ÉPILOGUE
Toujours à nous ces soins qu'une vie inquiète
Rassemble chaque jour au foyer du poète ;
A nous les longs procès sans justice et sans bout , "
Les fétides prisons où le choléra bout ,
Tous les cahotemens , tous les projets arides
Qui lézardent nos fronts de soucieuses rides.
J'aurais pu, moi poète, après le grand Juillet,
Quand nul reflet de honte encor ne nous souillait ,
J'aurais pu, leur montrant ma blessure moins vive,
Demander un peu d'or et ma part de convive,
Et négligeant le peuple abandonné par eux ,
M' asseoir an grand festin près des hommes heureux ;
Non : soldat des trois jours, et le cœur dans l'attente,
Soucieux, je voulus ne pas ployer ma tente,
M'assurer l'avenir, et détendre à demi
Mon arc retentissant connu de l'ennemi.
Puis, j'armai P^éinésis et combattis près d'elle ;
Tout un cours de soleil elle me fut fidèle ;
Comme d'un creux d'enfer j'arrachai de son sein
Ces clameurs qui partout vibraient comme un tocsin ;
Pour rendre aux yeux de tous chaque exemple notoire.
Au milieu du forum j'installai mon prétoire ;
1. Comme j'écris ces lignes, j'apprends que la Cour royale de Rouen , ne faisant pas droit à mon opposition, m'a condamné par arrêt définitif. Si je ne connaissais toutes les vieilles ruses de la basoche normande , je ne saurais comment qualifier un si étrange jugement. Mes juges allèguent sans doute que le droit coutumier de leur litigieuse ville n'est pas du tout conforme au.K usages du Palais de Paris; quand on a un droit coutumier si absurde, on devrait au moins le faire signifier par huissier avant de condamner un poêle ; ce serait là, ce me semble , le droit coutumier du bon sens qui en vaut bien un auire. Quel malheur que le bon sens soil toujours en opposition avec les loi'-!
Là , mieux que Desmortiers, juré, juge et licteur,
J'ai traîné tout coupable au siège accusateur;
Point de pacte honteux , de faveur subreptice :
Je leur ai fait à tous bonne et prompte justice,
J'ai surtout poursuivi ces attentats flagrans <
Qui semblent hors d'atteinte à force d'être grands ;
A ces hommes d'Etat, par qui le peuple souffre,
J'ai collé sur la peau la chemise de soufre ^.
Loin de moi ces égards, ces charitables soins
D'écrire au lieu d'un nom une étoile et des points !
Sur un large poteau , de mes mains prévôtales.
J'ai placardé tout nom en lettres capitales.
Et jamais, en voyant ces terribles apprêts.
L'équitable public n'a hué mes arrêts.
Oh ! pourquoi délaisser une œuvre interrompue?
Némésis de vengeance est-elle assez repue ?
De tout grand criminel, de tout lâche Sinon
A-t-elle démasqué l'infamie et le nom?
Non , sans doute elle aurait une proie abondante.
Dût-elle encor dix ans ouvrir sa chambre ardente :
Chaque semaine abonde en noires trahisons;
Le poète aurait fait surgir des livraisons,
Autant que le Trésor émarge sur ses listes
D'honoraires chouans, de sous-préfets carlistes,
De magistrats vendus au monarque écossais.
Autant que Chaix-d' Est- Ange a perdu de procès ; ^