I. MM. Rothschild
i. Cuisinier de M. Sél>a!<tiani et de iVémem, galerie Véro-Dodal, n» 30 .
Mais le chef du festin , né sous un chaud soleil , i»(J
Despote de la table, à ses augustes hôtes
Prodigue largement des mets com])atrioles,
Des plats provocateurs, aux sucs cantharidés,
Qui gonflent d'incarnat les visages ridés.
A ces pesantes chairs qui , saignant toutes vives,
Etoufîent sans plaisir l'estomac des convives, > *'> i
11 mêle les produits nés d'un généreux sol ,
Le carrick de Java, le piment espagnol.
L'anchois dont le cinabre a conservé l'arôme,
L'oronge du midi chère aux tyrans de Rome,
La moule des écueils, ce coquillage amer
Qui s'ouvre en exhalant les brises de la mer;
Le homard rétrograde, emblème de la fête ; . • ^
Le ton frais d'Incarus venu par estafette, ■! ri'-'(}
La sèche aux bras muqueux, amante des rescifs,
Et le rouget qui porte à des songes lascifs.
Après, il fait un signe, et la main d'un esclave
Verse dans le cristal, comme des flots de lave, > '
Ces vins dont la Provence et le chaud Roussillon ! '^
Ont fait bouillir la grappe encor dans le sillon ; ' ^
Ces authentiques vins chaperonnés de l'algue
Que le tlot de Toulon jette aux pieds de Lamalguey ttiftn^i
Tous scellés en flacons sous d'humides parois,
Lebrun étant consul pour la première fois.
La bouche des élus fume comme un cratère ; '^^
Le Corse amphitryon, les chefs du ministère, «• '
L'Autriche, la Russie et le saint Vatican,
Dans leur poitrine en feu digèrent un volcan.
Oh ! quel Machiavel, en une telle fête,
Eût gardé froidement le calme de sa tête î
Tous, vaincus par les mets plus brùlans que les vins.
D'un cœur diplomatique, énigme des devins,
Entr' ouvrant une fois le sinueux dédale,
D'une franchise d'homme épanchent le scandale.
Ils se sont tous levés, Russe, Français, Germain,
Jusqu'au nonce papal, son calice à la main.
« Seigneurs, dit Appony,^ dans cette auguste enceinte,
Réglons l'ultimatum d'une alliance sainte.
Président du Conseil, vous nous avez promis
De tenir quelques mois vos peuples endormis ;
Vous le savez, il faut que l'Europe revienne
Aux pactes solennels de Laybach et de Vienne ;
En vain, pendant trois jours, tous les démons de l'air
Ont armé, dans Paris, les brigands de Schiller ;
Cette histoire n'est plus qu'un conte de poème,
Qu'un rayon de soleil sur les monts de Bohême ;
Les trois jours de Juillet n'ont point de lendemain :
Ma cour, toujours fidèle au vieux flegme germain.
Sous ombre de sauver Rome, Modène et Parme,
Jette un réseau de fer sur tout peuple qui s'arme ;
Et foulant à ses pieds les rebelles vaincus.
De la France endormie elle fait le blocus :
Or, si j'ai pour appuis, ainsi que je l'espère.
L'ambassadeur du Czar et le fils du Saint Père,
Croyez qu'avant l'hiver nos régimens hongrois
Montreront à Paris ses légitimes rois. »
— « Seigneurs, dit le légat, à la Cour du Saint-Siège,