MINISTRE DES BEAUX-ARTS ET DES TRAVAUX PUBLICS
Oui, tu calcules bien ce qu'on gagne par toise Sur un chemin de fer de Paris à Pontoise ; ' Nul ne fait mieux que toi , déguisant ses trafics, Un travail clandestin dans les travaux publics : Tu sais, avec Bérard, mettant un fleuve en gage, ^ Sur des ponts projetés percevoir un péage. Ou pendant deux hivers retenir dans la main L'argent réparateur qui pave un grand chemin ; Mais qu'on ait fait de toi le dieu de la peinture, Le patron des beaux-arts, de la littérature. Le Mécène français qui tient en réservoir, Pour le talent à jeun, l'aumône du Pouvoir;
1. L'entreprise du chemin de fer de Paris à Pontoise a failli être adjugée à une compagnie de Rouen. Le conseil d'État a repoussé des conuiilssions captieuses. M. d'Argout prenait un grand intérêt à celte adjudication.
8. M. Bérard, directeur des Ponts-et-Cbaussées, travaille avec M. d'Ai^ goût.
Oh î de ce que Juillet nous légua de funeste, De tout ce qu'enfanta le politique inceste, Dans l'ignoble chaos de tant de choix bâtards. Rien de plus monstrueux n'attrista nos regards. Quoi ! l'ignorance brute au sot orgueil unie Préside, sous ton nom, aux œuvres du génie ! Quoi ! pour suprême chef dans le temple du goût , L'imbécile faveur t'a choisi , toi , d'Argout ! Toi qui , malgré ton âge, écolier impubère. Ignores du savoir le premier syllabaire. Et qui , pour tout service étant préfet de Pau, De ta main d'apostat brûlas le saint drapeau. '
Aussi, depuis dix mois que tu les tiens en laisse. Les beaux-arts ont atteint leur âge de vieillesse; Comme des orphelins qu'un tuteur négligent Abandonne au hasard sous le toit indigent (,j, ..|p. Ils sont nus, dépouillés ; ils vont de porte en porte ; Ils attendent le pain que la pitié leur porte. Et frustrés, chaque jour, de l'or que tu leur dois, A d'indignes travaux ils soumettent leurs doigts. Paris est plein d'auteurs qui, mourant par ta faute. Se condamnent, pour vivre, à la meule de Plante,* De Gilbert, charriant l'eau du fleuve par seau ; ' Je pourrais te citer de modestes Rousseau Qui soutiennent le jour leur estomac phthisique