‹ Némésis médicale illustrée, recueil de satiresChapitre 14 sur 49 · Hormis les mauvais · texte numérisé non relu

Hormis les mauvais

2. Voir, pour la confirmation de ce fait, la spirituelle brochure de M. Louyer-Villermay neveu, sur la patente des médecins.

5. En visitant l'île d'Haïti pour des recherches d'histoire naturelle , le docteur Alexandre Ricord apprit qu'un confrère de ses compatriotes venait d'être mis en prison pour n'avoir pu payer sa patente; le docteur Ricord demanda au président J.-P. Boyer de le faire mettre en liberté, et d'abolir la patente pour éviter que ce désagrément n'arrivât à d'autres médecins. Son excellence fit droit à ces deux demandes , et depuis lors les médecins ne paient plus de patente à Haïti.

4. Les médecins sont, en effet, exempts de tout droit d'exercice et de tout service dans les gardes urbaines en Italie ; ils y sont aussi exempts de la contrainte par corps.

NOTES

5. Ce fait est historique. La Gazette des hôpitaux (Lancette française), et après elle tous les journaux, ont répété le fait suivant : Madame Asselin, veuve d'un médecin mort du choléra , réclamant près du juge de paix du sixième arrondissement des honoraires dus par un malade que son mari avait sauvé de cette affreuse maladie : « Je m'étonne, dit le juge, de cette réclamation; les médecins n'ont- ils pas été assez récompensés par les éloges des journaux !!! »

6. Les condamnations de MM. Hélie, Thouret-Noroy et autres, viennent à l'appui de ce que nous avançons ici sur la partialité de certains tribunaux

lre SÉRIK.

De son passage est-il un roi qui laisse Au pauvre peuple un si doux souvenir?

Béranger.

Quand le triste parti dont Périer était l'âme, D'un effort couvulsif agitant l'oriflamme , Au reflet incertain de pâles oripeaux Guidait son corbillard vers le champ du repos; Aucun trépignement n'accompagnait cette ombre, Et le corps revêtu d'un voile froid et sombre,

Quittant son frac de cour pour des habits de deuil, Officiellement descendait au cercueil.

Ah! ce n'est point ainsi que des luttes publiques Arrivaient au tombeau ses amis politiques, Tribuns morts à la tâche et martyrs de leur foi. Et Lamarque, et Constant, et Manuel, et Foy.

On entendait alors gémir la France entière; Et du peuple agité l'ondoyante bannière, Belle de chevelure, à plis désordonnés.

Marchait à des signaux que nul n'avait donnés.

Plus calme, et cependant non moins grande et moins belle, Où se rend cette foule à marche solennelle,

Que les larmes aux yeux suit un peuple en haillons, Et dont les rangs épais confondent les sillons? Est-ce encore un Périer dont la vie éclatante S'entoure au dernier jour d'une pompe insultante, Et du funèbre char, du coûteux monument Quelque nouvel impôt paîra-t-il l'ornement/... Un impôt, dites-vous? Ah! dans ce long cortège, Que de soldats armés un faible rang protège, Où d'un modeste éclat brillent quelques rubans, Sont trois mille écoliers qui sortent de leurs bancs ; De trois mille habits noirs la lugubre harmonie Trahit l'incognito de la cérémonie.

Cette robe écarlate à reflet incertain, Elle s'usa trente ans aux travaux du matin , Et la croix d'officier sur ce cercueil jetée, Que par les pleurs, le sang, d'autres ont achetée, Dupuytren la gagnait, lorsque, croisant leur feu, Les obusiers royaux mitraillaient l'Hôtel-Dieu , Ou qu'aux murs de Paris, sous sa porte envahie, 11 étanchait le sang versé pour la patrie.

Voyez qui suit le char, sans croix, sans ornements C'est le vengeur de Ney , l'intrépide Excelmans ; Là de Rotschild à pied la tristesse opportune Cache sa baronie et voile sa fortune.

L'Institut, il est vrai, du public débordé Semble suivre à regret sous son habit brodé; Et, Pindare éternel, au luth académique Pariset en bronchant fausse un panégyrique. Pêle-mêle après lui, Villemain et ïhenard De leurs regrets publics ont affiché le fard, Et de la Faculté risiblement drapée, Troussant nonchalamment une robe fripée Le doyen qu'embarrasse un public curieux, Lève moins hardiment ses erratiques yeux, Et le front traversé d'une profonde ride Pour la première fois rougit et s'intimide.

Loin tous ces histrions et leurs feintes douleurs ! Donnez à notre deuil de véritables pleurs ; Pourquoi n'a-t-on pas vu, sur une humble civière , Ses propres infirmiers porter au cimetière Le corps qu'on eût couvert du plus grossier linceul , Où la reconnaissance eût écrit un nom seul , Dupuytren... Par ce nom aussitôt dominée, A ses justes regrets la foule abandonnée Eût avec plus de pleurs et de recueillement Du moderne Paré suivi l'enterrement.

Mais on s'était nourri de plus haute espérance; Pardonnez..., il avait un gendre pair de France, Et d'un nom sans aïeux, à moderne écusson, On a cru qu'il fallait rehausser le blason... Pardonnez..., c'est le fruit des chimères humaines, C'est le dernier écueil des vanités mondaines, Et ce haut catafalque, à grands frais élevé, Est un néant de plus qu'un mortel a rêvé. Venez donc, noble comte, orgueilleuse famille, Vous qui portiez son nom, vous qui fûtes sa fille,

Comtesse de Beaumont, retenez vos douleurs; Dupuytren vit encor, pourquoi verser des pleurs? Pourquoi ces chants de mort, ces hymnes tarifées0 Sa gloire a traversé de stériles trophées; C'est son corps seulement que d'un pas solennel Mille hommes vont porter au repos éternel.

Ah! quand pour honorer sa dépouille mortelle, A ce char triomphal la jeunesse s'attelle , Et qu'en rangs épaissis, au funèbre cordon Sa populaire ardeur se jette à l'abandon. Vaisseau désemparé battu par la tempête , Le char incline au loin son imposante tête,

Et son front couronné de panaches mouvants, Où semblent se jouer les funéraires vents, Marie au bruit lointain de l'essieu qui résonne Le long balancement d'un salut monotone.

Que l'École à son gré s'impose tous les ans Des pleurs officiels pour deux cent mille francs ', Par de honteux desseins qu'une main égarée Brise du testateur la volonté sacrée,

Dans la terre qu'on jette au funèbre ravin

D'un odieux regard qu'on cherche un pot-de-vin ;

Ah! laissons célébrer d'une voix attendrie,

Des générosités d'étroite coterie,

Et, guidés par l'espoir d'un sordide intérêt,

D'un illustre mourant marchander le secret.

Oh ! que d'autres pensers ont soulevé notre àme Noblement consumé d'une plus pure flamme, Il faut pour nous séduire un but moins outrageant Que des comptes de banque et des liens d'argent. Oui, malgré l'âpre té d'un rude caractère Et les mille défauts que l'amitié doit taire, De son mandat divin hautement convaincu , Qui, mieux que Dupuytren, aura jamais vécu? Vous, dont le cœur pétri d'une cupide argile A si mal pénétré notre saint Évangile ,

Qui, la jauge à la main, dans un dédain profond,

De notre dévoûment croyez toucher le fond,

Sachez que nul de nous à ses pensers n'allie

Le rebut dégoûtant d'une boueuse lie,,

Et que le pharisien qui hantait le saint lieu

N'a jamais sous nos traits profané FHôtel-Dieu.

Qui donc nous aurait vu sur ses humides dalles,

Les pieds emmaillotés de brillantes sandales,

Et le corps enchâssé dans de soyeux Thibets,

Refuser des secours que l'on paie au rabais,

Et, charançons hardis à la trompe ennemie,

Du travailleur souffrant sucer l'économie?

Ils ne sont pas chez nous, mais au rang des boursiers,

Les Walpole honteux, les Fouquet dépensiers;

Et notre Dupuytren, dont la haute fortune

Comme un fardeau trop lourd déjà vous importune,

Savez-vous les travaux où furent épargnés

Ses quatre millions loyalement gagnés ?

L'or ne lui parvint point en oisives rosées;

Et son vieil habit vert à coutures usées

A de secrets comptoirs ne s'est jamais sali. De billets d'hôpital son gousset est rempli, Votre main, qui se porte à ses larges sacoches, N'a qu'un pain de deux sous à tirer de ses poches Et son pied est chaussé, sdr un sol dévorant, Du sabot limousin qu'il avait en entrant3.

A ses travaux pourtant que d'heures dépensées! Que de fois, dominé par de graves pensées, On le vit, sans regret écourtant son sommeil, Aux heures du matin devancer le soleil ! Soit qu'il livre aux baisers d'une aurore brillante A l'orient d'été sa crinière ondoyante , Soit qu'aux brumes d'hiver sous l'horizon chenu, L'astre long-temps tardif cache un front terne et nu, Aux tristes aegrotants qui peuplent ces demeures, Dupuytren tous les jours va consacrer cinq heures;

Et devant deux cents lits deux cents fois arrêté , Reculant les jalons d'un art illimité , De ses plus hauts secrets dépouille la nature. Vingt ans il sait garder sa noble dictature; Au seuil de l'Hôtel-Dieu, Cincinnatus altier, Du soc de sa charrue improvise un levier, Et des rameaux épars du chêne qu'il émonde , Son cerveau tout-puissant fertilise le monde.

Et comment voulez- vous qu'il ne féconde pas , Ce concours d'auditeurs qui suit partout ses pas, Qui, de chaque malade environnant la couche, Recueille la parole au sortir de sa bouche , Et n'attend tous les jours qu'un geste , un mot de lui , Pour réfléchir l'éclat dont son regard a lui ? Prêt à jeter son germe au sein d'un sol fertile , Voyez-le traversant le vaste péristyle;

Le long tablier blanc battant sur son talon .

Sa jambe qu'emprisonne un étroit pantalon ,

Ses cheveux gris flottants sous sa vieille casquette ,

Sa tenue à la fois négligée et coquette ,

Son torse vigoureux, comme un buste ébauché.

Sur un axe inégal négligemment penché;

Tout commande chez lui le respect et la crainte;

Mais ses traits sont creusés d'une fatale empreinte ,

On dirait qu'aux soupçons dont il fut obsédé

Cet homme malheureux a constamment cédé;

Que contre les ennuis auxquels il est en butte

Il veut éterniser une incessante lutte!....

Voyez-le promener ses yeux presque égarés,

Mâcher entre ses dents ses ongles déchirés;

Il voit, il entend tout, le moindre bruit l'éveille;

A l'inquiet écho d'une électrique oreille ,

Le seul nom d'un rival à voix basse épelé

Vibre comme un bourdon à grand bruit ébranlé.

A sa fierté pourtant croyez-vous qu'il déroge?

Tandis que du regard la foule l'interroge ,

Qu'elle le juge en proie à des pensers distraits ,

D'une lèpre douteuse il a saisi les traits,

Deviné le fongus à l'aspect équivoque;

A l'illustre étranger qu'à dessein il provoque ,

Par un mot caressant de sa bouche sorti ,

Il se plaît à donner un sanglant démenti ,

De questions sans fin l'assaille et le torture ,

Lui dément tour à tour, lui prouve une fracture ,

Et d'un abcès profond , qu'il l'oblige à nier ,

Son scalpel insolent traverse le foyer.

Non que j'aime à vanter cette humeur tracassière; Louangeur maladroit de tours de gibecière ; D'un complaisant discours oserais-je étaler Des actes déloyaux que je voudrais céler? Ah ! sous un autre aspect admirons le grand homme î Est-ce Barthe ou Dupin que Dupuytren se nomme?

Talleyrand médical, doit-il à tout propos Briller de repartie et s'user en bons mots ? Bientôt il y perdrait sa finesse et sa grâce.... Mais tremblant sous le coup d'une haute disgrâce , On l'a vu, dira-t on, sans esprit et sans sel,

Dans les salons royaux égarer un missel 4

A de tels souvenirs pourquoi hocher la tête ? Aux faiblesses de cour l'homme aisément se prête . Et l'État, s'il répugne à de lâches moyens, Doit au lieu de sujets former des citoyens.

On ajoute qu'un jour la royauté flétrie Au baron maladroit refusa la pairie , Et que par cet échec son pays averti Du mandat-citoyen ne l'a point investi ; Et cependant juillet, en dénudant le trône , A brisé son solstice et hâté son automne !

C'est alors que l'hiver, pour lui plein de frimats, L'atteignit sans pitié sous les plus chauds climats , Et de son froid manteau comprimant sa pensée , Nous rendit au printemps sa grande âme glacée 5! Cygne brillant et sourd à l'homicide glas , Dont le chant immortel échappe au coutelas, Les siècles rediront ses succès et sa gloire ; Rien ne peut lui ravir sa page dans l'histoire . Rien, ni ses envieux à grotesques fureurs. Ni ses rares amis , ni ses propres erreurs. L'hôtel-Dieu, dont la mort enveloppe les salles. Ne peut garder mémoire aux vanités royales , Et le vain nom de Charle au haut du mur tracé . Par le souffle du peuple est bientôt effacé 6. En ces lieux on dédaigne une auguste visite, La chaux ronge ou déteint la pourpre parasite ; Et quel que soit le champ du royal écusson, Qu'un légitime lys en orne le blason , Ou qu'en un jet bâtard vainement arrosée, V pousse h l'aventure une tige croisée,

Ire SÉRIE. 26

11 n'est plus désormais de gloire et d'avenir Que pour ceux dont le peuple a gardé souvenir. Le nom de Montyon résiste à la chaux vive; Là, non loin de Gilbert, Y infortuné convive 7, Au marbre consulaire écrits en lettres d'or, De Desault, de Bichat les noms vivent encor, Et mieux qu'aux parchemins d'une bulle encyclique , Au registre immortel d'une autre république, D'une main prolétaire aux modestes crayons Le nom de Dupuytren emprunte ses rayons , Tandis que, grâce aux sucs des royautés pourries. L'herbe va croître aux lieux qu'on nommait Tuileries.

Ah ! c'est que de sa gloire , immortel artisan , Dupuytren dans ces lieux ne fut point courtisan ; C'est qu'il s'y revêtait d'un magnifique rôle, Que les mille auditeurs nourris de sa parole ,

D'une docte harmonie inépuisable écho,

Eussent bâti sous lui les murs de Jéricho;

C'est que veuf d'une voix dont on était avide,

Elle remplit encor l'amphithéâtre vide,

Vide.... car son génie, hélas! nous a quittés.

Qui donc, rendant la joie à nos fronts attristés

Et de nos jeunes gens relevant l'espérance ,

Osera recueillir sa triste déshérence?

Qui donc, ardent et calme, et plein d'un noble orgueil,

Nous fera désormais admirer son coup-d'œil?

Qui , sur ce vieux fauteuil , silhouette magique ,

Le corps rapetissé sur un pivot oblique ,

La voix basse et d'un timbre à tons faibles mais clairs,

De son cerveau grandi lancera des éclairs?....

Ah î quand on a vécu d'une si haute vie , Qu'à l'immortalité le trépas nous convie ,

Si notre char de mort y monte sans cahot , Qu'importe que l'on meure une heure, un jour plus tôt; Qui ne voudrait au prix de telles destinées, De vingt ans de douleurs abréger ses années , Dût, sur son front brûlé d'un été sans printemps, Comme un marteau de plomb tomber la faulx du temps.

NOTES

-o-oisse-c-

1. Dupuytren a laissé deux cent mille francs pour la fondation d'un musée d'anatomie pathologique. La volonté du testateur n'a pas été respectée; on a voulu fonder avec cela une chaire.

2. Autrefois les médecins et chirurgiens de l'Hôtel-Dieu avaient droit à un déjeûner dans la maison; ce déjeûner a été supprimé, mais l'usage s'est conservé de donner à chacun d'eux, tous les matins, une flûte ou petit pain, que Dupuytren emportait dans sa poche comme tous ses collègues.

5. En hiver Dupuytren se rendait presque tous les matins à pied à l'Hôtel-Dieu, chaussé de sabots, selon l'usage de son pays.

4. Allusion à un reproche qu'on a adressé généralement à Dupuytren.

5. Après sa première attaque d'apoplexie, Dupuytren a fait un voyage en Italie.

206 NOTES

6. Sous la restauration on lisait sur les murs de l'amphithéâtre de THôtel-Dieu l'inscription suivante: Charles X a visité V Hôtel- Dieu , le... Cette inscription a été effacée et le buste enlevé aussitôt après les trois journées.

7. On sait que le poète Gilbert est mort à THôtel-Dieu; les vers auxquels il est fait allusion ici sont gravés sur le mur. On voit en entrant à gauche, dans le péristyle, une inscription semblable, placée sous le consulat, en Thonneur de Desault et de Bichat.

« .... Et cependant, comme il n'y a pas que des dupes en cette affaire, on ne saurait appeler un trop grand jour sur elle; c'est là le vrai moyen d'éclairer le public et d'en finir avec les charlatans!! »

(Guérard, Dictionn. de medtxine.)

L'HOMOEOPATHIE

— -&*ce —

Oh! quand à Vanhelmont, d'hérésie entachée, L'audacieux Mesmer arrachait son archée, Et qu'au baquet sacré ses harmoniques sons De ses magnétisés égayaient les leçons ; Qu'à l'ormeau -Busancy par passes symétriques Puységur infusait ses vertus magnétiques ; Quand du saint Hohenlohe aux crédules dévots La poste transmettait les miracles nouveaux ; Ou que dissimulant ses doctrines lascives, Habile à se vernir de teintes progressives,

Ve SÉRIE. 27

Aux pieds du tribunal, le front haut, l'œil hagard,

Enfantin épuisait le pouvoir du regard;

Qui l'eût dit que bientôt une secte nouvelle

Proclamant au hasard sa lutte industrielle,

D'Hohenlohe, Mesmer, Puységur, Saint-Simon,

Oserait affronter le mystique renom?

Thérapeutes chétifs et dont le frac laïque

Trahit l'incognito d'un dogme prosaïque ;

Dont le char embourbé, sur un pesant essieu

A peine à soutenir leur prosaïque Dieu;

Ont-ils pour excuser des essais inhabiles

Le poétique élan des antiques Sibylles?

Brûlants d'enthousiasme et les yeux égarés,

Les voit-on quelquefois sur leurs trépieds sacrés

Hurler péniblement d'audacieux oracles?

Où sont leurs prédicants, leurs martyrs, leurs miracles?

L'agent mystérieux dont ils sont dominés

Commande-t-il la crainte à nos sens fascinés,

Et feront-ils passer sous nos yeux incrédules

De nouveaux possédés, de nouveaux somnambules?

I/HOMOEOPATHIE. 211

Ah ! pour le malheureux qui les suit et les croit Ils n'ont qu'un regard morne et qu'un langage froid ; On les voit tristement en lignes décimales Ranger des unités infinitésimales, Et sans discernement, sans puissance et sans choix, Chaque médicament se déplace à leur voix. Ils disent qu'à nos maux l'ignare médecine Comme aux temps d'Hippocrate offre en vain sa piscine , Que depuis deux mille ans triste et préoccupé Par des docteurs sans foi le monde fut trompé. Comment croire en effet qu'au jeu de nos organes La nature marâtre a caché ses arcanes, Et que dans les débris d'un corps inanimé Ils échappent au feu qui nous a consumé ! Sur le siège du mal , sur ses causes premières, Avons-nous donc besoin de nouvelles lumières? Des symptômes groupés cette cause ressort !

C'est LA FORCE VITALE EN TOTAL DÉSACCORD' !!!

Qu'à cette vérité votre foi soit ouverte ; Hahnemann mit douze ans à cette découverte 2 ! Douze ans de longs travaux qu éclaira le soleil , Douze ans où de ses nuits fut troublé le sommeil Grâce à lui , désormais vingt siècles de ténèbres Cessent detre livrés à des lueurs funèbres, La saine vérité de ses doigts éclatants Va rayer le mensonge au registre des temps....

A quelles vanités notre orgueil nous expose ! Recherchant de nos maux la nature et la cause , Ignares médecins, savons-nous seulement Que de ces maux la psore est l'unique ferment Oui , cet infortuné que le cancer dévore Doit ses élancements à la hideuse psore ; Cet autre qu'envahit un pus tuberculeux. Ou qu'étouffe le croup, qu'est il donc? un galein

L'HOMOEOPATHIE

11 n'est pas de douleur que la psore n'avive. Vous souffrez des élans d'une migraine vive ; Inexpert naviguant le ressaut du hamac A , de chocs imprévus, froissé votre estomac ; Vos flancs sont largement distendus par l'ascite ; Au milieu des transports d'un amour illicite Le chant d'une Sirène au brisan d'un rescif Des avirons d'Hygie a privé votre esquif : Gardez- vous d'accuser l'ascite ou la migraine ; La psore et non l'amour usa votre carène ; Le temps en fait saillir les mille trahisons ; Locuste lui devait ses plus cruels poisons. Et sans l'activité de sa marche ambiguë Impunément Socrale aurait bu la ciguë.

Hélas! lorsqu'en nos murs la misère engendra Ce fléau dévorant qu'on nommait choléra 1 ;

La mort, dit Hahnemann, trempait sa faulx brutale

Aux réservoirs affreux du virus de la gale ;

Et dans nos corps livrés aux tourments de l'enfer,

D'avides Acarus 5 plongeaient leurs dents de fer.

Et moi qui, sur la foi des matrones de Corse,

Du derme boutonneux étudiais l'écorce ;

Qui , crédule et sans crainte , aux rayons du soleil

De l'horrible sarcopte épiais le réveil ;

Qui , dormant sur la foi d'un heureux horoscope ,

Apprenais de Raspail à lire au microscope ;

Moi qui m'inoculais, sans froncer le sourcil ,

L'animal à sillons dont je suivais le fil ;

Détracteur insensé d'une nouvelle secte ,

J'observais et la vie et les mœurs de l'insecte,

J'allais peindre ses traits d'un innocent pinceau,

Et nourrir de mon sang un vampire au berceau

Malheureux..., j'aurais donc, jouant avec la psore, Ouvert imprudemment la boîte de Pandore ; Et sans les bons avis de l'illustre Hahnemann , Livré notre univers aux dents d'un caïman î

L'HOMOEOPATHIE. 215

Hahnemann m'épargna ce désespoir d'Oreste ; Lui seul m'a préservé du contact de la peste; Calmant en un clin-d'œil mon odorat tendu, Le suc de pulsatille au millième étendu , De son sucre de lait imbibe les globules 6; Son parfnm se répand en invisibles bulles; Par mon actif cerveau le remède est couvé, La psore est expirante et le monde est sauvé.

Ah! pour l'esprit du sage il n'est point de vétille..., Que dis-je!... est-il besoin du suc de pulsatille? Croyez-vous qu'Hahnemann, esclave d'un seul fait, N'offre qu'un amalgame à son sucre de lait? D'un mélange hardi quelquefois il ordonne Au millionième un grain de belladone, Et mille fois dissous le camphre ou l'aconit A l'heureux véhicule et s'infuse et s'unit ;

S'il nous faut témoigner des vertus du mélange. Une femme crédule a pris trois mois le change , Elle a substitué trois mois innocemment Des capsules de chasse à son médicament; 0 merveille de l'art! de la fébricitante Les capsules doublaient la vertu militante, Et grâce au long repos de l'indolent mari , La boîte s'est vidée, el la femme a guéri.

Simili simile ... Honte pour Hippocrate; La nature sans lui s'est fait homœopathe; Au feu de la rougeole, et par un coup de dé, Une dartre rebelle a bien des fois cédé; Telle au bras vigoureux qu'on plonge dans la glace , La chaleur est éteinte, et la rougeur s'efface: Mais bientôt bouillonnant d'une vive chaleur, Les irritables chairs ont repris leur couleur;

L'HOMOEOPATHIE Simile simili... C'est la loi de nature ;

Brûlons-nous jusqu'aux os pour braver la brûlure, Un froid de vingt degrés amène le dégel, Et criblé de blessure, on se rit du duel 8.

Cependant si, pourvu d'une âme moins stoïque, Timide et redoutant le remède héroïque

1" SÉTUF.

Dans le Rhône ou le Rhin vous tombâtes noyé , Si, frappé d'asphyxie, étouffant, foudroyé, On veut bien vous livrer à des soins sanguinaires Hahnemann vous invite à l'appel des contraires . Et vous pouvez alors, dressant l'auto-da-fé , Rallumer votre vie aux laves du café9.

De l'homœopathie admirez l'artifice; C'est quand vous êtes mort qu'on fait un sacrifice Mais la main qui prescrit un emplâtre de poix De vos démangeaisons ne sent pas moins le poids Ah! sans l'alternative où le sort l'a placée, Elle vous eût couvert de choucroute glacée 1 1 ; Et pour mieux satisfaire à votre corps souffrant. Eût changé votre lit peut-être en restaurant ! Encor, si leur palais, dont le bon goût les flatte, Se contentait de mets à dose homœopathe ; Si la truffe a parfum dont Véfour est garni Pouvait se diluer pour eux à l'infini ; Si de leur estomac les ardeurs animales S'apaisaient aux saveurs infinitésimales ;

L'HOMOEOPATHIE

Vous pourriez bien alors, pour plus de sûreté, Homœopathiser aussi votre santé, Et pour lui témoigner vos transports légitimes, Payer l'homœopathe en modestes centimes18.

Fier des lambeaux épars de son pourpoint troué Vous le verriez alors, d'un visage enjoué, A travers les haillons que son orgueil défie, Trahir l'émotion de sa philosophie.

Ah! qu'il serait heureux de cet événement! Tout est vertu chez lui, désintéressement; Au tonneau dénudé du nouveau Diogène S'assied dévotement la charité chrétienne ; Mais aux lieux où l'aumône a sonné dans sa main, Le rencontrerez-vous encor le lendemain ; Aux fastes bienheureux de sa maigre légende Inscrira-t-il encor la folie allemande ?

Disciples d'Hahnemann, vos hauts faits sont connus; N'accusez pas d'erreur nos esprits prévenus; Vos secrets sont à jour, et notre complaisance Dans son laisser-aller vous donna trop d'aisance; Trois mois à l'Hôtel-Dieu Bally vous a soufferts ; Trois mois il vous laissa ses registres ouverts ; Dans ses essais Andral a mis un soin extrême; Qu'a-t-il fait, cependant, qu'avez-vous fait vous-même? Un de vos adhérents, dans sa sincérité, Du poste de l'honneur seul n'a pas déserté ,3; D'autres ont fui bientôt une funeste lice ; Transfuges de combats, mais héros de coulisse, Comme à Polichinelle on fournit des tréteaux, Ils voudraient qu'on dressât pour eux des hôpitaux 4; Si, sur les ais mal joints d'un tremplin à bascule, Ils pensent se soustraire aux traits du ridicule , Que sur leurs corps sanglants en pétille le set ; Bouillaud les signala manquants à son appel; D'Andral et de Bally la voix sonore et forte A proclamé tout haut que leur doctrine est moi te.

L'HOMOEOPATHIE

Et la France entendra cet unanime cri

Que de tous leurs clients pas un seul n'a guéri.

Vous qui de bonne foi suiviez des rêveries. Désabusez-vous donc, quittez ces jongleries. Persistez-vous encor?... voyez le charlatan Qui va nous étourdir du bruit de son tam-tam, Devant qui sous vos yeux une foule se rue ; Vous semblez dédaigner l'empirique de rue, Et votre front rougit des sataniques tours Du dentiste ambulant qui pose aux carrefours; Vous croyez l'accabler d'un courroux légitime. Eh bien, plus que pour vous j'ai pour lui de l'estime; Pourquoi fixer sur lui des yeux pleins de courroux ? Soyez plus indulgents, car il vaut mieux que vous. A mentir au public votre esprit se torture ; Plus franc il a du moins affiché l'imposture ,

Et montre aux yeux de tous, en dépit de la loi , Plus d'esprit, plus de grâce et plus de bonne foi.

Descendez , descendez dans votre conscience ; Croyez-vous qu'Hahnemann ait fait de la science? Pouvez-vous à travers sa lourde fausseté Écrire un nouveau fait , lire une vérité ? Ah ! de l'infortuné que tourmentent ses songes Supportons les erreurs, pardonnons les mensonges L'enthousiaste ardent dont le front égaré Sort des plis rayonnants de son manteau sacré , On peut le plaindre encor, quelquefois on l'admire De sa seconde vue on suit le point de mire ; Sous le bras opprimant d'un despote vainqueur On voit luire ses yeux , on sent battre son cœur ; Dans les frémissements d'une pénible extase Il se débat au moins sous le Dieu qui l'écrase;

L'HOMOEOPATHIE. 223

Mais le froid imposteur qui, trompant froidement , Ment à sa conscience et sait fort bien qu'il ment; Dont l'avide calcul a caché l'imposture ; Qui voit sa base fausse et qui pourtant l'assure ; Du poids du déshonneur que son nom soit flétri ; Que l'avenir vengeur l'attache au pilori. Je préfère cent fois ce moderne copiste , L'homme aux six traitements, l'électro-terpathiste ; Au public confiant il prédit mieux son sort ; Il a pris pour enseigne une tête de mort 5.

NOTES

1. Tout ce qui précède contient l'exposé fidèle delà doctrine d'Hahnemann; ce dernier vers présente textuellement la définition qu'il donne de la maladie. {Organon, p. 4 et ailleurs )

Page 1