Villes révoltées
3. Les soldats des Abbruzzes sont des condamnés que l'on a amnistiés et enrégimentés aux ordres du pape.
AU PAPE. 39d
Les foudres de l'Église ont trouvé des affûts;
Le gonfanon papal , promené dans les rues,
A, pour l'œuvre du ciel , enrôlé des recrues ;
Régimens écumes dans les Marais-Pontins,
Des vêpres de Césène odieux sacristains,
Ils ont défilé tous aux yeux de Saint- Aulaire ; '
Et quels soldats ! Jamais sentine de galère,
Ou chaîne de forçats défilant deux à deux,
Sur le chemin d'un port n'en vit de plus hideux :
C'étaient des spadassins qui portent sur leur face
Ce teint cadavéreux que nul soleil n'efface;
Des reîtres vagabonds, de bas aventuriers.
Qui, sur les grands chemins, vont cueillir des lauriers;
Des héros vendéens, experts aux embuscades ;
Des Suisses, tout brûlés du feu des barricades.
Des bravi redoutés, de Calabre venus,
Sur la pointe des rocs bondissant à pieds nus;
Des bandits qui, chargeant l'espingole assassine;
Attendent les milords de Naple à Terracine ;
De sauvages brigands armés de coutelas.
Des sigisbés vieillis, des gitons de prélats,
Posthumes héritiers des cinq villes maudites, '
Pour les chances des nuits hideux hermaphrodites;
Voilà ceux que le pape, en style officiel ,
Dans Rome a proclamés les défenseurs du ciel ! ! !
Oh ! c'est trop !... Quand le chef de l'Eglise chrétienne
1. Lorsque M. de Saint- Aulaire , notre ambassadeur, se rendit à Rome au moment de l'occupation d'Ancôue, il fut témoin, en passant à Césène , d'une émeute sanglante qu'il eut quelque peine à calmer.
2. Gomorrhe, Sodome, Adama, Seboïm et Ségor. La Bible nous dit cependant que cette dernière ville fut épargnée, grâce aux prières de Lot h.
Cherche aux foyers du crime un bras qui le soutienne ; Lorsque, pour susciter à son Christ des vengeurs, Il fait un pacte infâme avec les égorgeurs, La chaire de Saint-Pierre est à jamais dissoute , De la papauté morte on peut chanter l'absoute ; Le vieux château qui porte un ange aérien ^ Peut reprendre son nom de Masse-d'Adrien; "Tout est fini dans Rome : une voix bien connue. Comme aux antiques jours tonnante sous la nue, Après les dieux d'Olympe expulsant Jéhova, Fait entendre ce cri funèbre : Dieu s'en va ! î ! C'est toi, pâle vieillard, aux regards hypocrites, Qui dois justifier ces paroles écrites; Partout la terre tremble et révèle un volcan : Crains les ides de Mars, César du Vatican ! ! ' ^