‹ Némésis; satire hebdomadaireChapitre 128 sur 133 · ÉPILOGUE · texte numérisé non relu

ÉPILOGUE

Tandem opus exegi.

Otide.

J'ai promis, j'ai tenu : le poète s'en vante ; Douze mois ont passé sur JSémésis vivante, Et cinquante-deux fois mes feuilles de vélin Ont transmis sans retard l'oracle sibyllin : C'est l'instant du repos ; je sais ce qu'il en coûte A composer des chants que la patrie écoute ; Ce qu'un pâle poète, en son calme réduit, Verse de gouttes d'huile aux lampes de la nuit , Et ce qu'il faut de vers, de rimes, d'harmonie Pour fixer au chevet l'éternelle insomnie. Heureux les écrivains, du public inconnus. Qui, dans cette cité, vinrent pauvres et nus! Effroi des éditeurs et fléaux des libraires. Ils ont tiré leur gloire à cinquante exemplaires ; Depuis on les a vus, furetant les salons,

Armés de leurs vers froids, de leurs poèmes longs,

Baisant toutes les mains avec leur bouche amie,

Marchant incognito droit à l'Académie,

Et là, le regard fier, la poitrine en avant,

Caressant à leur cou le cordon du savant.

Ils sont heureux : ils ont des honneurs et des rentes,

Des tapis d'Aubusson, des tables odorantes,

Un tabouret en Cour, une loge à Favart,

Un landau vernissé connu du boulevart ;

Ils ont tout : c'est pour eux que notre vie est faite ;

L'année, en leurs hôtels, n'est qu'un long jour de fête;

S'ils meurent, le discours d'un désolé parent

Révèle leur génie au public ignorant.

Mais nous, nous. Parias, coupables de jeunesse. Avant que sur nos fronts un âge d'or renaisse ; Avant que nos douleurs et nos cris entendus Arrachent au destin les biens qui nous sont dus. Nos cheveux blanchiront , et le sang de nos veines Opposera sa glace aux jouissances vaines ; C'en est fait, tous ces biens qu'on implore à genoux, Ces trésors sont à ceux qui vinrent avant nous. Qu'importe que parfois, dans un jour de justice. Comme tm son glorieux notre nom retentisse ; Que le public qui juge, et juge toujours bien , Nous préfère aux savans qui ne produisent rien ! Le bonheur sur nos toits fond-il d'un vol agile'? Dore-t-il, de sa main, nos pénates d'argile? Non , non , toujours à nous les soucis trop cuisans Que h' vont domestique apporte tous les ans;

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