‹ Némésis; satire hebdomadaireChapitre 46 sur 133 · LA FETE DU SOLEIL · texte numérisé non relu

LA FETE DU SOLEIL

« Le Soleil entre dans le Lion, i Calendrier.

Oh ! ne méprisons pas le vieux culte des Mages ; Sans doute le soleil mérita leurs hommages ; En voyant aujourd'hui ce qu'il a fait pour nous, ' On devient idolâtre et Ton tombe à genoux ! Non, tout n'est pas visible à l'œil de l'astronome : Une chaîne de flamme unit le ciel et l'homme ; Non, le soleil n'est point, tel que nous le voyons. Un aveugle cadran hérissé de rayons, Une meule de feu dans les airs balancée ; C'est l'astre intelligent, à l'ardente pensée. C'est le foyer qui verse aux peuples abattus Le germe chaleureux des sublimes vertus :

t. Pendant les trois grandes journées, le soleil n'a pas cessé un instant de nous éclairer de ses rayons ; et peut-être l'influence vivifiante de cet astre a-t-elle un peu contribué à l'enthousiasme populaire et à la rapidité de la victoire : ce qui faisait dire à un homme d'esprit que le soleil aurait drt avoir la première dccoiation de l'ordre de juillet.

La terre est son épouse, elle en reçoit la vie;

Six mille ans de baisers ne l'ont point assouvie;

A l'astre qui s'étend sur ses durs mamelons,

La planète lascive en tr' ouvre ses vallons,

Et, ce que n'a point dit la trompeuse science,

Elle a comme Saturne un anneau d'alliance.

Oh ! si nous avons vu naître de leur hymen

Les perles du Bengale et l'encens d'iémen;

Si les rayons du ciel, condensés en filières.

Sèment d'argent et d'or le flanc des Cordilières,

Il est un fruit plus beau que l'épouse a porté,

Un fruit que le soleil mûrit : la Liberté !

0 fille du Soleil, immortelle Androgyne,

Qui pourrait aujourd'hui nier ton origine?

Ton acte de baptême, éclatant désaveu,

Est sur le zodiaque écrit en traits de feu :

Le peuple peut dormir onze mois de l'année;

Mais quand de chauds rayons sa tête est couronnée,

Quand les feux du soleil entrent dans ce lion.

Sublime de vengeance et de rébellion,

Il agite ses crins ondoyans de colère,

Ecarte sur le sol sa griffe musculaire,

Roidit son cou nerveux, fait palpiter les monts

Sous le tonnerre sourd de ses rauques poumons,

Et près de se jeter dans l'orageuse lice.

Il cherche et trouve au ciel son lumineux complice.

Le peuple ! il brise alors la chaîne aux lourds anneaux,

Son cilice oppresseur de tours et de créneaux,

Comme une femme au bal , de sueur étouffée.

Dénoue en badinant sa ceinture agrafée.

C'est alors qu'apparaît le géant inconnu; " Dans la flamme et le fer il se roule tout nu , Mâche les gonds d'airain, courbe les fortes grilles Comme un champ de roseaux où passent les faucilles; Au front des monumens, sur les/ânglcs des toits, Il laisse, dans ses jeux, l'empreinte de ses doigts; Il emporte, en courant, sur ses bras athlétiques. Les coupoles de plomb et les flèches gothiques ; Ouragan animé, trombe qui, dans sol vol, Ramasse les palais déracinés du sol , Et sur le pâle front des royaux satellites Les laisse retomber en flots d'aérolithes.

0 mes pères, venez, prenez-moi par la main ; De la Bastille encor savez-vous le chemin? ^ Répondez-moi : le lieu de cette grande scène, Est-ce bien ce canal qui tombe dans la Seine ? Avez-vous vu comment le peuple des faubourgs Entre ses bras velus fit craquer les huit tours? Oh ! dites, contentez ma jeunesse envieuse ; Le soleil dorait-il la ville pluvieuse?

Sentiez-vous dans les airs ces germes écliauffans. Ces parfums qu'aujourd'hui respirent vos enfans? Entendiez-vous aussi, dans la grande semaine, Ces bruits mystérieux qu'aucune langue humaine, Aucun témoin, ne peut traduire avec la voix

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