Tons ces détails sont historiques
8. Voir, Gazette des hôpitaux, 18, 20 et 30 avril 1835 , les énergiques réclamations de MM. Chauffard, Piorry, Cayol, Rochoux et Sandras.
9. M. Louis a publié un livre intitulé: Examen de V Examen des doctrines de M. Broussais.
« Les élèves travaillent ordinairement quinze jours d'avance pour chaque examen... Total, soixante-quinze jours d'étude pour cinq examens. Premier examen... deuxième... troisième... huit ou dix sciences en une heure, cinq minutes chacune!!! Quatrième examen, même dérision... Payez. Cinquième examen, même farce... Payez. Sixième (thèse). Payez. Dignus est intrare... L'argent fait tout, on ne renvoie jamais un homme qui paie...
»... On reproche à l'École de Paris de favoriser le commerce des thèses; plusieurs professeurs eu fabriquent, dit-on, pour assez bon marché.»
(L'École de médecine jugée par Dupuytren. Voir Gazette des Hôpitaux, 15 mars 1836.)
Qu'avec ravissement je remonte les âges ! J'aime à me rappeler ces antiques usages Où nos pères jadis imprimèrent leur sceau, Dont ils ont de notre art déguisé le berceau. Cette pompeuse école à la brillante estrade, Où siègent fièrement en ses jours de parade,
Du sceptre médical usurpateurs sacrés, Vingt potentats soyeux d'éearlate moirés; Qui d'un fer à cheval d'agrégés stagiaires 1 Se forme une ceinture aux replis tutélaires, Mêlant leur habit sombre au reflet d'apparat Qu'un plus riche surtout prête au professorat ; Jadis pn la voyait et plus souple et moins fière Aux plus humbles quartiers déployer sa bannièn Et pâle du savoir qu'elle portait au loin S'asseoir modestement sur la paille ou le foin. Bacheliers et régents à science naissante Y venaient échanger la parole puissante , Et nuit et jour épris d'un informe factum , Feuilleter de Rhasès le Continens totum 2.
Laissons-la, direz-vous, s'agiter dans sa sphère D'un lieu plus éthéré respirons l'atmosphère;
Sortons de cette rue aux étroits cabanons,
De ces sales quartiers dont on sait mal les noms;
Voulez-vous d'un doyen rabaisser la tiare
Aux établis obscurs de l'impasse Fouarre 3,
Ou, de la métropole envahissant les chœurs,
D'une robe de chantre affubler nos docteurs 4 ?
Non, certes; mais ces lieux que votre orgueil méprise
A maint savant illustre ont donné la maîtrise;
Là, bien mieux à l'abri, fatigués moins souvent,
Les moulins à docteurs n'allaient pas à tout vent ;
Dans cette vieille école à modeste demeure
Jamais on ne soutint d'examen d'un quart- d'heure,
Et jamais nul régent n'a d'un maigre devis
Formulé sa licence à quatre vis-à-vis5.
Là, dans ces mêmes lieux que poursuit le sarcasme,
Des cœurs d'adolescents battaient d'enthousiasme,
D'un immonde fumier faisaient jaillir de l'or,
Et, deux cents ans passés, nous étonnent encor.
Jetez donc sur ces temps un coup-dœil rétrograde; Voyez ces écoliers monter de grade en grade. Et des difficultés du baccalauréat Entraver à la fois licence et doctorat. Qu'importe des vieux us la bizarre férié ! Riez de l'accolade et de la vespérie % Riez de ces banquets où près du maître assis Un imberbe docteur échange des lazzis, Où le vin coule à flots et va rougir la terre , Où la bruyante joie éclate au bruit du verre7; Oh ! vous avez raison, ma bouche est de moitié A rendre avec usure un rire de pitié.
Mais ne craignez-vous pas que le temps ne ramène Cet examen sans fin qui dure une semaine, Et comme un long complot tous les matins ourdi Naît à la sixième heure et ne meurt qu'à midi8; Où six heures durant, ardents à vous confondre , Régents et bacheliers vous somment de répondre : Où de mille arguments votre corps tatoué Sur le siège fatal a demeuré cloué.
Et si vous sortez sains de ces rudes épreuves, Et de votre savoir avez fourni les preuves, Dignes de prendre place au banc des écoliers , On vous verra deux ans apprentis bacheliers, Aux élèves nouveaux que vous devez conduire Commenter les auteurs, les lire, les traduire; Et lorsque ce travail sest prolongé deux ans, Il faut une autre fois revenir sur les bancs, Et tirailleurs hardis, au feu qui recommence , Par huit jours de combat acheter la licence !
Repus d'adolescence et mûrs de puberté, Vous arriviez alors à votre édilité ; Alors la Faculté, mère tendre et jalouse, Réclamant près de vous tous les droits d'une épouse, Échangeait, en vertu d'un pacte solennel, Contre des nœuds plus doux son pouvoir maternel;
Le doyen présentait, d'une main prévenante, A ses fils adoptifs cette nouvelle amante, Qui revêt, fière encor des labeurs de son flanc, La couronne de vierge et le long voile blanc. Inceste vertueux, paranymphe sévère9, Que l'École applaudit, que le monde révère, Émancipant l'époux avant le doctorat, Et le dotant des droits d'un premier majorât.
Pourquoi ces tours de force et ce lien futile, Diront les dix intrus dont la robe inutile A quinze ans balayé de ses plis ondoyants Le parvis que leurs pieds ont dépoli quinze ans? Voyez comme en effet et plus simple et plus belle Une réception chez eux se renouvelle; Comme à l'envi surtout se courbent sous leurs lois Les jeunes prétendants vêtus du frac gaulois;
Comme ils soutiennent bien et leur robe et leur thèse! Aiguilles sans aimant et tenons sans mortaise Que pour entrer on huile et qui sortent rouilles, Heureux si le- contact ne les a pas souillés !
Hé bien, obéissons une fois à l'École.
Et de nos propres yeux jugeons une hyperbole. Un élève débute et craint de s'égarer; Sur quel terrain mouvant va-t-il s'aventurer! Base de tout progrès, jadis l'anatomie
« Monsieur, dit le doyen, avant tout la chimie ; Deux ans vous formeront à ce premier devoir ; Un manuel moins vite improvise un savoir Que ne le fait mon cours... C'est un cours de mémoire.
Ah! s'il ne suffit pas à votre ardeur notoire, Que vos fonds aient encor besoin d'être allégés, Je vous indiquerai d'ici maints agrégés Qui de cet examen aplanissant l'étude Vous rendront la science et le travail moins rude , Et qu'avec grand profit, Monsieur, vous entendrez. Dans vos actes, d'ailleurs, vous les rencontrerez; Qu'il est doux d'y trouver de gracieux visages, D'examens glorieux honorables présages !
Vous allez cependant payer en ces deux ans Pour vos inscriptions huit fois cinquante francs ; Ce sont des errements que chacun a dû suivre ; Car, Monsieur, avant tout, la Faculté doit vivre.
« Mais hors du premier choc, qu'allez-vous devenir, Et comment assurer un second avenir?
N'allez pas, croyez-moi, d'un cadavre qu'on gâte Détacher sottement des lambeaux à la hâte,
Barbouiller votre esprit de cent noms à l'envers;
Qu'importe que l'on place un muscle de travers,
Que le fdet nerveux sur qui voire aide opère
Vienne de la cinquième ou de tout autre paire,
Et que dans un canal à trajet sinueux
Passe un flot rutilant ou coule un sang veineux !
On ne s'attache plus à ces vieilles sottises,
Il suffit de nommer nerfs? vaisseaux, apophyses,
De dire, pour garder sa mémoire à couvert,
En quel point du bassin le péritoine ouvert
Voit au feuillet poli de sa trame séreuse
Se confondre en passant la membrane muqueuse.
Ah! de la maxillaire au formidable jet
N'allez pas follement poursuivre le trajet ;
Bornez votre réponse et votre connaissance
Au nombre des rameaux qui lui doivent naissance
Surtout sachez répondre avec calme et lenteur;
Laissez tousser, cracher votre examinateur;
Offrez-lui poliment le beau côté du rôle ;
Qu'il prenne à volonté, qu'il garde la parole;
lr* SÉRIE. 20
Lisez bien dans ses yeux, approuvez chaque fait, Vous aurez son sourire et son très satisfait. »
Après tout, dites-moi, qu'est-ce donc que des luttes Qui se croisent trois fois et durent huit minutes; Où l'on perd un quart d'heure en toilette d'apprêt, Où quatre candidats attendant leur arrêt De l'humeur qui du juge interrompra le somme, Ont pu six mois durant étudier leur homme, Classer ses questions, et par deux ou par trois Sur tous les manuels multiplier les croix? Et que sera-ce encor si le hasard assemble Deux professeurs rivaux qui hurlent d'être ensemble , Dont l'un mène à dia, l'autre tire à hur-haut, Qui mettent par leurs cris tout savoir en défaut! L'un des deux assaillants, quelque mot qu'on prononce, D'un regard courroucé reçoit votre réponse,
Et contre son voisin, hors de ses gonds sorti, En dédain fraternel formule un démenti.
Ainsi cinq fois sans plus, indifférente cible, Vous aurez fait passer aux larges trous du crible, Pour tomber à grand bruit dans un sale tesson Un mélange grossier de farine et de son ; Et vainqueur sans péril, ou vaincu sans défaite, Au cirque médical votre fortune est faite , Si d'un élan bien vif et d'un jarret bien plein Sans écart imprévu vous sautez au tremplin. La thèse vous attend ; là, seul pendant une heure Vous allez à loisir ébruiter leur demeure ; Cinq juges vont peut-être échanger avec vous Des secrets exhumés du journal de Trévoux, Et d'un fait curieux obscurcissant l'histoire A leurs délassements dérider l'auditoire.
Malheur, malheur à vous, si jouant sur les mots Vous n'osâtes risquer un théorème faux Et de quelque hérésie adoptée à la hâte En moderne Arlequin travestir Hippocrale.
Mais déjà sous ma main votre cœur faible bat, Vos genoux ont ployé, votre vertu s'abat; A peine encore assis sur l'étroite sellette , Chasseur découragé, vous sonnez la retraite : On dirait, sans mentir, un dix-cors aux abois Accusant ses jarrets et maudissant ses bois. Eh, que craignez-vous donc qu'ici l'on vous dérobe? Ces juges menaçants n'ont de noir que la robe ; De leur rire bruyant dispersant les éclats, Naguère assis à table ils discutaient les plats ; Du bordeaux, du sauterne et du chaud hermitagc Ils sablaient les bouchons, ils argumentaient lage,
Et le gaz carboné de leur Ai mousseux S élançait au plafond en nuage éeumeux. Voyez, déjà l'un d'eux a faussé sa journée Sa face est rayonnante et sa jambe avinée:
Cet autre, dont l'air froid vous a long-temps glacé, Parlait de lapins morts et d'un lièvre forcé Qui rompit à la meute, et dont un chien de race D'un miasme odorant a dépisté la trace. Peut-être croyez-vous que, votre thèse en main, Et de vos arguments essayant le terrain, Ils ont l'esprit tendu, la mémoire occupée... Votre thèse... voyez... ils ne l'ont point coupée... Pourtant à tous leurs vœux votre ouvrage répond ; L'un le frappe en passant de son dédain profond , L'autre encore endormi, que son voisin éveille , De la thèse froissée admire la merveille ; S'étonne des coups-d'œil, des rires de pitié, Et des chuchottements dont il est ondoyé ; Redouble de respect et renchérit d'éloge. L'heure sonne pourtant et la troupe déloge ; Et lui, fier de son rôle, acteur qu'on a joué, Conséquent au respect qu'il vous avait voué, Vous défend au conseil de sa voix de despote Et de votre adversaire anéantit le vote.
Je l'avoûrai pourtant, quelquefois on fait mieux; Il est des professeurs plus consciencieux , Qui d'un zèle incessant accomplissent peut-être Leur mandat de science et leur devoir de maître ; Artilleurs exercés qui, pourvus de caissons, Passent un examen comme ils font leurs leçons. Comptez-les, ce sont ceux dont l'École s'honore , Dont le nom a souvent frappé l'écho sonore ; Ceux dont la Faculté reçoit tous ses secours , Ou qu'à leur chaire enfin appela le concours. Eh! que voulez-vous donc que de l'élève exige Celui qui tous les mois avec l'honneur transige, Qui sans bruit tous les mois au prix de ses serments, Émarge son silence et ses appointements! Mais vainement le zèle y serait à l'enchère, Et chaque professeur , remplissant mieux sa chaire , Prendrait au sérieux les devoirs importants Dont sous chaque régime il s'est joué trente ans; Ne le voyez-vous pas, il est un autre vice Qui lutte de constance et qui nuit au service,
Et de tout votre espoir entravant le succès S'oppose incessamment à vos heureux essais! Ce vice chaque jour vous montre sa présence ; De votre Faculté c'est la toute-puissance, Son titre officiel, sa longue impunité, Son rouage multiple et son éternité.
D'un bras audacieux sapons ces privilèges; A la hauteur du sol abaissons les collèges, Et qu'un double jury l'un à l'autre étranger Se charge en temps divers d'instruire et de juger. Dès lors vous écartez la honte, le scandale Dont se salit sans cesse une école normale; Et vous ne voyez plus d'indoctes candidats Et d'ignares docteurs s'échapper de ses bras.
Que me font, en effet, et les cinq ans d'étude, Et les inscriptions, et les grands airs de prude
Qu'effarouche d'abord la moindre privante ;
Pudibonde vertu qui dans l'intimité
Sans voiles importuns, sans contrainte passive
Voue à tous les ébats sa nudité lascive ,
Et triomphe à grand bruit quand un amant discret
De ses déportements a gardé le secret;
Comme si ce trafic et ce lâche silence
D'un public clairvoyant trompaient la vigilance;
S'il ne suffisait pas du souffle ou du regard
Pour traverser sa ruse et pour ternir son fard!
Ah! qu'elle est mieux sans doute, et combien je préfère Cette autre Faculté, cette école étrangère, Où libre de son corps, libre de son élan, A volonté l'élève apporte son bilan , Entr'ouvre lentement la formidable arène Et lâche seul l'écluse au courant qui l'entraîne !
Point de scribe exigeant qui jamais ait compté Ses quittances de caisse et de scholarité °; Point de protection, de salut nécessaire ; Point de cours d'apparat, d'officiel glossaire ; Mais quand aux examens l'ont ramené ses pas , C'est à lui de prouver qu'il sait ou ne sait pas ; Prévenu qu'il soutient une terrible lutte, Qu'on l'interroge à l'heure et non à la minute.
NOTES
1. Dans les séances solennelles, les professeurs et les agrégés sont rangés en fer à cheval sur des sièges placés au-devant de l'estrade où sont le doyen et les assesseurs.
2. Ce livre, le plus précieux des huit ou neuf que possédait l'École, ne fut prêté à Louis XI, qui voulait en faire prendre copie, que sous une caution de plus de 1000 livres, déposée par un riche bourgeois de Paris nommé Malingre.
5. La Faculté de médecine siégeait, au quinzième siècle , dans cette rue qui a conservé l'ancien nom que lui avait valu la quantité de foin amassée pour servir de litière aux élèves. La rue du Fouarre est une de ces rues sales et étroites situées aux environs de la place Maubert.
164 ÏNOTES.
4. La plupart des docteurs remplissaient dans l'origine les fondions de chantres.
o. Allusion aux examens actuels, où trois juges interrogent en deux heures quatre candidats, assis devant la même table
<>. La vespérie était une cérémonie qui précédait de quelques jours la réception au doctorat. (Recherches historiques sur la Faculté de médecine, par Sabatier )
7. Ces banquets étaient obligatoires et aux frais du récipiendaire.
8. Les examens pour la licence et pour le doctorat duraient , en elfet, toute une semaine, et de cinq ou six heures du matin à midi.
9. Symbole allégorique en vertu duquel le licencié épousait la Faculté; a cette époque les bacheliers et les licenciés faisaient vœu de célibat et perdaient leur titre en se mariant.
10. A Edimbourg, et dans plusieurs universités allemandes , on est admis aux examens sans avoir pris d'inscriptions et sans justifier du temps de ses études.
lise aux mains rapace
LA PATENTE ET LE DROIT D'EXERCICE
Oui, l'on m'a vu sans doute avec peu de faveur, Moi, critique chétif et modeste docteur, Des médiocrités démasquer l'artifice ; J'ai signalé l'intrigue et poursuivi le vice,
El, Dan tan poétique, en caustiques portraits De chaque faux savant j'ai crayonné les traits Projectile échappé de ma fronde ennemie, Mon vers a quelquefois meurtri l'Académie Et quelquefois encor d'un distique sanglant J'ai de la fière École ecchymosé le flanc.
Mais qui peut m'accuser d'un littéraire crime? Ai je sacrifié quelque nom a la rime?
Montrez-moi le Quinault que mon injuste vers Ou d'estoc ou de taille a frappé de travers ! Deux mille alexandrins sont sortis de ma plume; J'atteins sous peu de jours la fin de mon volume; Et des deux mille vers que je viens de tracer,
11 n'en est pas un seul que je doive effacer
Pas un... Je n'eus jamais de haineuses querelles; Et si j'ai rembruni parfois mes aquarelles,
LA PATENTE ET LE DROIT D'EXERCICE
Au pastiche d'emprunt que je lave à pleine eau Si parfois j'essayai mon rustique pinceau ; Si je n'ai point tenté l'épopée ou l'idylle Sur la lyre d'Homère ou le luth de Virgile , C'est que dès le début, comme frappée à faux,, L'hydre de la faveur renaissait sous ma faulx.
Signalant du pouvoir les actes arbitraires , J'ai vanté cependant les vertus de mes frères ; Leur zèle m'inspirait; leur noble dévoûment Rencontra dans mon cœur un sympathique aimant Aujourd'hui, si du fisc la stupide exigence Une seconde fois provoque ma vengeance , Me verra-t-on, plus faible ou plus mal inspiré, Lâchement me soustraire à ce devoir sacré ! Non, non, je veux flétrir de trompeuses caresses ; On saura qu'à travers un luxe de tendresses
Mes yeux voyaient déjà dans de sinistres yeux Briller l'ingratitude en reflets odieux ; Que pour moi, clairvoyant dans toutes les intrigues, Déjà nos grands du jour escomptaient nos fatigues, Et que l'on était prêt à tourner contre nous Des secours qu'on dédaigne ou demande à genoux. Quand de l'épidémie ils craignaient la victoire Les lâches nous votaient un Panthéon de gloire ; La colonne trajane à notre dévoûment Leur semblait, disaient-ils, un faible monument; Leurs rubans cramoisis se déroulaient à l'aune. Ah ! pour des cœurs ardents où l'amitié bouillonne , Qu'échauffe à notre égard une noble chaleur, Mille médailles d'or ont trop peu de valeur î Mais que l'épidémie un seul instant faiblisse ; Que l'espoir en secret dans leur âme se glisse, A leurs yeux dessillés vous allez voir surpris , L'or reprendre aussitôt sa valeur et son prix. Des médailles d'argent la faible récompense Serait un don trop lourd, une folle dépense ,
LA PATENTE ET LE DROIT D'EXERCICE
Et le bronze que frappe un plus modeste coin Suffit aux dévoûnients dont on n'a plus besoin
Comment a succédé, dans cet effort étrange, Un long concert de blâme au concert de louange? Des services passés, hélas ! enorgueillis, Dormant sur les lauriers que nous avions cueillis, Notre esprit éprouvait une heureuse détente; Nous croyons n'avoir plus à payer la patente , Insensés!... Quoi! la chambre a cinq cents députés, Tous payant plus ou moins, presque tous patentés; Quoi! pour auner ses draps, quelle qu'en soit la laine, On ose rançonner notre Cunin-Gridaine; En dépit des faveurs d'un vote inféodé L'épicier Ganneron, par le fisc taraudé, Ne peut graisser ses doigts d'un paquet de chandelles Sans payer la patente aux aides des gabelles;
Viennet paîrail lui-même un impôt annuel
S'il tenait ou l'avoine ou le foin d'Estagel;
Et nous, bons tout au plus en temps d'épidémie,
A qui nos loups-cerviers ne doivent que la vie ;
Nous dont le dévoûment, si souvent exalté,
De tourments en tourments mène à la pauvreté;
Qui la nuit et le jour, des travaux les plus rudes
Sans cesse assaisonnons nos pénibles études ;
Nous nous joûrions du fisc aux doigts longs et crochus,
Comme si, pavoisés des manteaux de Berchuz ,
De larges diamants la poitrine parée,
Le front haut et superbe et la marche assurée,
Dans nos larges goussets, enseignes de trésor,
Sonnaient ou les Louis ou les Philippes d'or !
Comme si du crochet d'une brillante agrafe
Nous eussions arrêté l'aile du télégraphe ;
Comme si, projetant l'immondice aux piétons,
Icares fortunés de brillants phaétons,
Des sables de Boulogne aux fanges de Lutèce
Nous eussions des huissiers dépassé la vitesse;
LA PATENTE ET LE DROIT D'EXERCICE
Et si le fisc enfin, au preste mouvement, S'était à nous poursuivre essoufflé vainement !
Nous nous essoufflerions à le suivre nous-même , Et sans pouvoir résoudre un pénible problème. Payer sans recevoir... Au trésor envieux, Bien portants, maladifs, pauvres, jeunes ou vieux, Payons ; car notre dette est inscrite au grand livre ; Et, le timbre à la main,, l'huissier, prêt à poursuivre, Nos douzièmes échus, avide et mécontent, Semble indiquer du doigt qu'un receveur attend. Croyez- vous qu'à vos pleurs sa rigueur compatisse? Sur vous s'étend déjà la main de la justice ; Dans votre obscur réduit, au plus haut escalier, Déjà sa main saisit un chétif mobilier; Vos planches de sapin l'une à l'autre liées Ornent du Châtelet les publiques criées.
Heureux si le pouvoir par nos maux averti Chez nous prenait exemple aux nègres d'Haïti! Là de l'avide fisc l'exigence insultante Des médecins aussi percevait la patente;
LA PATENTE ET LE DROIT D'EXERCICE. 175
Et livré sans contrôle aux rigueurs des recors, L'un d'eux y subissait la contrainte par corps. Déjà depuis un mois l'infortune oubliée Courbait sous le guichet sa tète humiliée; Le président, instruit de cette indignité, Fit au docteur français rendre la liberté , Et prompt à satisfaire à sa voix mécontente Un décret du sénat abolit la patente 3.
Autres lieux, autres mœurs ; une indulgente loi Permet au président ce qu'il défend au roi ; Chez nous s'il intervient, le royal Ministère Rend les verroux plus lourds, la geôle plus sévère ; Le médecin chez nous subit tous les ennuis ; Au public riche ou pauvre il doit toutes ses nuits; Et quand les feux du jour, les nocturnes gelées Ont lentement miné ses forces mutilées;
Lorsque debout encore après un long réveil Il a compté huit jours des heures sans sommeil , Du civique fusil l'épaule embarrassée, Et dans ses fourniments la poitrine encaissée, On le voit d'insomnie et de labeur transi, Prolétaire sans droits, corvéable à merci , Flétri civilement d'une enfance éternelle, Aux portes du château poser en sentinelle , Et présenter, le front par son schako rayé, Les armes au faquin qui ne l'a point payé ! ! !
Sous le joug des Germains pesamment avilie, Nous trouvons plus d'égards dans la molle Italie ; Moins malheureux que nous, nos frères transalpins Échappent aux lazzis des Mirabeau-Scapins; Le fisc ne s'attend point à de viles aubaines; Ils ne sont point inscrits dans les gardes urbaines,
LA PATENTE ET LE DROIT D'EXERCICE
Et peuvent sans soucis et sans impôts d'argent Visiter ] 'infortune et soigner l'indigent \
Le médecin français d'un poison délétère Doit s'infuser trente ans la putride atmosphère ; Et par trente ans de peine et trente ans de danger Se faire un avenir incertain, mensonger. Quand, sous un long travail succombant de faiblesse , Le temps a découvert sa précoce vieillesse ; Qu'à peine il a gardé pour apaiser sa faim Une mesquine épargne et des bribes de pain ; Pressuré de patente ou de droit d'exercice, Mourant, il solde au fisc son dernier sacrifice, Mort, sa veuve et ses fils du paternel foyer Désertent tristement le modeste loyer, Abreuvés de dégoûts, de douleurs, de misère; Passants, jetez l'obole aux fils de Bélisaire ,
Jetez... leur père mort, forçat noble et sacré, Des chaînes de son bagne est enfin libéré.
Au palais de Thémis, législateurs avides, De l'urne du scrutin prompts à remplir les vides, Dites s'il faut encor d'un impôt éternel Nous soumettre au droit fixe ou proportionnel ; Dites si quelquefois votre loi somptuaire A prévu qu'en mourant il nous faut un suaire , Ou si le fossoyeur d'avance est convenu De couvrir de poussière un cadavre tout nu ! . . .
Mais la loi, dites-vous, cette loi sacrilège Sur tous les créanciers nous donne un privilège,
LA PATENTE ET LE DROIT D'EXERCICE. 179
Et, la mort arrivant, nous pouvons s'il nous plaît Confondre notre dette aux gages d'un valet...
Merci... Notre science au sein d'un Dieu ravie Apprend-elle à prix d'or à conserver la vie? Nous avons plus d'orgueil et nous n'escomptons pas Des frais enregistrés au comptoir du trépas. Quittez donc le souci dont sans cesse on vous berce; Elles nous iraient mal vos taxes de commerce ; De vos feintes faveurs nous n'avons pas besoin Et rougissons pour vous de ce lugubre soin. Exigeons-nous jamais des dettes contestées / Jamais au tribunal nos traites protestées Ont-elles, présageant la prison, les douleurs, Arraché ces verdicts qui font couler des pleurs? Hélas! si quelquefois nos veuves malheureuses Invoquent en tremblant vos lois aventureuses.
Si, réclamant les droits d'un époux au cercueil . On les voit s'avancer en longs habits de deuil; Trop lentes à calmer leurs timides alarmes, Et les yeux encor pleins de douloureuses larmes, Contre d'ingrats clients en termes de palais Présenter leur supplique à vos juges de paix; Adulateurs zélés de l'aveugle fortune, Ces juges, fatigués d'une plainte importune, S'étonnent qu'on attache un prix à des travaux Qu'a largement payés l'éloge des journaux5!!!
Suivez-nous maintenant dans vos champs, vos montagnes, Nous, serviteurs de glèbe, ilotes de campagnes, Qu'un manant va narguer de toute sa hauteur. Qu'on rabaisse au niveau du dernier rebouteur: Dont la garde-malade ose avec arrogance Discuter le conseil, critiquer l'ordonnance.
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Quand nous seuls répondant de tous les insuccès Devant les tribunaux soutenons les procès; Nous, qu'on traque à plaisir, dont le chétif domaine Semble servir d'appât à l'injustice humaine; Nous, sans discernement, au parquet corrigés, Victimes de sa haine ou de ses préjugés1; Nous, dont vous exigez un constant sacrifice.
Sans regret nous paîrons votre droit d'exercice; Mais donnez-nous au moins, donnez-nous l'impudeur De citer devant vous un ingrat débiteur; A ceux dont le rebut sans cesse nous outrage De refuser nos soins donnez-nous le courage. Ou, si vous l'aimez mieux, privez donc de son pain Ce malheureux qui souffre et dont les lîls ont faim; Prélevez sur leur sang un impôt qui vous tente ; Allez, les mendiants pairont notre patente:
Nos soins leur sont gratuits, à tous distribué
Par eux notre travail n'est pas rétribué.
Au fond de leurs greniers envoyez donc vos gardes :
Allez, ils vous paîront... Et si dans leurs mansardes
Quelque argent se découvre à votre œil étonné.
Prenez-le, car c'est nous, nous qui l'avons donne! !
NOTES