‹ Némésis; satire hebdomadaireChapitre 71 sur 133 · Manjaritœ ante porcos · texte numérisé non relu

Manjaritœ ante porcos

Le Minos du milieu, ce vieillard, c'est Jouffroy ;

Prends garde ! son sourire est d'un funeste augure ;

Il se grime en bonhomme et ment à sa figure ;

Crains aussi ce Duret, au sourcil monacal,

Pâle comme un fœtus qui sort de son bocal ;

Jarry, qui ramassa la robe de son père,

Et Danjan marqueté de taches de vipère.

Cadavéreux limon pétri par Belzébuth,

Leur nom seul dans ma bouche engendre le scorbut ;

Le vert-de-gris royal est sous leur étamage ;

Ils sont tels que Dupin les fit à son image !

Ils s'étaient engloutis sous le trône vaincu; Mais Satan a soufflé sur eux, ils ont vécu ! L'esprit mystérieux qui sous ces voûtes plane", Le hibou du Palais aux ailes de membrane, Dupin a protégé ces funèbres oiseaux Quand le peuple sur eux étendait ses réseaux. Et devant ces horreurs qui brûlent l'épiderme. Mon vers s'adoucirait, ma main serait moins ferme! Comme nos bons aïeux j'irais en vers badins, Poète de salon, chansonner nos Dandins!

Quand leur griffe de fer me vole et m'assassine, J'ajouterais un acte aux Plaideurs de Racine! Non, je veux en rentrant sous ma noire prison, Que ma satire en feu brûle comme un tison ; Équitable bourreau d'une infâme justice.

Je veux que sur les toits mon arrêt retentisse; Ils sont mes criminels, et si je les maudis. C'est qu'ils m'ont fait asseoir au siège des bandits;

C'est qu'ils ont extorqué l'honorable salaire Que porte à Némésis l'obole populaire ; C'est qu'ils ont abattu mon poétique essor Sous les doigts desséchés des goules du trésor ! '

0 Cambyse ! ô grand nom d'éternelle épouvante î Toi qui fis écorcher l'iniquité vivante, Oue ne peux-tu venir dans ce hideux palais Pour détacher le masque à ces visages laids ! Moi-même je voudrais, secondant ton office, Recevoir de tes mains le fer du sacrifice, Et portant au prétoire un salutaire deuil , De la peau de mon juge étoffer son fauteuil !

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