Tigellin était le ministre et le favori de Néron
Pleurent ce grand festin dont la dernière race
Gorgeait, à nos dépens , leur appétit voracc ;
Que dans le Luxembourg les pairs agonisans,
Du large milliard éternels courtisans ,
Tremblent de proférer le décret d'anatbème ;
Moi, qui d'un long martyre ai subi le baptême,
Je ne rétracte point ce prophétique vœu
Que Juillet m'entendit prononcer dans le feu :
Oui , puissent les Bourbons , s'il leur resic une épée ,
Tenter de ressaisir la couronne échappée !
Puissent-ils, se livrant au destin orageux,
Se montrer dans leur vie une fois courageux !
Qu'ils paraissent, suivis de leur noble cortège.
Dans les bois vendéens où la croix les protège ;
Ou si leur bras succombe à des travaux si durs,
Dans un port du midi , contrebandiers obscurs ,
En fraude de la loi, qu'ils viennent sur la rive
Déposer dans la nuit leur royauté furtivc :
Humbles ou menaçans qu'ils viennent... Cette fois
La France châtîrait d'incorrigibles rois ;
La justice du peuple, arbitre souveraine,
Après tant de pardons aggraverait leur peine ;
L'exil d'un roi déchu n'est pas ce qu'il lui faut :
Quand on descend d'un trône on doit monter pins haut
<5 Mai 1831.
En plein jour, au milieu des publiques huées,
On rencontre partout de ces prostituées
Qui, sous un teint luisant de céruse et de fard,
De la foule stupide attendent le regard.
A peine si la croix que l'intrigue ravale
Sur quelques nobles seins tombe par intervalle;
L'œil qui la voit briller sur tant d'hommes nouveaux
Craint sans cesse, aujourd'hui, de s'éblouir à faux.
Ah! de l'Etoile, objet de tant d'idolâtrie,
Qu'on efface les mots d'HoNNEUR et. de Patrie ,
S'ils ne sont plus, chez nous, que d'harmonieux sons.
Que des mots inconnus sur de vieux écussons !
La rouille a dévoré cette pure médaille ;
Elle perdit d'abord son lustre de bataille
Le jour où les Bourbons, de leur doigt flétrissant,
Ternirent son émail empreint de notre sang :
Partout , au Carrousel, dans nos places publiques ,
De l'Empire au cercueil ils semaient les reliques ;
Que de seins avilis sous ce glorieux don!
Impudique hochet, le lis au blanc cordon
Usurpant la moitié du signe militaire, Consomma sur la croix un infâme adultère. C'était peu de parer de son splendide émail , Suisses, menins, veneurs, aumôniers en camail; Il fallait sous l'horreur couvrir le ridicule : A ce tableau de deuil l'âme d'effroi recule ! Les prévôtales Cours, marchant avec la faux, Distribuaient la croix au pied des échafauds ; L'accusateur public, présentant sa requête. Contre la croix d'honneur échangeait une tête ; Marchangy la cueillit sous l'herbe de Clamart; ' Le sang de Ney teignit le ruban de Bellart ; Horreur ! ! ! quand Laboulie assassina Vallée La croix de ce martyr, noblement avalée, Extraite de son corps, en face du barreau, Orna, vingt jours après, le sein de son bourreau. '^ 0 fille de l'honneur! quinze ans d'ignominie Semblaient d'un souffle impur l'avoir assez ternie ; Tu croyais, au retour du drapeau fraternel, Ressaisir, comme lui , ton lustre originel ! Eh bien! lui qui jadis, dans la chaude mêlée. Se ruait, ondoyant, la tête échevelée.
Et rentrait au bivac tout sanglant et meurtri , Aujourd'hui citadin , par le repos flétri ,
1. M. de Marchangy, avocat-général sous la Restauration, porta la parole dans un grand nombre de procès politiques, et toujours avec une véhémence qui sied mal à un magistrat. L'affaire des quatre sergens de La Rochelle stirtoul ne fera jamais prononcer son nom qu'avec un sentiment pénible
•2. Vallée, assassiné à Toulon, en 1822, avala sa croix après sa condamnation. M. Laboulie, procureur-général, et M. le président Cabasse furent décorés.
Sur le dôme de plomb ■ que tant de pluie abreuve. Semble un voile de deuil sur le front d'une veuve ; Et toi, rose d'honneur que la gloire cueillait, Tu n'as pu te rouvrir au soleil de Juillet ; Comme dans le sillon où passe la charrue, Un ministre, au hasard, te sème dans la rue; Et le passant , honteux comme pour un larcin , Te ramasse à la hâte et se rougit le sein.
Le réservoir d'honneur a débordé sa digue :
D' Argout , dans son hôtel , comme un enfant prodigue.
Tombant du haut commerce au plus humble métier, ^
De ministre de roi s'est fait passementier :
Les rubans découpés par sa main paternelle
Volent , en tourbillons , de l'hôtel de Grenelle,
Et du poste voisin exigeant les saints ,
Vont , en langues de feu , pleuvoir sur les élus.
Le doux Montalivet , dont la tête enfantine
Songe encore aux plaisirs de la classe latine,
De sa large faveur ombrageant ses menins,
Jette le ruban rouge aux littérateurs nains ,
A ses jeunes amis qui, par haut privilège.
L'ont courtisé dix ans sur les bancs du collège.
Périer le publicain, décoré par l'ex-roi.
Du signe impérial à son tour fait l'octroi;
Le temple de Mammon , la bourse israélite
Des candidats d'honneur lui présente l'élite ;