AVIS
Le Directeur des bureaux de Némésis prévient Messieurs les spéculateurs des journaux carlistes qu'il u'accepte Téchange d'aucune feuille de Henri Y, pas même du Journal des Débats.
29 Janvier 4832.
'CM} t'i'i italiam! Italiami
VUGILB.
0 généreuse sœur que la France abandonne, Non, tu n'es pas esclave aux pieds d'une Madone; Non, tu n'as pas perdu les nobles parchemins, Héritage immortel de tes aïeux romains ! Tu te souviens des jours où tu fus grande et belle; Le feu n'est pas éteint sur l'autel de Cybèle, Car dans le saint asile où son culte est resté, Pour dernière vestale il eut la Liberté : Comme le vieux Janus, père de ton histoire, Que Saturne doua d'une double mémoire, Par un don merveilleux, tu semblés réunir Un front pour le passé, l'autre pour l'avenir. Non, non, tu n'es pas morte, ô mère des empires, Ton souffle consolant nous dit que tu respires. Qu'après tant de travaux tu goûtes le sommeil, Comme un géant lassé qui s'endort au soleil.
Les peuples qui sur toi sont broyés en poussière Ont formé de ton sol la couche nourricière, Et les restes pourris de tant de bataillons D'un engrais immortel ont chargé tes sillons. Si dans tes champs, où dort l'instrument aratoire, Une main promenait le soc de la victoire Et sur ces germes froids faisait courir les vents, Que d'antiques héros en sortiraient vivants! Oh! qui peux mieux que toi, majestueuse reine, Ressaisir un vieux sceptre enfoui dans l'arène, Pour former des soldats, pétrir des ossemens, Rendre leur jeune teinte à de vieux monumens, Et d'un robuste bras arracher son étole Au Jupiter chrétien qui dort au Capitole !
Eh! que lui manque-t-il, à ce pays aimé,
A ce sol éclatant de miracles semé ?
Son peuple est fait de bronze ; éternelle médaille, i •
Des héroïques temps il conserve la taille, u'I'
Les cheveux arrondis, l'œil, les traits aquilins, -û
Et le grave maintien des dieux capitolins ; •*! mjih itû
Toujours les mêmes mœurs ; au sortir d'une lutte,
11 aime les bouffons et les joueurs de flûte ;
Son poétique esprit, dans ses rêves dévots.
Repeupla son Olympe avec des dieux nouveaux;
Chaque hiver il emprunte à ses vieilles annales
Son carnaval joyeux, modernes bacchanales ;
Ses fêtes de l'automne, où, vers les champs voisins,
Roule le chariot ruisselant de raisins, .(<,'
Avec les taureaux noirs liés au joug antique, *>
Les symboles païens d'une fête rustique, Les thyrses résineux, d'âge en âge venus, Les filles des Sabins qui dansent les pieds nus, Et le Saint villageois qui, parcourant la plaine, Trébuche à chaque pas comme le vieux Silène. Et puis, sur les gradins, au cirque de Milan, Voyez ce même peuple, écoutez son élan. Quand, remuant soudain les fibres de son âme, Un mot de liberté tombe au milieu d'un drame ; Applaudissant des yeux, de la voix et des mains, Tous ces Italiens redeviennent Romains; Ils semblent protester, devant les sentinelles. Qu'ils n'ont pas renié les cendres paternelles. Et sous les pelotons des fantassins hongrois. Comme au temps de Brutus, ils maudissent les rois.
C'est qu'un instinct secret les avertit sans doute Que la grande Appia, cette éternelle route Qu'ouvrit la Rome antique aux pères triomphans Doit retentir encor sous le pied des enfans ; C'est que le fleuve saint qui coule vers Ostie S'indigne de laver la grande sacristie ; C'est que la louve en deuil qu'attriste \ Angélus Attend sous sa mamelle un nouveau Romulus; C'est qu'une voix a dit dans le vieux hippodrome Que les dieux immortels vont retourner à Rome. Et que l'on trouve écrit aux hvres sibyllins : « On rendra l'héritage à de grands orphehns. »
Tous les peuples anciens que l'histoire dénombre
Sur le sol d'Orient ont passé comme l'ombre ; Aucun d'eux n'a revu le sol qu'il a quitté; Ils sont morts pour toujours, morts sans postérité. La Grèce n'offre plus que des cités squelettes. L'Egypte, reine au front chargé de bandelettes, Qui semblait, unissant ses villes en faisceau, Une rue oii le Nil passait comme un ruisseau ; L'Egypte d'aujourd'hui, largement dépeuplée, De tout ce qu'elle fut n'est que le mausolée; L'Egypte s'est éteinte avec ses oppresseurs. Seule, du monde entier, parmi toutes ses sœurs, Jeune, après trois mille ans, la vivace Italie Dans le même cercueil n'est pas ensevelie ; L'homme y reste debout et garde dans sa voix Cet accent musical des langues d'autrefois; Architecte éternel, il a de ses mains fortes Reconstruit des cités avec des cités mortes; Ses fleuves ont des ponts, ses jardins des châteaux; Il veille avec orgueil sur ses vieux piédestaux ; Il entoure d'amour ses images brisées.
Ses aqueducs croulans, ses vastes Colisées; L'Italie est encor, comme au temps des Césars, L'école où vient s'asseoir le peuple des beaux-arts; Là, chaque nom de ville où l'étranger afflue Trouve au fond de tout cœur un cri qui le salue ; C'est Florence qui dort sous ses berceaux de fleurs. Merveilleux muséum de marbre et de couleurs; C'est Mantoue où naquit l'Homère d'Ausonie; '