‹ Némésis; satire hebdomadaireChapitre 100 sur 133 · UT · texte numérisé non relu

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Ces frêles monumens que cartonne Percier/ Ces colonnes d'un jour qui, pour être immortelles, Coiffent leurs chapiteaux de bonnets de dentelles. Ces feuillets de sculpture où par quatrains égaux L'architecte galant écrit ses madrigaux.

J'aime surtout ses bois, terrestres Elysées i Ses pelouses de fleurs par des talus brisées ; La mousse en relief sur les murs décrépits; L'allée oii le gramen déroule son tapis; Ses autels où la fable a sculpté ses idoles ; Les cygnes du bassin, gracieuses gondoles ; .

Et les lacs de gazon qu'un balustre épineux Borde en faisant courir ses losanges de nœuds. Là, toujours indocile au goût systématique. Quelque plan imprévu rompt les lignes d'optique ; Là, rien n'attriste l'œil, car un heureux dédain Au compas de Lenôtre enleva ce jardin.^

Oui, que ce lieu, voisin du triste Observatoire, Plaise aux vieux citadins oublieux de l'histoire; Qu'il charme ces cœurs secs où les regrets cuisans Ne trouvent plus de germe au-delà de quinze ans. C'est un jardin maudit où, la nuit, se dessine L'ombre de Médicis, sa patrone assassine ; Sur la porte qui s'ouvre au double corridor On Ht : Palais des Pairs, écrit en lettres d'or; Eh bien ! moi, sur le front de cette haute chambre,

i. Célèbre arcbitecle contemporain, collaboi'ateur de M. Fontaine. 2. Célèbre architecte dn x\n« siècle, qui étudia particulièrement et perr<%tionna Tart des jardins.

Je lis en traits de sang, ces deux mots : Sept Décembre î *

C'est un anniversaire; il approche, il est là...

Ce jour, quand sur Paris l'aube se déroula,

Elle étendit sur nous une brume épaissie

Qui semblait empruntée au ciel de la Russie ;

Le palais florentin si morne dans l'hiver.

Isolant ses terreurs sous la grille de fer,

De l'opaque brouillard implorait le mystère

Comme pour s'aguerrir au meurtre solitaire.

Le soleil ne vint pas : comme au réveil des camps

Le froid courait dans l'air en aiguillons piquans;

Une neige récente et l'humide gelée

Pétrissaient en limon le sable de l'allée.

Alors, on vit sortant du palais Médicis

Quelques hommes hideux qui, d'un pas indécis.

Marchaient le long du bois, le fusil sur l'épaule;

Pareils aux égorgeurs de notre vieille Gaule,

On eût dit qu'ils cherchaient la pierre du Dolmin

Pour consommer dans l'ombre un sacrifice humain. ^

Le convoi s'arrêta sous la tour isolée

Qui sert de piédestal aux nouveaux Galilée ; ^

Alors le char funèbre entr' ouvrit sa prison.

Un homme étincelant parut sur l'horizon;

Les gardes, les bourreaux et la foule timide,

1. C'est le 7 décembre 1815, à sept heures du matin, que le maréchal Ney fut exécuté, en dehors du Luxembourg, près de la grille qui fait faci^ à l'Observatoire.

2. J'ai lu dans un livre écrit par »m témoin que, non loin des vétéran ; chargés de l'exécution, marchait un peloton de faux grenadiers. C'étaient sans doute des agens de police déguisés sous cet uniforme et destinés à agir en cas de refus des vétérans.

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