CHANT TROISIÈME
at r.unc horreotia Martin
Arma, v ironique cano.
Virgile.
Bellone et Mars . apprêtez vos clairons . Les professeurs sont parfois fanfarons : Pour célébrer leur brillante défaite .
Muse des camps . prête-moi ta trompette . Et que le son de mon cor belliqueux Tienne en éveil tous les cœurs vaniteux.
Oh ! comme on vit la gent à souquenilles Se dépouiller de ses noires guenilles , Et s'éclipser à travers les couloirs!
Pas un des pairs ne restait aux parloirs ; Le potentat , qui grelotte et qui sue , Montre du doigt une secrète issue; Et cependant qu'aux portes du palais Les agresseurs assiègent les volets , Et cependant que guidés par des traîtres , Ils vont briser les carreaux des fenêtres; Minces d'effroi , par l'escalier du fond , Les criminels s'échappent au second.
De pièce en pièce et d'armoire en armoire Les plus tardifs de tout point repoussés , Dans certain lieu dont j'ai bien la mémoire > Mais dont le nom salirait mon histoire , Se sont, hélas! pêle-mêle entassés.
LORFILAÏDE
Ah ! laissons-les dans ce lieu de délices; Sur d'autres points sont ouvertes les lices : Le tintamarre à chaque instant s'accroît, Et de la cour le champ est trop étroit. Là sont aussi ces forbans de coulisse, Dont tout l'essaim dans la foule se glisse , Soufflant partout un désordre fatal, Et s'éclipsant quand ils ont fait le mal. De cette horde il fallait voir la rage ; Des sons aigus que la vitre rendait On aurait dit que leur sort dépendait : Sur les volets exerçant leur courage , On les voyait bouillants , échevelés , Par les limiers tour à tour appelés , D'un lourd bélier que l'un d'eux improvise Frapper au chœur la scoiastique église ; Les poings fermés entourés d'un mouchoir, Sur les vitraux d'autres se laissent choir, Et pleins d'orgueil de leurs exploits d'Hercule , Heurtent du dos la foule qui recule.
V SÉRIE. r,3
338 VINGT-CINQUIEM E SATIRE.
Tel , ce héros que je viens de nommer De ses travaux mit à fin l'entreprise , Tel , le Centaure est tombé de surprise , Lorsque Thésée est venu l'assommer.
Mais tout-à-coup , en ce moment de crise , Au potentat qui veut être vainqueur, Un peu de honte a redonné du cœur ; Il avait vu , dit-on ? par la croisée , Des comploteurs aux rotins menaçants Marcher de front en phalange croisée ; Tout annonçait quelques secours puissants.
Amis, dit-il... Qu'est-ce? répond la foule , Que nous veux-tu , héros au cœur de poule ? Pour ton repos , va , rentre dans ton œuf, Ton jargon s'use et ton frac n'est plus neuf,
L'ORFILAIDE.
Même en haut lieu ton influence baisse ;
De ton élu savoure en paix la graisse ,
Elle est pour nous trop rance... En ce moment
Part de la cour un affreux craquement ;
Sous le bélier que poussent deux cohortes
En longs débris se détachent les portes,
Et vont tomber à plat sur le cristal ,
Qui tout meurtri du contre-coup fatal
Est poursuivi par la pomme de terre ,
Et sous les pieds du cortège infernal ,
N'est bientôt plus que gravois et poussière.
Sur son trépied Hippocrate a pâli ,
Orfila fuit et se montre poli ;
Comme un beffroi l'horloge au loin résonne ;
Désordonnée , au hasard elle sonne ;
La double aiguille , errante en son circuit ,
Semble confondre et le jour et la nuit.
Des comploteurs alors agit l'épaule ?
On a fermé les portes de l'École ; Par un hasard que je crois sans pareil , Sur le tapis, aux tables du conseil.
Exprès afin que la foule la souille , Tous nos jugeurs ont laissé leur dépouille. Robes , bonnets, tout pêle-mêle est là , Hormis pourtant la robe d'Orfila , Que par un soin de prudence notoire , Le possesseur mit derrière une armoire , Devant laquelle en vrais topinambous Tous nos héros se vautrent à genoux.
On aurait dit, honni qui mal y pense î Que le doyen avait tout su d'avance.
Est-ce hasard , ou plutôt prescience , Ou bien encor pour qu'on fît pénitence De tant d'excès et de tant de licence ? C'est l'un et l'autre ; un habile doyen , Pour son salut, garde plus d'un moyen ; Et quand on croit le conduire en menottes A fleurets nus il vous crible de boites.
L'ORFILAIDE. 341
Sur les bureaux du moulin à docteurs Il fallait donc voir à quelles hauteurs Sautaient alors les robes et les loques; Comme un faquin agite ses breloques On tourmentait ces malheureuses loques , On les foulait, hélas ! sous le talon, On en jouait comme on joue au ballon.
Étiez vous donc cousus pour cet outrage , Nobles camails des nobles perroquets ?
De Madelons en Madelons-Friquets , Àf iez-vous fait deux siècles d'héritage , Et sans accroc souffert le verbiage De trente pairs à dégoûtants hoquets, A ces vilains pour être ainsi livrées , Et sans pitié par leurs mains déchirées ?
On pleurnichait à ce triste discours ; Mais un sourire en interrompt le cours. Dans le recoin d'un placard à coulisse ,
Devinez qui se dérobe et se glisse ?
C'est, n'allez pas y chercher un mutin , Ni plus ni inoins 3 c'est l'excellent Martin ! Tiré dehors..., le voilà..., les mains jointes , L'infortuné , pâle , hélas ! comme un mort , Essaie en vain d'attendrir sur son sort ; Oh ! mes amis , je suis aussi le vôtre
11 faut, dit l'un , en faire un professeur; On a bien fait Adelon assesseur ; Notre Martin n'est pas plus sot qu'un autre. 11 est du bois dont on fait un apôtre De la science... ; et s'il veut s'y prêter, Pour peu qu'il aide à se bien ajuster, Que quelques mots avec aise il bredouille ; Au verre d'eau , de peur qu'elle se rouille , De temps en temps que sa langue se mouille, Jamais Moreau , ni Roux , ni Richerand , Dans ses sermons fut-il plus beau, plus grand?
L'ORFILAIDE
Et s'il se garde enfin de la pépie , Chomel jamais fut-il meilleure pie ?
A ce propos éclate un long hourra ; D'une guenille on affuble notre homme ; A la guenille , est-ce ainsi qu'on la nomme ? On joint bonnet, palmes et caetera.
A se masquer c'est à qui l'aidera ; L'un trousse un pan , l'autre passe une manche, Soulève un pli qui charge trop la hanche; Du saint bonnet un autre orne son front. Le malheureux souffre en paix chaque affront , Et ne dit mot aux tourments qu'il endure. Ah! qu'en ce jour sa vie est longue et dure ! Enfin du temple il a quitté le seuil ; On le soulève , il court de tête en tête , Et quelque temps battu par la tempête , A l'autre bout tombe dans un fauteuil.
C'est le fauteuil qu'ont crasse vingt soutanes , Où s'asseyaient et Thouret et Lassus:
C'est le fauteuil aux ornements cossus Où quelquefois a présidé Fontanes , Où toussota long-temps Landré- Beau vais, Qu'avec Cayol autrefois j'enviais , Et pour lequel , avec Dubois Antoine , Certain doyen fit un accord secret , Où l'on n'eut pas le mérite indiscret De stipuler un picotin d'avoine.
Triste témoin des ravages du temps , Qu'il est déchu de sa splendeur première î Lor y brillait en décors éclatants; Tissu soyeux dont l'École était fîère , Rien n'y manquait... ; mais à peine aujourd'hui Quelque paillette , en son bois qui crevasse , Dans certains points ose percer la crasse, Qui se condense où la soie a relui.
Deux ais croisés qu'on emprunte à la porte L'ont soulevé... L'innombrable cohorte ,
L'ORFILAIDE.
D'un pan de robe a levé l'étendard ,
Et chacun suit, revêtant au hasard Ou bonnet noir, ou lais de souquenille ; Et le cortège en traînant la guenille , Du résultat de son scrutin secret
Veut que Martin complimente Breschet ;
L'élu du peuple et l'élu de l'École ,
La larme à l'œil , vont d'épaule en épaule ;
On applaudit à l'accueil solennel
Qui s'assaisonne au baiser fraternel.
Mais au milieu de ces chants de fanfare, Et tout-à-coup, sans qu'on ait crié gare, Un vil essaim de hideux loups garous Des lieux secrets a déserté les trous ; A cet appel les meneurs de l'émeute, Ours rebutants , pourvoyeurs de charniers , La gourde en main tombent comme une meute Sur les mutins qui fuyaient les derniers ; Le bois de fer sur les crânes résonne ; On a , dit-on , dans ce désordre affreux , Vu quelque part combattre l'amazone
L'ORFILAIDE.
Au sein de qui naguère a fait un creux Le sauromate... En sa reconnaissance, D'un saint courage elle éprouve l'accès ; Nouvelle Jeanne à l'obscure naissance , De ses appas on lui ravit l'excès ; A son malheur elle doit ses succès; Son bras sans gêne est brandi devant elle, Et quand le calme au bruit a succédé , Flamberge en main et jupe en sentinelle, Elle est de garde où la foule a cédé.
Ainsi finit cette lutte terrible ; Quelques cerveaux y sont troués en crible , Trente innocents sont clos au violon, Deux cents au moins ont tourné le talon , Qu'ils ont bien fait!.., A l'amazone lasse Velpeau sourit , et même il la délace ;
Prêt à couper ce qui lui reste encor, L'autre côté de son double trésor; Et l'on s'apprête à refaire les robes, Car aux Débals des journalistes probes, Aux vieux rebuts qu'on a crasses vingt ans. Ont assigné pour prix sept mille francs. Breschet rend grâce à sa bonne fortune ; Martin n'a plus de terreur importune, On a rentré le vieux fauteuil roussi; L'École dort de sa douce indolence ; Et le doyen, sûr de son existence, Rêve la sieste aux coteaux de Passy.
Tresse, Orfila, des guirlandes de fête.
Plus de secousse et le combat est clos : Un calme plat succède à la tempête .
Et désormais, convoitant le repos, Le Phocéen peut reposer sa tète Sur le rivage où vont mourir les flots.
S'associant à ta lyre prudente , Que sa voix aigre et parfois discordante, N'ait pas toujours, comme l'enfer du Dante , Des cris de scie et des tons de rabots ; De doux accords ont accès au Tartare : Pluton lui-même y module à ravir Ces airs moelleux qu'a créés la guitare Aux bords du Tage ou du Guadalquivir.
Viens, Orfila, sous le bras l'un de l'autre, Dans tes bosquets qu'eût enviés Le Nôtre Improvisons un éternel plaisir; En flageolet ma plume est travestie, Rien ne trahit en moi l ange déchu , Ma queue est courte et ma griffe aplatie , Et j'ai caché mon pied fauve et fourchu.
Tresse , Orfila , des guirlandes de fête , Plus de secousse et le combat est clos ;
L'ORFILAIDE.
Un calme plat succède à la tempête , Et désormais , convoitant le repos , Le Phocéen peut reposer sa tête Sur le rivage où vont mourir les flots.
NOTES