Métaphore empruntée au voisinage de THÔtel-Dieu
2. Il est inutile de rappeler que Paris porte un vaisseau dans ses armes : cette étjmologie héraldique s'explique naturellement par la forme de l'Ile de la Cité, berceau de la grande capitale.
Vomis ce lest impur, levain de ta naissance; Libre de ce contact , virginal et léger. Que Paris une fois se montre à l'étranger Avec la robe d'innocence!
Ainsi disparaîtrait , dans ces deux Océans,
Ce vieux palais bâti par les rois fainéans,
Et qui même aujourd'hui, parfumé de tristesse,
Etouffe les enfans de la bonne Lutèce !
Qui sait même ! la mer, dont le flot ronge tout,
Sur quelque îlot voisin le laisserait debout ;
En vain ses dents de sel , ses limes de bitume.
Sa colère qui monte en panache d'écume.
Heurteraient l'édifice et sa grille de fer :
Dans ces greffes béans il rongerait la mer.
Il garderait encor la forme satanique
D'un juge qui prononce une sentence inique ;
Ses lucarnes de plomb, rondes au front des tours.
Ressembleraient de loin à des yeux de vautours :
Ce serait un écueil de puissante racine.
Plus affreux que Carybde aboyant à Messine ;
Là, viendraient s'engloutir, sous un noir corridor,
Les vaisseaux du Pérou chargés de mines d'or,
Et ceux de l'Inde anglaise avec leur riche cale,
Qui portent à Brighton les trésors du Bengale :
Tous les rochers voisins, périculeux abris,
Blanchiraient d'ossemens et d'horribles débris,
Et le sage nocher fuyant ce promontoire.
Lui donnerait pour nom : Roc du Réquisitoire.
Hélas ! où m'ont conduit ces chimériques vœux !
il pèsera longtemps sur nous et nos neveux
Cet édifice noir garni de ses tourelles,
Ce forum glapissant de nos tristes querelles ! •
A jamais éternel dans sa caducité,
Il est inamovible autant que la Cité,
Autant que ses deux tours, ce grand numéro onze
Qui vomit tant de sons de ses gueules de bronze.
Jamais l'édit royal venu du Carrousel,
Sur le sol du Palais ne sèmera du sel ; '
Jamais nous ne verrons sur l'autre bord du fleuve,
Dans les quartiers polis de la Lutèce neuve,
Thémis, transfuge enfin de ses hideux caveaux,
S'inaugurer un temple aux portiques nouveaux.
Là, depuis Chilpéric, rien n'a changé de face,
C'est encor le chenil de la seconde race ;
Aussi, voyez ce juge en toque de velours,
Qui marche gravement sous les pilastres lourds.
Qui raye avec ses pieds la poussière des dalles ;
L'esprit tout obsédé d'images féodales,
Peut-il , devant le siècle abaissant ses genoux.
Croire qu'un beau Juillet étincela sur nous?
Si le temps marche ailleurs, là, rien ne le rappelle.
Regardez le cadran de la Sainte-Chapelle :
Le temps a fait tomber ses aiguilles de fer.
1. Au moyen âge, qaand ou détruisait une ville, on passait la charrue et Ton semait du se! sur le terrain qu'elle (iccupait, pour empêcher ce terrain de rien produire. C'était là un des mille préjugés de cette épo(|ue. Aujourd'hui, au contraire, il est reconnu (|ue le sel, convenablement administré, est un des engrais les plus pnissans. Dans plusieurs de nos départemens, on en a fait des e&sais dont on s'est fort bien trouvé.
C'est le frère éternel du cadran de l'enfer.
Un jour nous avons cru (c'était encore un rêve)
Que le parfum de poudre exhalé de la Grève,
Dans le palais voisin entrant avec l'éclair,
De sa fétide cour devait assainir l'air;
Que les juges vendus aux royales Gomorrhes,
Et dont l'iniquité suait par tous les pores,
De la vertu proscrite effrontés assassins,
Ne remonteraient plus vers les prétoires saints;
Vain espoir ! aucun vent de salubre atmosphère
N'a purgé ce manoir, sentine pestiféré,
Et ces hommes pervers dont Satan sait les noms,
Sortis de leurs caveaux, se sont dit : « Revenons ;
« Remontons sur nos bancs, nous jugerons encore
« Ces odieux amis du signe tricolore ;
« Nous pourrons les plonger vivans dans nos cachots,
« Nous voterons contre eux la Grève et les fers chauds,
« Et le Trésor royal, au jour des échéances,
« Comme sous Charles-Dix, soldera nos séances. »
Ils sont donc revenus dans cet auguste lieu
Ces Judas, et leur vue a fait reculer Dieu!
Succombant cette fois à tant d'ignominie,
Le Christ a retrouvé sa première agonie,
Et devant les sermens de ces hommes impurs
Tous les saints crucifix ont déserté les murs.
Ils sont donc revenus ! Moi , candide poète.
Je les croyais encor sous la voûte secrète
Où j'aurais pu, trois jours, mieux que je ne le fais,
Fouetter impunément leurs quinze ans de forfaits.
Venez les voir : c'est l'heure où leur salle est ouverte;
Leur triste amphithéâtre est une table verte
Où quatre opérateurs, d'un œil inattentif,
Sous le scalpel des lois dissèquent l'homme vif;
A l'ignoble chantier où Dupin les convie
Ces manœuvres hideux viennent gagner leur vie;
Un squalide recors range sur l'établi
Le Code où la raison est vouée à l'oubli,
La plume criminelle et la fausse balance ;
Déjà l'huissier criard, dieu bruyant du silence,
Entonne le verset d'introït : Chapeau bas!
A l'aspect des Dagons étranglés de rabats,
On ordonne soudain de fermer les croisées,
Car ils craignent de voir les maisons pavoisées,
Et le drapeau flottant qui jette ses couleurs
Sur le marché voisin, mosaïque de fleurs. ^
Les sbires pourvoyeurs, limiers de bonne race.
Présentent pour fournée au tribunal vorace
Des grappes de filous que, par amusement,
Quatre juges distraits égrènent en dormant;
Puis, ces forbans de nuit que la famine ronge,
Qui , dans tous les forfaits, boivent comme l'éponge ;
Ces immondes cliens des repaires vineux.
Que vingt fois la menotte a flétris de ses nœuds.
Innombrable bétail que Desmortiers rallie, '
Qu'une grande cité garde comme une lie,
Locataires sans bail des cachots de Paris,
De vomitives chairs, de mets hideux nourris,