‹ Némésis; satire hebdomadaireChapitre 80 sur 133 · IVRESSE · texte numérisé non relu

IVRESSE

Bien que chaque matin un avis funéraire

Du choléra-morbus Irace l'itinéraire,

Et que, pour lui ravir son horrible tribut ,

La peur ait épuisé l'huile de Cajeput ,

Dans le chaos brillant où tout malheur s'oublie,

Paris a conservé sa stoïque folie.

Insoucieux Paris! rien ne peut l'émouvoir :

Au milieu du fracas il vit sans le savoir,

Il court d'^un pied léger sur un chemin d'épines,

Comme le jeune enfant du tableau des Sabines ;

Le Paris de Juillet, enfant de quinze mois,

Sourit aux glaives nus et joue avec ses doigts.

Eh ! que sert de subir une terreur panique?

Chaque jour n'a-t-il pas sa nouvelle chronique?

Aujourd'hui c'est Pasta, Tancrède féminin, '

Qui franchit , pour nous voir, la Manche et l'Apennin ;

Dans son royaume d'or, par un essai timide,

Véron vient d'exhumer la chevrotante Armide; ''

Puis, c'est Léocadie et son doux fandango; ^

Puis, sur le boulevart ennobli par Hugo,

De l'arc de Saint-Denis le fraternel portique

1. Madame Pasla, célèbre cantatrice italienne, non moins remarquable comme tragédienne que comme chanteuse. Elle j.ouait Tancredi avec une grande supériorité.

2. M. Véron, directeur de l'Opéra, venait de remettre Armide, qui n'eut qu'un succès sans influence sur les recettes.

Page 1