‹ Némésis; satire hebdomadaireChapitre 44 sur 133 · CANDIDAT A LA DÉPUTATION DE TOULON BT DE DUNKERQUE · texte numérisé non relu

CANDIDAT A LA DÉPUTATION DE TOULON BT DE DUNKERQUE

Je me disais : Donnons quelques larmes amères Au poète qui suit de sublimes thimères, Fuit les cités, s'assied aux bords des vieilles tours, Sous les vieux aqueducs prolongés en arcades, Dans l'humide brouillard des sonores cascades. Et dort sous l'aile des vautours.

Hélas ! toujours au bord des lacs, des précipices, Toujours comme on le peint devant ses frontispices, Drapant d'un manteau brun ses membres amaigris, Suivant de l'œil , baigné par les feux de la lune, Les vagues à ses pieds mourant l'une après l'une. Et les aigles dans les cieux gris.

Quelle vie! et toujours, poète suicide,

Boire et boire à longs flots une existence acide;

Ne donner qu'à la mort un sourire fané ; Se bannir en pleurant loin des cités riantes. Et dire comme Job en mille variantes : 0 mon Dieu ! pourquoi suis-je né ?

Oh ! que je le plaignais î ma douleur inquiète Demandait aux passans : Oii donc est le poète? Que ne puis-je donner une obole à sa faim ! Et lui dire : Suis-moi sous mes pins d'Ionie, Là tu t'abreuveras d'amour et d'harmonie; Tu vivras comme un séraphin.

Mais j'étouffai bientôt ma plainte ridicule; Je te vis une fois sous tes formes d'Hercule, Courant en tilbury, sans regarder le ciel; Et l'on disait : Demain il part pour la Toscane; ' De la diplomatie il va sonder l'arcane Avec un titre officiel.-

Alors je dis : Heureux le géant romantique Qui mêle Ezéchiel avec l'arithmétique !

De Sion à la Banque il passe tour à tour; Pour encaisser les fruits de la littérature, Ses traites à la main, il s'élance en voiture En descendant de son vautour.

D'en haut tu fafs tomber sur nous, petits atomes. Tes Gloria Patri délayés en deux tomes,

1. M. de Lamartine était alors secrétaire de l'ambassade de Toscane.

va NEMEiSIS.

Tes psaumes de David imprimés sur vélin ; Mais quaud de tes billets T échéance est venue. Poète financier, tu descends de la nue Pour régler avec Gosselin. '

Un trône est-il vacant dans notre académie, A l'instant, sans regrets, tu quittes Jérémie Et le char d'Elisée aux rapides essieux ; Tu daignes ramasser avec ta main d'archange Des titres, des rubans, joyaux pétris de fange, Et tu remontes dans les cieux.

On dit même aujourd'hui, poète taciturne, Que tu viens méditer sur les chances de l'urne ; Que, le front couronné d'ache et de nénuphar, Appendant à ton mur la cithare hébraïque. Tu viens solliciter l'électeur prosaïque. Sur l'Océan et sur le Var.

0 frère ! cette fois j'admire ton envie. Et tu pousses trop loin le dégoût de la vie : Nous avons bien permis à ton modeste orgueil D'échanger en cinq ans tes bibliques paroles Contre la croix d'honneur, l'amitié de VitroUes, '^ Et l'académique fauteuil;

Mais qu'aujourd'hui, pour prix de tes hymnes dévoles, Aux hommes de Juillet tu demandes leurs votes.

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