chacun de vous Achille ou Scipion ; De son vieil édifice à charpente pourrie, Le dôme crevassé déjà s'affaisse et crie.

LES ETUDIANTS EN MEDECINE. n\\

Mais le jour a marché; sans souffrir de retard, Un autre soin déjà vous appelle à Clamart : Aux hôpitaux partout se ferme la clinique, Et Serres vous attend au cirque anatomique; Non ce cirque mesquin que releva sans art, Aux frais de la cité le scholastique czar, Où sur les pavés neufs l'école se pavane, Usant comme un balai la classique soutane; Mais cette vaste arène a commun abreuvoir, D'une science libre immense réservoir, Qui n'a point de faveurs, ne cache aucun mystère , Et ne refuse rien au scalpel prolétaire. Entrez, sur chaque table incessamment penchés Six travailleurs ardents ont les yeux attaches: Le scalpel aiguisé jamais ne se repose ; L'un de filets nerveux poursuit l'anastomose, Des muscles adhérents dissèque les faisceaux; L'autre cherche le point où naissent les vaisseaux ; La scie a deux tranchants, empruntée a Charrière, De la moelle spinale attaque la gouttière,

Et le crâne enlr'ouvert sous les doigts enfoncé, Cède aux coups de marteau dont il est crevassé. Partout l'attention, l'étude sérieuse.

0 vous, dandys de cour, à la bouche railleuse, Ambulants professeurs qui dans nos carrefours Préludez, en fumant, au scandale d'un cours; Halles qu'on improvise au feu de la coulisse, Gardez qu'en ces travaux votre main se salisse ! N'allez pas revêtir, par un bizarre jeu, Les mancherons à gaine et le long tablier bleu ! Vos doigts s'érailleraient sur de grossiers suaires. Ah! souillés du contact des débris prolétaires, D'un sang putréfié négligemment imbus, Seuls nous affronterons vos insolents rebuts; Nous, carabins actifs dont la peau parfumée Jamais de l'encensoir n'a subi la fumée,

Dont aucun ne fléchit et ne s'est inondé De parfums d'odalisque et de lait amande; Vos amis, ces amis au sourire incroyable, Qui nous lorgnent au coin d'une opulente table, Montrent avec dégoût nos ongles impolis, Nos gants bruns et froissés que le sang a salis; Leur bouche a murmuré le mot poignant cynisme. Eh bien, nous méritons votre fier ostracisme : Sur des charmes tachés de lys et de carmin . Jamais n'a tressailli notre erotique main ; Jamais le front paré de mensongers trophées, Vainqueurs de ces Lais «à grand prix étoffées . En des nuits de régence épuisant le trésor, Le hasard des brelans n'a dévore notre or. Notre bourse est à sec et nos goussets sont vides; Mais, purs du vil contact de passions avides. Nous a t on vu monter sur d'indignes tréteaux !

'2K'( DOUZIEME SATIKE

La Sorbonne, il est vrai , veuve de Flicoleaux , A vu de nos banquets , désormais assombrie, Les refrains sans échos , l'allégresse tarie ; Des carrefours latins distrait, embarrassé, Chavineau se retire et n'est point remplacé : Plus de beefteack saignant, d'entre-côte panée; Du légume herbacé la verdure est fanée , Qu'importe ! le front haut, l'œil riant, le cœur gai , Chargeant nos carafons du vin de Delaunay , Et du buis infusé qui mousse dans nos verres Décantant coup sur coup les bouteilles entières; S'il le faut , abreuvés du liquide à pleins seaux Que nous offre en passant I'aquatique Rousseaux ' , En des toasts délirants , en d'aqueuses orgies Qu'on nous voie épuiser le suif de nos bougies.

Ne l'épuisons-nous pas aux longs travaux des nuits.'

Qui donc, nous condamnant à d'éternels ennuis. Oserait nous ravir, d'un perfide artifice, De nos illusions le triste bénéfice Quand, du matin au soir ployanl sons ses travaux, L'élève studieux p;»ss<' à des coure nouveaux : Des salles d'hôpital, ventouse mortifère, Il aspire en son sein la putride atmosphère ; Le bagne où nous vivons, aux miasmes dill'ns. Lui promet ions 1rs jours la fièvre et l«- typhus... Sait-OD bien ce qu'il faut pour de telles études? Sait-on ions ses efforts? sait-on ses habitudes? Croit-on que tout se borne à de sales dégoûts? Ah! l'on se fait bien vite à l'odeur des égoûts, Et la mort, dernier terme et repos sans secousse, Quand on la voit deux joins n'a |>lns rien < ] m î repousse! Mais l'homme, obscur jouet des craintes, des douleurs, Qu'un bistouri déchire et qu'inondent ses pleurs: L'homme, qu'on va soumettre a des tortures lentes, Dont le corps esi sanglant et les chairs palpitantes, Qu'il faut de dévouement, qu'il faut d'humanité

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•26f» 1)01 ZIEMK SATIRE.

Pour braver d'un œil sec sa longue anxiété? Au fond de notre cœur refoulant nos alarmes, Notre âge de plaisir passe au milieu des larmes ; Aussi quel abandon, quel amour parmi nous ! Les mêmes sentiments nous réunissent tous ; Commensaux conviés à la même fortune, Le but nous est commun et la bourse commune ; Il n'est pas un de nous qui, prodigue à demi, Ne puise librement au gousset d'un ami. Vienne le lendemain que l'avare caresse; Une flûte 5 suffit à la faim qui le presse ; El tout souci d'argent de son cœur est rayé : Il aura du travail, son cadavre est payé!

Et quand il n'a plus rien à lier dans sa bourse, Quand il dîne au pain sec, déjeûne au pas de course, Quand trois fois s'essoufflaut à traverser Paris,

Du modeste omnibus il redoute le prix.

Ah! du moins laissez lui sa délirante joie Et les rares plaisirs où son âme se noie; Laissez-lui, s'il le faut, vers le déclin du jour. Sa lingère à l'œil vif, haletante d'amour; Pour prix de scs attraits que lui demande i-elle.' Malines peut garder sa superbe dentelle, Et Ternaux, descendant de rabais en rabais, Fabriquerait en vain les plus soyeux thibets; Elle n'emprunte rien aux vais de Cachemire; Dans un miroir fêlé la coquette se mire : Une toile commune aux fils rudes et torts Sous sa dure enveloppe emprisonne son corps; Et rempart impuissant, sous des mains sacrilèges, Elle seule a payé l'écharpe de Baréges. Quelquefois, il est vrai, suspendue il son liras. Elle rougit, se trouble et demande tout bas. De cet accent moelleux qui pénètre et qui touche, Un doux engagement h son ardente bouche; Alors, peut-être alors au seuil Aw Luxembourg,

268 DOUZIEME SATIKK.

Bobineau lui promit moisson de calemhourg;

Aux combats glorieux d'Aboukir et du Caire ,

L'affiche a marié les exploits de Macaire...

Mais qui donc vous repousse avec un froid dédain ,

Et ferme avec fracas la grille du jardin?

Le Luxembourg, en proie à d'insolents outrages,

N'a plus ses rêves frais, la paix de ses ombrages;

Et pareil aux fossés qu'on a comblés à ras.

Son front est éborgné d'un informe plâtras;

Ses élégantes cours se changent en casernes ;

Les fusils sont chargés; inspectant les gibernes,

L'homme-rouge , celui qui tue à trente pas,

Envie à Bobineau ses innocents trépas,

Et s'apprête à greffer, au fil de sa sagaye,

La gloire transnonaine et les lauriers de Blaye.

El pourquoi s'étonner d'un présent désastreux?

Hélas! le temps n'est plus des pensera généreux ; Lorsqu'à ses premiers jouis, éperdue et tremblant* . L'autorité tendait une main suppliante; Et lorsqu'abandonnée à d'odieux détours, Ses Taux embrassements couraient Les carrefours, On vous vit, déployant «1rs programmes crédules, Prêter votre crédit à ses humbles cédules; Car votre cœur, privé de honteux sentiments, Ignore le parjure et se lie aux serments, Et pour des intrigants à vile coterie Verserait un sang pur qu'on doit à la patrie. Jeunes, mais réfléchis: ardents, mais généreux, L'École vous reproche un vouloir chaleureux;

Vous aimez le scandale et protégez le vice. Dit-elle!... Vous, grand Dieu! vous aime/ la justice, Indoctes à fléchir sous le joui; d'un doyen, Façonnés de bonne heure aux droits du citoyen, De votre cœur ardent la jeune exubérance Désapprouve L'intrigue el flétrit L'ignorance. Le jour viendra bientôt où nos maîtres altiers,

270 DOUZIEME SAT1RK.

Habiles à franchir de ténébreux sentiers, Les yeux fixés au sol, le Iront couvert de honte. De leurs longues erreurs auront à rendre compte, Et la toge usurpée, et l'ignare bonnet, Tomberont en lambeaux sous votre martinet.

Marchez donc le front haut et la tête levée; La terre qui vous porte est solide et pavée ; Marchez... Soit qu'arrivant de rivages lointains, Aux brumes de Paris encore mal déteints, Paris émerveillé se récrie et s'étonne Du haie qui brunit votre tête bretonne ; Soit que dans votre cœur de dévouement grandi Rebondisse en torrent la lave du midi ; Telle dans son harem l'odalisque voilée , Telle dans nos caveaux la plante étiolée, Tel, à l'ombre qne jette un soleil réfléchi,

LKS III DIANTS i;\ VIKDECINE 271

Votre cœur s'est calmé, voire teint ;i blanchi.

Un an, peut-être, un an votre voix délirante, Dernier mugissement d'une vague expirante, Livrée à de bruyants, d'intermittents éclats, Sonnera coup sur coup son irritable glas; Mais bientôt le contact d'austères habitudes. Et de graves pensers, et de graves études. Changent, en comprimant un jet prémature. Ces feux sans consistance en un feu lent, sacré, Oui, rongeant en secret les âmes embrasées Brûle sans étincelle <it s'étend sans fusées.

Tels vous êtes, amis, tel moi même je fus : L'infortune jamais n'éprouva vos refus;

Jamais, hors du contact de honteuses pensées, Espérances d'honneur ne furent mieux placées ; Vienne donc le pouvoir vous accuser demain, Je le ferai rougir, votre vie à la main.

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1. ancien restaurateui de la place Sorbonne y. Ancien restaurateur de la rue La Harpe. 5. C'esl le successeur de Flicoteaux.

i. Autre restaurateur, qui a reçu des étudiants le nom dnqualiqw par suite de la grande quantité d'eau pure qu'on \ boit

.'>. Petil pain île 2 sous.

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