‹ Némésis; satire hebdomadaireChapitre 113 sur 133 · I. Mantua me genuit... (Virgile · texte numérisé non relu

I. Mantua me genuit... (Virgile

Le sonore Milan, orchestre d'harmonie;

C'est la molle Capoue^ amante d' Annibal ;

Venise, qui n'est plus qu'une salle de bal,

Venise, qui, pareille à la Vénus antique.

Sa chevelure au vent, sort de l'Adriatique;

Parme, Pise, palais bâtis de marbres blancs,

Celles que l'Apennin abrite de ses flancs.

Toutes dans leur histoire ayant quelque prodige,

Filles de TÉridan, du Tésin, de l'Adige;

Et cette Rome enfin, merveilleuse cité.

Si rayonnante encor dans sa caducité.

Qui, veuve des Césars, à leur couche fidèle.

Ne jugea que Dieu seul pour époux digne d'elle.

Les grands infortunés qui sont encor debout

Viennent te voir, cité qui consoles de tout !

Ils te trouvent pleurante au pied des sept collines ;

Tu leur montres encor tes augustes ruines ;

Tes tombeaux dispersés au souffle d'Attila,

Ton Jupiter-Stator qu'un prêtre mutila.

Ton Panthéon sans dieux, où pend la graminée,

L'arène de Titus par les âges minée.

Les débris des Césars, des Sixte, des Léon,

Et la femme aux vieux jours qui fit Napoléon. '

Toutes ces nobles sœurs qu'un secret pacte he,

Pléiades que le ciel sema sur l'Italie,

Si le cri du réveil retentissait demain.

De r Abruzze au Tyrol se donneraient la main ;

Fières de secouer vingt siècles d'esclavage,

1. Madame Laetitia Bonaparte, mère de l'empereur Napoléon, âgée aujourd'hui de quatre-vingt-quatre ans.

Elles délaisseraient l'île au triple rivage,

Cette terre où l'Etna n'est plus qu'un grand charbon,

Ce royaume honteux qui subit un Bourbon ;

Car au joug des tyrans l'Italie indocile

De son pied dédaigneux repousse la Sicile,

Et sur le sol commun, par deux mers limité,

Veut ressaisir encor sa première unité.

Quelle main, balayant les moines et l'Autriche, Fécondera ce sol où la gloire est en friche? Quel vengeur, à Milan, tombé comme l'éclair, Posera sur son front la couronne de fer, Effacera du pied ces vieilles mosaïques De princes et de ducs tonsurés ou laïques. Et formant tant d'Etats sous un même lien, Fondra dans un seul nom le peuple italien ? Cet homme vint un jour, quand notre Directoire Aux plaines des Lombards décrétait la victoire ; Oh ! l'Italie alors, en songeant aux Tarquins, Se fît pour un moment des jours républicains. Ils te seront rendus ainsi que tu l'espères. Ces jours de liberté qu'ont entrevus tes pères; Terre de notre amour, les rocs des Apennins Briseront, en tombant, tous tes monarques nains ; Ne désespère point de ta sublime cause : Dans un calme fangeux la France se repose. Mais l'avare égoïsme aura son terme ; attends Encore quelques jours, il aura fait son temps; Sa glace va se fondre à l'aube printanière ; Quand du jeu politique une chance dernière

Donnera le pouvoir à ceux que nous aimons,

Ton sol doit s'embraser au-delà de tes monts ;

La voix des Apennins te dira : « Voici l'heure

« De rendre le sourire à ton beau front qui pleure ;

« Levez-vous, légions ! que dans chaque cité

« Le spectre de Varus passe ressuscité ;

« Que toute l'Italie, ardente de colère,

« Suive, dans son élan, le même vexillaire,

« Et dans le creux des bois retrouvant son chemin,

« Qu'elle aille anéantir l'Arminius germain. »

Et nous, nous serons là, sur les Alpes connues;

Faisant étinceler nos couleurs dans tes nues.

Nous viendrons, s'il le faut, pour garantir tes lois.

Jeter dans le bassin notre glaive gaulois.

Alors, pour te payer tes reliques usées

Que le fourgon vainqueur porta dans nos musées.

Nous te présenterons comme un digne secours

Une image de marbre, ex-voto des trois-jours ,

Digne de tes palais et de tes galeries.

L'esclave Spartacus qui règne aux Tuileries ; '

C'est le gladiateur de tes antiques jeux;

Un vif éclair jaillit de son œil orageux;

Qu'il est fier! on distingue à sa pose sublime

Qu'il a brisé ses fers sans l'aide d'une lime;

Détachés d'un seul coup, par la force disjoints.

Ces fers victorieux tremblent à ses deux poings :

Voilà ton nouveau saint que la liberté nomme ;

1. La belle statue de M. Foyatier, représentant Spartacus brisant ses fers, orne le jardin des Tuileries où elle fait face au château.

Par la Porte-du-Peuple il entrera dans Rome. *

Oh ! ce grand avenir ne vous faillira pas,

Vous y touchez peut-être, il s'avance à grands pas ;

Poétiques enfaiïs, croyez-en le poète

Qui prédit les malheurs comme les jours de fête ;

Qui dans ses claires nuits voit tomber sur son front

Le magique reflet des choses qui viendront.

N'allez pas consulter la muette sibylle :

Le ciel, le ciel pour vous si longtemps immobile,

Comme au temps des Césars ouvrant ses arsenaux.

Pour parler à vos yeux fait marcher des signaux.

Car il veille toujours sur la chose romaine ;

L'an nouveau s'est ouvert par un grand phénomène :

Le Vésuve, debout, sous son horizon bleu

A vomi sur la neige une lave de feu ; ^

Le ciel, pour consoler l'Italie orpheline,

Place les trois couleurs sur l'ardente colline,

Et le peuple romain, debout, sur le Forum,

Contemple dans la nuit ce nouveau Labarum.

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